Conversation avec une amie:
c'est pas clair;
j'en prends conscience;
esprit de l'hélicoptère.
Écarter le compliqué
pour ne garder que le complexe.
Un programme en soi.


Cet essai a fait l'objet d'une refonte profonde fin août 2018.

L’ordre de présentation des occurrences du concept d’intuition dans plusieurs œuvres de nature philosophique sur ce site a été modifié. Ce nouveau charpentage argumentaire permet peut-être d’en appréhender la portée avec davantage d’à-propos; il suit aussi de plus près le parcours personnel entrepris.


Plan

§0/ Étymologie
§1/ Albert Einstein
§2/ Qui parle ? & d'où ?

  • Quelques exemples
  • Question reformulée
  • Source
  • Définition personnelle
  • Quatorze caractères définitoires
  • Constats à la voix négative
  • A wrap-up in English 

§3/ L'intuition d'un parcours personnel
§4/ Lilian Silburn, La Kundalinî
§5/ B. Spinoza et la science intuitive
§6/ Une Intuition, texte poétique
§7/
Albert Camus
§8/ Cédric Villani
§9/ Conclusion suspensive...
Pour Mémoire
Isabelle Stengers sur A. N. Whitehead
Augustin Berque


§O/ L'étymologie du mot Intuition, dont un premier usage apparaît au milieu du XVIe siècle, en 1542, repose sur le latin scolastique: intuitio, de intuitum, supin de intueri « regarder attentivement » (Le grdRob)

L'attention portée à l'acte de 'poser le regard sur' est d'emblée mise au coeur du processus intuitif. Voir notamment l’essai intitulé Porter attention à.


§1/ Albert Einstein

 L'esprit intuitif est un don précieux et l'esprit rationnel en est un serviteur fidèle.
Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don. (Trad. N P)

§2/ Qui parle ? & d'où ?

Quelques exemples

- Qui pilote quand « le corps »

  • s'éveille en milieu de nuit, entre deux cycles de sommeil, & se dénude, tant cela parait souhaitable pour mieux dormir/se rendormir;
  • arrive peu après l'ouverture d'une bibliothèque sans avoir réglé son pas sur le temps universel;
  • quitte une cafétéria pour descendre à la caisse d'une policlinique où une connaissance âgée, au sortir du cabinet d'un médecin, se demande comment faire pour payer;
  • etc.

Dans le deuxième exemple, je ne savais pas que la bibliothèque serait ouverte; j'en avais la simple intuition. Il convient de bien faire la différence entre la simple intuition et l'intime conviction, qui ressortit davantage de la « certitude de l'esprit fondée sur des preuves jugées suffisantes » (TLFi)

L'intuition s'exerce dans des tas de circonstances différentes, dans des situations vécues & sur lesquelles un mouvement réflexif à postériori s'exerce. Une des constantes semble être le constat posé après que l'évènement se soit déroulé. Elle se manifeste par des gestes posés avec justesse, avec à-propos dans le cours de la vie quotidienne.

Chacune de ces circonstances sont des manifestations de l'intuition en actes. Elle ne résulte pas d'un savoir à priori.


Question reformulée

La question peut se reformuler de diverses manières:

  • où se situe la source intuitive, si tant est qu'il en existe une ? Le cerveau, écrit S. Simon: voir &3/.
  • Cette intuition est-elle construite, comme le suggère Whitehead (voir fin d'essai, Pour mémoire) ?
  • Est-elle fondée, constituée sur
    • une pratique ? Celle du porter attention, par exemple ?
    • un ancrage rationnel ? Il est probable que oui, sous peine d’être ravalée au niveau de l’intime conviction. (voir &5/)
    • une localisation précise, concrète ?
  • L'intuition repose-t-elle davantage sur la circulation de l'énergie universelle à l'intérieur du corps, qui s'en imprègne ? Cette énergie prend corps dans le tantrisme ? (voir §4/)

Source

- Quelle est la source de l’intuition qui advient ?

- D’où provient [1210; lat. provenire «  naître, se produire  ».], d'où sourd ce ru intuitif, discret, sinueux, ancré dans la matière vivante, et au débit parfois dense, comme davantage certain de soi ?


Définition personnelle

La phrase précédente constitue actuellement la meilleure définition personnelle que je puis donner de l'intuition: l'intuition est un ruissèlement discret, sinueux, ancré dans la matière vivante, le corps. Son débit est parfois dense, comme davantage certain de soi quand un de ses effets est constaté à postériori.

