2e
RECONCRÉ-
TISER
 V La médiance
 humaine
 20 Le moment structurel
 de l'existence humaine
     21 Médiance et émergence
 de l'être humain
     22 Corps animal et
 corps médial
     23 Le sentiment
 des choses
     24 Être vers la vie et
 morale pratique
     25 Médiance et religion

 

§ 20 Le moment structurel de l'existence humaine
S’explique, se détaille ici, dans un raisonnement tendu à l’extrême, le pourquoi du traduire le terme japonais fudosei par médiance et non uniquement contréité dans l’ouvrage écrit par WATSUJI Tetsurô & traduit par A. Berque en 2011 (CNRS). Médiance= moment structurel de l’existence humaine. Moment= rapport entre deux forces … combinant les deux moitiés d’une même réalité: l’existence humaine. Ce néologisme a été forgé par A. Berque à partir du latin medietas, moitié. Médietas a donné le français milieu.
Les deux forces= « l’appariement d’un être et de son milieu. »
Le milieu « est à la fois une relation entre les humains … ainsi qu’[une relation] entre les humains et leur environnement. » (90)
L’expression berquienne « corps médial » rend « l’unité de ces deux aspects (le social et l’environnemental) qui font un milieu humain ». cela « veut dire qu’un milieu humain s’entretisse de relations à la fois écologiques, techniques et symboliques. » (91)
« La médiance, c’est indissolublement notre rapportà autrui & notre rapport à l’environnement. » (91)
La subjectité humaine (le fait d’avoir un soi) est foyer qui empreint son milieu & est à son tour « empreinte de son milieu ». il y a une interdépendance. Les deux sont tour à tour matrice de l’autre et empreinte sur l’un, matrice sur l’autre et empreinte de l’un. Je viens de comprendre qu’A. Berque emploie tantôt le mot empreinte comme nom commun, tantôt à la voix passive comme participe passé du verbe empreindre, qui n’est pas courant-courant…

empreindre [ɑ̃pʀɛ̃dʀ] v. tr.[CONJUG. peindre.] (Le Grand Robert]
ÉTYM.1213; d'un lat. pop. *impremere,du lat. class. imprimere. →Imprimer.
2   Littér. Marquer (qqch.) en y traçant, en y laissant l'empreinte de… Empreindre un pays « d'un caractère (…) de civilisation » (Michelet).

Objectif
Répondre à la question: la mésologie serait-elle inconciliable avec la science ? va occuper le reste de l'ouvrage. Pourtant, « la réponse tient en quelques mots: ce avec quoi la mésologie est inconciliable, c'est le dualisme du paradigme occidental moderne classique (§9); ce n'est pas avec la science [que la mésologie est inconciliable]. [La science] est une suite de dépassements des paradigmes anciens. La mésologie se propose bien de dépasser la modernité, mais cela non pas en culbutant son paradigme en son envers, ..., autrement dit en opposant un spiritualisme au matérialisme; au contraire en montrant que l'esprit et la matière s'entrecomposent indéfiniment, trajectivement, ... dans la médiance du vivant. La ... [deuxième] partie s'en tiendra aux milieux humains, laissant à la troisième les milieux vivants.

S'entrecomposer= Le corps et l'esprit ne font qu'un en soi. (jm) C'est un apport essentiel des philosophies de l'Orient.

Ce qui, aux yeux de l'auteur, affilierait la mésologie à la science, c'est sa capacité à dépasser d'anciens paradigmes, tout en restant fermement ancré dans un solide matérialisme. Les moyens intellectuels pour y parvenir tiennent vraisemblablement au tétralemme et à son potentiel d'ouverture de nos raisonnements hors dualisme cartésien au coeur de nos monothéismes. Cette réflexion m'est venue en écoutant avec beaucoup de joie une conférence récente de Madame Geneviève Azam. Elle semble être consciente que le dualisme est réducteur, mais ne nous a pas entretenu d'autres outils intellectuels de nature à la mieux satisfaire. Peut-être son livre aborde-t-il ce versant.


