1 Recosmiser  II Destins du sujet  5 Pourquoi dire "sujet" ?
     6 Émerger ou s'engloutir ?
     7 Sans lien ni lieu: le sujet
 hors monde
     8 Auto-fondation du moi,
 ou bien du monde ?
     9 Saisie de soi,
 ou éveil à soi ?
     10 L'imposition du sujet au
Japon
     11 Les affres du sujet
 prédicat
     12 L'hégémonie du
 TOM Topos ontologique
 moderne

Que peut-il donc être arrivé au sujet pour qu'il se soit éloigné à ce point de lui-même, de la part essentielle de soi, au détriment d'un fondement de soi dont il s'agirait de rebâtir les fondations en quelque sorte ?

Et tant qu'à se pencher sur le vocabulaire, ouvrons Le Dictionnaire philosophique d'A. Comte-Sponville pour ces destins: « L'ensemble de tout ce qui arrive et qui ne peut pas ne pas arriver, qui ne peut pas ne pas être arrivé. Le mot s'applique spécialement à ce qui ne dépend pas de nous. Le destin est le réel même. Ce n'est pas une cause de plus, c'est l'ensemble de toutes. »

Ce deuxième chapitre décrit le réel dans lequel le sujet (s')est englué/ s'est laissé engluer. Il s'agit bien de l'en dégager, de lui rendre de la hauteur. Drone d'aventure que celle-là.

Le deuxième lieu de remise au monde/se reliant au monde (ce lieu de l'épanouir du soi) traverse le sujet. C'est en se liant à nouveau au monde qu'une renaissance poindra. C'est à une forme de seconde Renaissance, dans le sens qu'il a pris dans l'histoire, qu' A. Berque nous invite.

L'auteur exprime dans le §6 un espoir: « ce que j'espère montrer dans ce livre, c'est qu'il vaut la peine de ramener cette prétention [du 'je' ou plutôt 'I', qui dans le monde actuel veut s'arroger l'universalité »] à sa juste mesure.
Autrement dit, en désHagégeant* le propos, A. Berque espère montrer dans Poétique de la Terre qu'il vaut la peine de ramener la prétention du je/au je à sa juste mesure. Qu'il convient de lutter contre l'enflure du moi, qu'il convient de désenfler l'égo...

Cet espoir rappelle Baruch Sprinoza: L'orgueil consiste à faire de soi plus qu'il n'est juste. (d'après Philomag, oct. 2015, p. 83)

Note
*
Claude Hagège pratique volontiers, et depuis longtemps, une forme de racisme linguistique anglophobique fort déplaisant au nom de la défense du français. La démarche est inutilement agressive et surtout stérile. Il ne semble pas pouvoir imaginer que toute langue soit aimable. C'est comme si il rejetait la langue allemande parce que Hitler l'a utilisée.


La mésologie se range du côté platonicien, du côté de l'engloutissement dans le milieu que Platon nomme la chôra, contre l'émergence aristotélicienne d'un topos aristotélicien, d'un lieu (sans mi &) sans lien avec le sujet logique.

 CHÔRA TOPOS
 PLATON
- 428/7 à - 348/7

 (Le Timée)
ARISTOTE
- 384 à - 322
 MILIEU LIEU
À l'identité indéfinissable,
 À LA FOIS empreinte &
 matrice
Sans lien avec le sujet
logique ("la chose")
À LA FOIS ontologique &
cosmologique
- À LA FOIS A
& NON-A (38)
La chose est A.
Le lieu est NON-A
  Puisque la chose & le lieu
sont distincts
et séparables, un
individu coupé de tout
milieu, & strictement
délimité par son
enveloppe corporelle.
S'ENGLOUTIR dans le
milieu, la chôra, hors les
murs de la ville.
ÉMERGE du milieu
le TOM -
indivi-dualiste
S'engloutir dans le milieu,
dans l'ambiance.
La perspective
symbolise l'émergence
du sujet moderne.
  Fuir le monde
pour le moi (H. Arendt)
H. Arendt dénonce
"cette fuite du monde
pour le moi" propre à
la modernité.
La question selon
Platon:
Pourquoi faut-il que
les êtres aient
un ?
(Fefmao, 21)
La question selon
Aristote:
sont les êtres ?
(Fefmao, 21)
COSMISÉ DÉCOSMISÉ


La remise en monde du sujet va pouvoir avoir lieu entre sujet, soi, moi et la déperdition, cette dilution avancée, du sujet en Topos Ontologique Moderne. Voilà pourquoi le mot topos apparaît dans cette expression aux références complexes; je continue de lui préférer le syntagme « l'homme moderne », même si bien sûr la référence, culturellement très upperclass, à Aristote est perdue.