Je suis bien évidemment conscient de la nature poétique de sa formulation non terminologique. Voici plusieurs caractères définitoires qui en cernent quelques aspects.


Caractères définitoires

Quelques caractères définitoires possibles:

1. elle agit en amont de la conscience de l’acte posé ; l'intuition agit. Point à
la ligne...
2. elle semble parfois s’écouler;
3. elle susurre, à bas bruit;
4. l'intuition percole à la surface des choses;
5. elle diffuse un mince feu auquel il est aisé d’être inattentif;
6. elle passe inaperçue sans une attention vigilante portée à son message, en tout cas à sa manifestation; le porter attention à conditionne la prise de conscience de la survenue de l’intuition;
7. elle ne s'exerce pas de façon continue ou régulière;
8. elle appartient au domaine du non verbal, l'intuition débouche sur des facettes d'univers non-verbaux qui font sens à travers leurs méandres intuitifs, en cheminements apparemment infinis;
9. elle prend en compte des éléments qui peuvent faire sens après-coup, une fois qu’elle s’est manifestée à soi; & a dès lors trouvé à s’exprimer; il y a lieu de se méfier: la sur-interprétation guette !
10. l'intuition assure une fluidité bienvenue au déroulé d'un fil de vie;
11. elle est peut-être de nature énergétique, celle qui circule entre les chakras, ces portes-tambour (voir   §4/ et Passages); cela reste bien sûr une hypothèse parmi d'autres;
12. la  façon  un  peu  mystérieuse  dont   l'intuition  imprègne progressivement le corps semble infiniment féconde. Elle procède par imprégnation progressive;
13. l'intuition résulte; l'intuition est un résultat possible;
14. elle est bien davantage une hypothèse qui se constate après l'acte, parfois plusieurs heures après.


Constats à la voix négative:

  • L'intuition n'est pas un savoir, une connaissance apprise restituée.
  • L'intuition ne se décide pas.
  • L'intuition n'est pas un acte rationnel qui se poserait après mûre réflexion.
  • L'intuition ne résulte pas d'une construction intellectuelle préalable; le corps ne se dit pas: « Bon, maintenant, je vais enclencher mon intuition... »
  • L'intuition ne résulte pas d'un acte posé consciemment.

A wrap-up in English

  1. Intuition oozes out like a discrete flow. There may be no point in tracing back where it flows from, or, at least, its source(s) remain(s) under cover, in some way hidden, perhaps even inaccessible.
  2. It fits the act, whatever it is, appropriately. Its appropriateness becomes apparent when the sequence of events is closed & is being thought upon in the aftermath of their occurrences.
  3. It occurs more often than not when the body is relaxed, at peace, when it does not generate any stress.

§3/ L’intuition personnelle, repose « en amont du raisonnement » selon A. Comte-Sponville, tel qu'il l'exprime dans son Dictionnaire philosophique, sous l'article Intuition.

Il ne semble pas que cette intuition ressortisse de la conviction découlant uniquement d'un enthousiasme intuitif, certes bien présent ! Il a pris la forme de cet essai charpenté, d’une bribe philosophique.

Soledad Simon, une philosophe proche de Robert Misrahi, apporte en effet de l’eau au moulin de celle d'A. Comte-Sponville, dans un chapitre intitulé Le corps-sujet et les neurosciences: le regard du philosophe, en consacrant à ce concept une étude scientifique assez poussée. J’en extrais ceci.


 
 
 

L’ouvrage cité
de M. Jeannerod
s’intitule:
Le cerveau
volontaire
,
Paris, Odile Jacob,
2009, p.177 et suiv.

 

L’ouvrage collectif dont ce chapitre est extrait résulte d’un colloque d’une semaine organisé à Cerisy en 2012 consacré à Robert Misrahi. L’ouvrage s’intitule Robert Misrahi: pour une éthique de la joie. Il est paru aux éditions Cécile Defaut en 2013.

De ce chapitre j’ai extrait ceci qui donne une assise factuelle/scientifique à la définition d’A. Comte-Sponville en l’étoffant. Cette approche neurologique semble donner quelque étoffe à l’approche esquissée dans le §2/.