§21 Médiance et émergence de l'être humain
L’être et son milieu sont corrélés en « un couplage dynamique – un moment – qui évolue dans un certain sens, & qui pour l’être en question est chargé de sens; sens qui essentiellement (chez l’humain) peut s’élaborer en productions de l’esprit, mais qui d’abord s’exprime dans sa constitution physique et dans les dispositions de sa chair. » (93)
L’objectif de Poétique de la Terre est de mettre cela en lumière.

Le reste du § 21 consiste en douze exemples pris chez d’autres penseurs/chercheurs montrant que « les concepts de médiance et de trajection peuvent éclairer » leurs thèses. (94 à 99).
Y trouver appuis et confirmations de ce que « [l’]être humain est apparu en s’extériorisant dans la réalisation de son propre milieu (S/P), qu’il a réfléchi sur lui-même. » (99)


§22 Corps animal et corps médial
Ce sous-chapitre se raccroche à la différence abordée au §6 entre le corps animal (notre être), qui est un topos pour Aristote, et le corps médial (son milieu), qui est une chôra pour Platon.
Je sens que je vais comprendre pourquoi l’homme moderne se nomme le TOM !
« L’humain possède la faculté de vagabonder symboliquement dans sa chôra, bien au delà des astreintes de son topos. » (99) En Asie orientale, le DAO contient en puissance toutes les formes particulières et unit tous les êtres. (100) Le dao n’a pas de forme ‘délimitable par un topos; mais il est un champ de force, d’où toutes les formes tirent leur puissance. La puissance d’une forme excède son contour. » (100)
Les (biens) communs (chers notamment à Jean Ziegler) sont une matérialisation du corps médial.
La page 101 fait un bref touchdown avec l’économique, unique point jusqu’à présent de contact possible entre la mésologie et l’approche de Madame G. Azam, économiste toulousaine.
Le corps animal ne s’extériorise plus en corps médial « pour laisser place à de simples ‘prothèses’ matérielles…» (101) « Au delà d’elles, c’est l’environnement objectif. »
Le topisme (de topos)= pathologie dont souffre le TOM qui « de tout être ne retient que le contour matériel ».
Exemples de topisme:
-  ne considérer d’une mélodie que les décibels;
-  ne considérer que les violons sans les violonistes
-  et donc généralement « réduire toute réalité à une mécanique matérielle, en faisant abstraction de l’existence humaine. » (102)
« Pour autant que nous existons, nous, la topicité » (le fait d’avoir un topisme ?) « des choses s’accompagne toujours de leur chôrésie » càd « de leur déploiement en un corps médial, éco-techno-symbolique. » (102) Au sein de leur déploiement, les choses n’engendrent de réalité qu’appariée à la nôtre. (102)
Il appert qu’A. Berque se sent fort éloigné de P. Sloterdijk, et d’un inconnu dans mon univers Heiner Mühlmann, & plus proche d’Edgar Morin et de B. Stiegler, dont il cite deux passages.
La médiance « crée les individus par leur interaction concrète avec les choses & avec autrui. » (103)
Corps médial et corps animal ne s’opposent pas. le corps médial est du corps animal l’indispensable moitié, engagé avec lui dans le moment structurel de l’existence humaine. » (103)
[Hypothèse jm: c’est le corps médial que font apparaître les mains du tantra. Elles ont fait « naître » l’autre moitié du corps animal qui était là, sans plus. Elles l’ont vivifié & l’ont présenté à son corps médial. C’est cette indispensable moitié jointe au corps animal qui me permet désormais d’exister humainement dans chaque moment structurel, chaque instant qui ne ressemble à aucun autre l’ayant précédé & ne ressemblera à aucun des autres qui le suivront. C’est probablement pour cela que toute séance est unique. ]
Je n’ai pas encore compris ce que structurel apporte dans l’expression de Watsuji.
Ce § 22 est essentiel car il permet de comprendre plus clairement ce qu’impliquent médiance & trajection, deux néologismes fort rétifs à se laisser embrasser, je trouve. Je sens que ces concepts m’imprègnent de leur va-&-vient créateur de monde…


