Il y a belle lurette que B. Spinoza me fascine.
A. Comte-Sponville, entre autres, en parle bien, de façon pédagogique.
Pourtant, l'ouvrage d'Éric Delassus aide son lecteur à aller plus loin.
Muni de cinquante citations extraites de l'oeuvre,
il prend 3-4 pages à simplifier (idée), à expliquer (contexte),
à décoder (commentaire),
à définir (environ 70 termes sont au bas mot définis ainsi
dans l'encart « vocabulaire » & dans le texte même), à appliquer (portée).

Bref, la plume d'É. Delassus rend la philosophie de B. Spinoza
plus familière, presque complice.
Son phrasé même révèle
comme É. Delassus est au coeur matiérel
de l'oeuvre spinozienne.

L'ouvrage est une belle manière
d'être utile à la vie de tous les jours
qu'il accompagne désormais
comme un autre havre
aux instants lumineux.

C'est d'ailleurs peut-être grâce à lui
qu'un jour
L'éthique se lirait dans le texte...

La collection dans laquelle l'ouvrage est publié
structure chacun autour d'approches similaires.
C'est une des forces
des nombreuses collections philosophiques
de cet éditeur.


Le désir fonde les valeurs. C'est parce que nous désirons une chose que nous lui donnons de la valeur. C'est, par exemple, parce que nous désirons un fruit « en raison du fait que l'expérience nous a montré qu'il convenait à l'organisme que nous [lui] accordons de la valeur. ... Le désir peut se tromper d'objet; il peut désirer ce qui au bout du compte s'oppose à sa véritable réalisation. » 130

Le désir est avant tout désir d'augmenter sa puissance d'être & d'agir. Il « peut errer & croire qu'un ... objet lui apportera une augmentation de sa puissance. » 131 En passant, mais est-ce si passant que ça ? Çe serait étonnant*... , croire conduit à l'erreur. Il peut dès lors être erroné de croire.
* Private joke pour ceux qui me connaissent...

« Nous entendons par bon ce que nous savons avec certitude nous être utile. » Et, au contraire, nous entendons par mauvais « ce que nous savons avec certitude empêcher que nous possédions un bien. » 130
« Les biens ordinaires sont finalement nuisibles lorsqu'ils sont recherchés pour eux-mêmes, alors qu'en réalité le souverain bien se situe ailleurs. » 131 Il s'agit « de comprendre par la réflexion ce qu'est le désir humain, ce que désire vraiment le désir, pour lui permettre de s'affirmer en poursuivant ce qui contribue à l'épanouissement de sa puissance. » 132
Baruch Spinoza « affirme que le désir est l'essence même de l'homme ». « Cette définition consiste à affirmer que l'homme est désir. Le se définit comme une puissance d'être & d'agir conscience d'elle-même. » 133
« C'est quand le désir sait ce qu'il désire vraiment que l'homme peut s'épanouir pleinement & devenir cause adéquate de ses actes. » 136

La joie correspond à une augmentation de la puissance d'être & d'agir d'un individu. La tristesse une diminution. Joie & trsitesse sont une transition, un passage d'un degré de puissance à un autre. Un rapprochement s'opère instantanément entre la trajection d'Augustin Berque et ce passage de degré pour la puissance chez Spinoza. Il ne me souvient pas qu'A. Berque ait jamais mentionné B. Spinoza dans les ouvrages que j'ai lus sur la mésologie.

« Les idées vraies sont toujours source de joie car la pensée d'une idée vraie s'avère être nécessairement la manifestation d'un accroissement de la puissance de l'esprit & ne peut donc qu'entraîner la joie » pour Spinoza... 138

Cette lecture attentive du désir que mène Éric Delassus est puissante, elle augmenterait même bien notre puissance propre dans la joie éprouvée, comme quand le franc tombe...

« »


« Accéder à la béatitude consiste à vivre aussi humainement qu'il est possible, c'est-à-dire en n'étant plus déterminé par des causes externes, mais en étant cause adéquate de ses actes par une plus grande connaissance de notre union... à la nature tout entière. » 161
Le désir de béatitude n'est pas ... dépassement mystique; il consiste dans le désir de vivre le plus humainement possible, c'est-à-dire de vivre librement et de ne plus être dans la servitude. 160

L'émancipation d'une servitude est acte volontaire, vigilant, dont il s'est agi de se convaincre et désormais dans la confiance apprise de soi. En tendant vers une plus puissante béatitude, en éloignant l'impuissante servitude, c'est en quelque sorte comme se rapprocher de cette puissance propre à la nature humaine telle que l'expose B. Spinoza.


Vocabulaire

A titre documentaire: l'auteur de l'ouvrage prend le soin de définir une septantaine (ben oui c'est au dico, l'usage wallo-bruxellois...) de termes, facilitant ainsi la compréhension du raisonnement très construit qu'a mené B. Spinoza. Ci-après la liste et la page où elle figure, car le même éditeur a beau avoir publié un Dictionnaire Spinoza, une plume n'est pas l'autre...

 action  139
 affect  64
 affection  114
 anthropomorphisme  48
appétit  118
aptitude  121
attribut  44
 bien  29
 132
causalité  40
complexion  214
connexion  81
contingence  59
contrainte  52 
corps  99
corrélat  103
 crédulité  187
déduction  89
 dieux  56
 durée  154
enquête historique  187
essence formelle  74
essence objective  74
 éternité   154
expérience   85
fanatisme  173
foi  190
 fortune  59
idée adéquate  89
identification  144
image  103
 imagination  85
imitation  148
immanence  32
inadéquation  74
 infini  44
 interprétation  183
 libre-arbitre  64
 loi  52
 méthode  71
 mode  99
 nature  28
nécessité  48
 paix  211
 passion  139
pensée  111
 persévérance dans l'être  124
 piété  180
 politique  204
 praticien  217
raison  89
 réflexion  31
 religion  177
 renversement  144
 révélation  196
 souverain bien  89
 substance  44
 superstition  173
 théologie  187
 tolérence***  173
 transfert  220
 utile  37
 utile propre/commun  207
 vérité  77
 vertu  167
 vie  162

***Tollé rance d'esclaffements outragés chez les correctrices... Allez, rien que pour elles, je vous le fais en a: tolérance. Cela vous va mieux ?


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