Du « cordon ombilical avec sa mère, la Terre » au « sens ... monté de la Terre »

Zorba est « un cœur vivant, une voix chaleureuse, une grande âme brute, qui n’a pas coupé le cordon ombilical avec sa mère, la Terre. » N. Kazantzaki, Alexis Zorba, cité par D. Garcia in LMDA, n° 168, p. 50.

Voilà un cordon ombilical offrant un exemple littéraire de cette eau alimentant le moulin d’A. Berque. Dans Poétique de la Terre, celui-ci écrit: « Le sens est monté de la Terre. » (PT, 130) Et l'animation trouvée sur Internet visualise en quelque sorte cette montée de sens à partir de la Terre via ce cordon...

Augustin Berque n’est pas partisan du « postulat tacite d’un contrat entre sujets individuels désincarnés…, confits dans* leur TOM, & décidant un beau jour, arbitrairement, que tel objet se nommerait comme ci, tel autre comme ça. Contrat tombé du ciel (l’éternel en moins » dans le cas de Lévi-Strauss), « alors qu’en fait le sens est monté de la Terre, en quelques quatre milliards d’années, dans la contingence de l’évolution & de l’histoire. Par trajection. Non par projection ! » (130)
Que le sens soit monté de la Terre, est-ce explicable par la contingence ?
Il n’était pas nécessaire que tel son en vint à rencontrer son objet, à l’en imprégner, à s’y fixer, parce qu'un dieu quelconque en aurait décidé ainsi. Ce processus n’est pas non plus dû au hasard puisque le sens serait monté de la Terre. Et que la première nommaison d’une chose était rendue contingente par l’aisance d’un usage devenu plus régulier entre les hommes.
La trajection, ce va-&-vient, en découle; elle parachève l’hominisation puisque une fois le premier objet devenu chose nommée, cela entraîne une meilleure observation du sens qui se murmure autour d’autres objets, devenus à leur tour choses nommées. Une fois le processus enclenché, il est sans fin. D’autres langues génèreront d’autres onomatopées qui prendront la robe de nouveaux mots et ainsi de suite.

Le créationnisme est du côté de Babel, la mésologie du côté de la Terre d’où se murmure le sens.

C’est de la Terre que monte le sens.
Ce serait de la Terre que serait monté le sens.

Jamais probablement, nous ne serons capables de remonter au temps (pré)historique de la première nommaison pour en documenter la substance. Il faudra donc nous contenter de ce va-&-vient entre le présent et le conditionnel dans les deux phrases surlignées de jaune ci-dessus.

Il est un va-&-vient entre certitude fondée sur une mésologie
- qui paraît en passe de/
- qui pourrait un jour prétendre
à devenir une des meilleures philosophies pour le XXIe siècle, et doute serein de celui qui emmène cette plume exégétique s’affinant à mesure qu’elle parcourt le chemin perçu qui se trace sous ses pieds. Est-ce aussi de la Terre que montent le sens des néologismes mésologiques ? Ou, plus sûrement, leurs sens découlent-t-il de l’étymologie élevée au rang d’observatrice scrupuleuse de ces contingences multiples ? Et, bien sûr, le terme nommaison même dont j'ai éprouvé la nécessité de dérivation pour les besoins de ce texte. Il n'est probablement pas d'autre explication que la contingence pour m'avoir murmuré à l'oreille ce néologisme...


* Je suis frappé par l'homophonie entre confits dans et confidents.


La source de la très belle animation est ici.
Cet article dérive de ma lecture du ch. VI de Poétique de la Terre.


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