La très lente advenue, cette poétique de la terre, se construit patiemment dans son corps, étape par étape, avec une cohérence, une force proprement impressionnante (flabbergasting in English !) sur plus de trente ans. Comme si ce qu’A. Berque mettait progressivement en lumière s’était déjà entièrement construit en dehors de la conscience et que, année après année, apnée après apnée, se sont présentés à lui, by bits and pieces, more zones coming out of the night, first in the shadow preceding dawn, then at dawn and gradually the full spectrum of his mesology appears in full light. A new philosophical universe is born, methinks, at the crossroads of so many paths that it seems incredibly fecund.
Il ne se tarit aucune source, jamais, dans cet univers mésologique. Chaque source alimente en les fécondant d’autres sources (d'autres auteurs, d'autres hypothèses) qui à leur tour contribuent au fleuve dont volumes et débits grossissent insensiblement à mesure que la portée de l'univers qui se met en place, qui s’est mis en place, devient all encompassing, englobante sans jamais perdre aucun fil, aucune énergie intuitive livrée sur un plateau à l’ouverture de l’un ou l’autre chantoir. Sans jamais généraliser de façon réductrice.
L’intuition, cet « en amont du raisonnement » (A. Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, Intuition), dans ma pénombre philosophique très imparfaite, m’ouvre pourtant à présent sur les facettes d'univers qui prennent et font sens sans que j’y voie quelque impasse, tant les méandres, les cheminements semblent infinis, infiniment féconds. Il ne me semble pas que cette intuition ressortisse de la conviction découlant uniquement d'un enthousiasme, certes bien présent.
L’auteur, lui, a atteint un tel degré d’intuition créative/créative, adossée à une culture nourrie à tant d’abreuvoirs différents qu’il semble pouvoir se saisir de n’importe quel sujet pour le soumettre au test de l'adéquation à l'univers qui s'est mis en place et en valider ainsi une pertinence de plus, en suivant de façon rigoureuse une suite d'enchaînements méso-logiques très construits.
C’est la première fois que je plonge aussi profondément, aussi personnellement, dans une œuvre philosophique. Elle semble y avoir acquis une réelle vibrance en moi. Comme si ma bibliothèque philosophique s’était construite, sans que j’en sois conscient, pour m’outiller à comprendre la mésologie quand le cheminement s’y prêterait. (Ou pas !). Elle concourt, comme le tantra si profond (voir Un écartement convenable), à une plus complète expression de l'essence constitutive du soi qui est mieux hébergée.
Remonter le fleuve de l’œuvre écrit d’A. Berque constitue & apporte des éclairages à postériori qui en rendent nécessaire la lecture nouvelle, renouvelée à l’aune de cette récente compréhension un peu moins lacunaire offerte par les textes plus récents.
À mesure que le temps chemine aux côtés des écrits de l’auteur, le déploiement de concepts multiplie les points de vue, les prises de vues, les entendements à en acquérir.
La mésologie est-elle en voie de devenir un courant philosophique majeur, susceptible d'être reconnu par ses pairs (mais lesquels ?) comme des ponts lancés entre philosophies orientales et occidentales, susceptibles dès lors d'offrir de nombreuses clés d'interprétation permettant aux hommes de se mieux comprendre ?
Je ne suis personne (surtout en écrivant de nulle part !) pour répondre à cette question bien évidemment. Elle n'est peut-être même pas légitime. Ce serait toutefois plaisant qu'une aube naisse ainsi, qu'accompagnerait un courant d'une force telle que le rapprochement de peuples s'ignorant assez largement ait plus souvent lieu.


L'oeuvre est de M. Escher, Knots August 1965 Woodcut. Cut wood for a knotty philosophy...


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