§23 Le sentiment  des choses

« L’Asie orientale a produit des notions qui peuvent aider à voir plus loin que notre TOM.
1e notion= le sentiment des saisons, en poésie.
Poésie = « ce confier aux choses le soin de dire ce que l’on éprouve. » « Ce principe gouvernera jusqu’à nos jours l’esthétique nippone. » (104)
« Il s’agit d’ouvrir son cœur aux phénomènes de la nature. » À leur tour, ces phénomènes naturels « pourront l’exprimer: le crépuscule sera la solitude, les feuilles mortes ladécrépitude. »
2e notion, plus universelle = l’émouvance des choses(XVIIIe , Motoori, N.) Ce concept est une très orthodoxe philologie, « à bien des égards
toujours valable ». (105) « & est proprement universel dans la perspective de la mésologie. » (106)
Par émouvance des choses, entendre trajectivité des choses. Cela tient compte de notre existence. Cette émouvance des choses, au même titre que la chôra platonicienne, fait partie du patrimoine de l’humanité. « Il est temps que nous l’exploitions », nous suggère l’auteur. (106)
Il s’agit d’étendre le cœur aux choses, à autrui, hors de soimême. C’est en partie de l’empathie, mais pas que.

DES
Deux hypothèses sur la valeur du DES dans « émouvance des choses »:
Est-ce
-  un génitif objectif, càd ce que l’on éprouve pour ces choses ?
-  ou bien un génitif subjectif, càd ce que les choses éprouveraient ?
Dans le cadre du dualisme, seule la première hypothèse prévaut. « Il en va tout autrement pour la mésologie : dans la réalité concrète des milieux & de l’histoire, les choses nesont jamais ni proprement objectives (S, de purs-en-soi) ni proprement subjectives ( P, de purs fantasmes), elles sont toujours & nécessairement trajectives (S/P) càd que [la réalité même des choses] est empreinte de sentiment, puisque cette réalité implique notre existence. » (107)
La mésologie veut saisir la réalité concrète par souci d’objectivité ! « Mais une objectivité moins simple que le subterfuge du dualisme » (107) qui consiste à ne considérer qu’une des deux hypothèses ci-dessus. Notre corps animal s’émeut en ces choses de notre milieu, qui sont notre corps médial. « Les choses concernent notre existence. C’est ce concernement qui est source d’émotion. » (107)
Concernement= néologisme désignant le fait dêtre concerné, si je comprends bien.
« La vérité universelle » qui en ressort est que « les choses sont émouvantes. »


§24 Être vers la vie et  morale pratique 

L’être médial  survit à  l’être individuel
La technique  ''  l'artisan
Le poème  survit au  poète
La ville  '' à  l’habitant
La langue  ''  ceux qui la parlent.
(108)


L’être humain est transmortel alors que « une fois mort, l’animal retourne à l’écosystème. Notre corps animal aussi; mais notre corps médial nous survit, dans la mesure même où nous sommes humains. » (109)
La transmission d’héritage, ce dont les enfants héritent des parents, exprime cette continuité (cette survie) du corps médial. L'héritage est une forme mineure de l’être-vers-la-vie. (112)
La forme majeure de cette continuité (cette survie) est l’âme. < latin anima, de ani, racine indoeuropéenne= souffle vital ---> grec anemos le vent et ---> FR : anémomètre, animal, animé, unanime.
Le souffle vital, une fois le dernier souffle expiré, « se poursuit symboliquement dans l’immortalité de l’âme. » (112)
Pour le christianisme, l'âme reste individuelle; pour d’autres religions (le brahmanisme en Inde, notamment), elle peut vagabonder d’une identité corporelle à une autre.
Le corps médial s’exprime entre autres par la morale. Un des défauts du TOM est « de cisailler les fondements médiaux de la morale, qui est affaire d’entrelien humain. Il est, en particulier, structurellement allergique à l’altruisme. » (113)

(à suivre)


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