Ostendaises 1
Un lieu de mémoire (un ancien entrepôt) au cœur du port d’Oostende, une information aux visiteurs digne d’éloges appuyés, un prix d’entrée à la hauteur d’expos d'artistes reconnus… Tout semblait en place pour découvrir l’art neuf qui se construit. Un des critères de choix des huit curateurs a été l’âge des vingt-trois artistes : moins de 35 ans.

En déambulant comme je le fais toujours dans une expo, écoutilles ouvertes, les yeux lavés du soupçon de partialité (je ne connais personne), j’ai épinglé quelques démarches.
Nick Ervinck (1981) crée des sculptures 3-D en matières nouvelles très colorées retiennent l’œil par leur fort pouvoir d’évocation. Le photographe Jimmy Kets (1979) a affiché quatre immenses photos sur le mur extérieur dans le terrain jouxtant l’entrepôt. Outre la taille, la sûreté du regard lui semble acquise. Il expose aussi sa vision de la plage en un pêle-mêle mural du meilleur effet. Chaque photo révèle un œil sûr de ce qu’il montre, avec une économie de moyens que j'apprécie. Il a visiblement appris à regarder  et à communiquer son ressenti dans le cadre plus large d’une œuvre en construction.

Aussi, cet aphorisme transformé en néon allumé: « Nous ne sommes que les autres », même s’il en dit malheureusement fort long sur son concepteur/sa conceptrice Mais bien sûr, je n’ai rien compris. Ce qui est fort possible d’ailleurs, tant l’hermétisme est marque de fabrique. (J’hésite sur l’artiste, je n’inscrirai donc aucun nom, qu’il/elle m’en excuse.)

J’ai vu dans des bouteilles de bière capsulées emprisonnées dans du béton une forme de manifestation silencieuse en faveur d’une tempérance… (projection, projection…). Mais point trop n’en faut non plus.

J’ai encore souri à la relative naïveté potagère des plants de cornichons, non protégés par une structure en métal à facettes triangulaires les surplombant et dont ils s’échappent quelque peu. Sans plus. (Astrid Bossuyt, Wu Wei III.)

J’ai davantage apprécié l’art sauvage d’un enfant probablement, qui a tout compris intuitivement de la critique que je vais maintenant faire des expos d’art contemporain en général et de celle-ci en particulier.

Car un questionnement m’a saisi: l’isolation splendide de ce Freestate (Free Estate) magnifie-t-elle l’art qu’elle contient? Pourquoi l’art contemporain confond-il si souvent installation, pauvreté conceptuelle et torture mentale sans humour ? Absence de vision et enfantillages ?

Visiter une expo d’art contemporain comporte une part de risque (parfois fort grand) d’être déçu. Il s’agit d’ART IN THE MAKING, et nous savons combien l’histoire de l’art triera.

C’est souvent le concept même d’installation qui me pose problème par son côté éphémère: comment construire une oeuvre dans la non-permanence ? Un exemple, une bonne idée qui tourne court: Asbeste. Provenant visiblement - ou alors la dérision est totale et je suis tombé dans le panneau! si c'est le cas, chapeau, l'artiste! -, provenant visiblement, donc, du bâtiment lui-même ("Hein quoi, que fait la sécurité ?"… j’aurais préféré l’ignorer pour le coup, mais c’est un art militant), des chutes du plafond ont été  installées au sol, avec un texte personnel fort long au mur, dont je n’ai lu que la première colonne. Pourquoi ne pas avoir choisi quelques mots-clés synthétiques et bien choisis pour dénoncer ce matériau désormais banni des chantiers et dénombrer les cancers mortels chez les ouvriers trop longtemps à son contact (et au passage avoir protégé les visiteurs en vitrifiant le tout par exemple… s’il s’agit vraiment d’asbeste-ciment) ?

La jeunesse des artistes n’excuse ni n’explique pas tout.

J’ai trouvé dans le port certaines installations bien mieux pensées par des pêcheurs qui n'en revendiquent pas pour autant le statut d’artiste…  




















La richesse des couleurs, l’abandon fort peu étudié des matières ont plus sûrement frappé mon œil que le dénuement artistique de Freestate. Malheureusement.

Les commissaires de l’expo auraient peut-être dû se montrer davantage exigeants et respectueux du public qui se déplace au fin fond de nulle part en leur faisant confiance. Les textes de présentation semblent souvent avoir décelé davantage de signifiant que les artistes eux-mêmes n’ont été capables d’en mettre.

Je suis prêt à admettre que je n’ai peut-être pas compris. J’ai pourtant lu la brochure trouvée au Mu.zee ; elle m’a convaincu d’y consacrer un après-midi. Et je n’ai pas retrouvé ce que la brochure m’avait bien « vendu ». Cela tient au probable art du déguisement propre à la chronique d’art qui s’enthousiasme au lieu d’informer… Je m'y suis laissé prendre !

Un ciel menaçant… et des effluves de « à quoi bon » me sont montés, là !
Je ne regrette pas mes déambulations dans le port d’Oostende, loin de la foule des goélands rendus agressifs par les touristes affamés… Sans l’expo, je ne m’y serais jamais aventuré et j’aurais raté ces quelques clichés.

Comme quoi…

Et merci à la région flamande qui met à disposition un bac gratuit pour relier les deux côtés du port.


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