TOM  Topos Ontologique Moderne; par son manque à être,
 le TOM est un infirme ontologique,
 ce qui le rend exceptionnel
 parmi les autres humains. PT 35 76
TOM  N'est plus un citoyen,
 il n'a pas de souci pour autrui,
 il est sans corps médial,
 c'est un particulier qui n'a pas de milieu donc,
 un individuel coupé de tout milieu et strictement
 délimité à son enveloppe corporelle: telles sont les
 caractéristiques essentielles de ce que j'appelle le TOM;
 il est la figure de l'individualisme et du dualisme
 contemporains, « Le TOM a prétendu se détacher
 de son milieu, càd de la Terre, en s’enorgueillissant
 de ses progrès techniques. Lapreuve est faite aujourd'hui
 de son outrecuidance puisque l’on sait désormais
 qu’à continuer ainsi, l’espèce humaine ravage
 son propre milieu & risque donc sa propre extinction
 (la planète, elle, en a vu d’autres). » PT 35


Et puisque tout est grammatical, le §10 nous expliquera comment le Japon, comment la grammaire de la langue japonaise, se sont vus imposer une occidentalisation par l'introduction du sujet grammatical - absent de la langue.


Progresser ainsi dans une lecture analytique complice est plaisant: c'est tenter de garder la tête hors de la forêt foisonnante de signes distinctifs (néologiques) qui en compliquent l'approche, la complexifient. Le probable prix à payer pour propager la mésologie comme philosophie du réel dans le 21e siècle est de se détacher, de se désengluer (risquerais-je un se désengloutir ?) en quelque sorte, d'une vase* néologique qui peut freiner, voire même arrêter la progression de la pensée lisante, et ce au détriment d'un message qui paraît fondamental pour rendre à l'action une pertinence susceptible d'infléchir la marche du monde.

C'est un biais personnel, j'en conviens; il ne m'apparaît pas comme essentiel à l'auteur, même si l'action s'envisage chez lui aussi; nous y reviendrons. Cela n'invalide en rien la démarche mésologique. Cependant, après m'être avec bienveillance et acharnement plongé (immergé) au coeur de son lexique, je le trouve toujours trop novateur pour (me) devenir jamais intégralement accessible. L'apparence tient toute entière dans les parenthèses de la phrase précédente...

Le défi, voir le destin, d'une vulgarisation de l'approche mésologique passe peut-être par les mots de tous les jours, par le sens commun, sans compromission avec un quelconque appauvrissement de l'usage d'une langue. Toute la langue, mais rien que la langue. J'en viens à me demander si se cantonner dans un jargon à l'ésotérisme néologique souverain, dominateur même, est la meilleure façon de légitimer, de valider une démarche. Pour autant que ce but soit envisagé/envisageable pour l'auteur.

Je me demande pourquoi les mots ne seraient pas suffisamment autonomes pour porter de façon moins opaque, plus transparente, plus fluide, le message de l'auteur fait de syncrétisme entre ses deux mondes. Et si c'était à cela que cet analytique de Poétique de la Terre s'attachait ? Et si il s'agissait de surmonter l'extrême difficulté que j'éprouve à partager mes enthousiasmes mésologisants avec mon entourage ? C'est frustrant à la fin !

Note
* Vase
: Euh... oui, ce n'est pas très positif, j'en suis conscient. C'est pourtant le son d'aspiration des bottes dans cet élément que j'entends le mieux ( le splotch si vous voulez...) en pensant au lexique néologique de la mésologie. On a les images sonores et visuelles qu'on peut, pas toujours celles qu'on veut !


Il me serait infiniment plus sympathique qu'une alternative crédible à l'économie de marché soit de nature philosophique, plutôt que juste « bêtement » économique... Je formule même l'hypothèse que la solidité d'une pareille approche philosophique serait bien plus déstabilisante pour la finance mondialisée que ne le sont toutes ces alternatives économisantes qui pédalent dans la semoule depuis des décennies... à vouloir prouver qu'elles ont raison sans jamais atteindre un seuil où le mouvement qu'elles semblent vouloir initier ne se désimmobilise un tant soit peu. A. Berque appelle de ses voeux une sortie par le haut autrement prometteuse grâce à l'appareil critique qu'il fourbit de livre en livre.

 


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