 L'image provient d'un ouvrage de L. Silburn, La kundalinî.
Le lien renvoie vers une présentation détaillée de cet ouvrage fondateur
d'où je puise l'intuition d'une source possible de l'intuition...

dont L. Silburn rend si bien compte.


§4/ Lilian Silburn: La kundalinî

L. Silburn est celle par qui le shivaïsme tantrique & non dualiste du Cachemire a pris corps en l'esprit tandis que le corps, lui, le vivait de l'intérieur comme en rend compte le recueil poétique le plus fourni de l'écritoire: Un écartement convenable.

C'est dans le chapitre III de son ouvrage que L. Silburn aborde l'intuition. En voici l'extrait:

Les Natha appartiennent à une école qui vise à se libérer durant la vie. Les Natha sont des Shivaïtes; ils insistent sur une voie directe aussi brève que possible, celle que découvre le mystique en lui-même et jusque dans son propre corps, lieu privilégié de l’expérience. Ils recourent à l’intuition, l’absorption spontanée; se caractérisent par la simplicité du cœur et de l’esprit.

Bien sûr, la lecture d'un des plus longs essais sur Nulle Part reste un must pour qui veut s'imprégner des enseignements d'une sagesse venue du Nord de l'Inde (et de l'est du Pakistan, pour le plus grand malheur d'une paix contemporaine qui ne se fait pas; à ce propos voir Le Monde diplomatique et notamment cette synthèse avec carte.).

La mésologie a concouru, comme le tantra si profond (voir Un écartement convenable et le Pour mémoire en fin d'essai), à une plus complète expression de l'essence constitutive du soi bien mieux hébergée. Depuis quelque temps, ces approches étant mieux intégrées, c'est le spinozisme qui semble désormais être devenu le flux majeur alimentant la source énergétique même qui anime ce site. La mésologie, en passe de devenir un mésologisme ?, s'est alors détachée du soi. J'en ai récusé une logique implacable, réductrice finalement parce que trop systématique; elle est comme sans effet désormais même si bien sûr nul regret ne pointe son nez sur le temps considérable passé à en cerner les contours, puis à en démonter les arcanes. La mésologie reste un passage qui a équipé de concepts novateurs, notamment paysagers et japonisants.

De longues méditations sur les philosophies de l'Inde (voir § 6 & 7) et sur Spinoza (§5) ouvrent à une intuition renouvelée du monde, davantage paisible; chaque jour ou chaque semaine constate une mutation, une évolution personnelles, un bonheur de voir les choses autrement, d'être un peu mieux capable de mettre des mots plus adéquats sur le silence ontologique, qui est une condition à l'éclosion apaisée de la sérénité qui envahit le corps-conscience. Il se médite ainsi un bic à la main.


§5/ B. Spinoza sur les trois genres de connaissance, et plus particulièrement le troisième.

Voici la retranscription de ce qui en est dit par ailleurs sur Nulle Part:

   Typologie des trois genres de connaissance: in L'être et la joie 113, par R. Misrahi
 1er genre  Par ouï-dire Connaissance empirique sans fondement.
Elle ressortit de la confusion des sens.
Elle est passive et répétitive;
elle est source de toutes les désillusions.
 2genre  Rationnel et démonstratif
 (comme les maths)
 La connaissance de 2e genre
procède par l’enchainement déductif
&  emploie des notions communes.
Elle définit la science intuitive.
Le savoir ici est certes fondé, nécessaire & universel
mais uniquement conceptuel & abstrait.
 3e genre  la science intuitive  Elle saisit intuitivement, de façon intellectuelle et
immédiate, le rapport entre un attribut infini de la nature
et l’essence de la chose= un mode singulier de cet attribut.
La connaissance du 3e genre appréhende,
comprend de façon immédiate, le lien entre les réalités
singulières et les aspects spécifiques de la nature infinie
qui les fonde (choses ou idées).
C’est vers ce genre de connaissances
que toute l’éthique conduit son lecteur.
Le contenu, la signification  ne peuvent être saisis
qu’avec la vérité.
La science intuitive appréhende concrètement
(et non plus abstraitement comme dans le 2e genre)
LE RAPPORT / LE LIEN. 114

1er Par ouï-dire: connaissance empirique sans fondement.
2e Rationnel et démonstratif (comme les maths); le savoir ici est certes fondé, nécessaire & universel mais uniquement conceptuel & abstrait.
3e Le contenu, la signification ne peuvent être saisis qu’avec la vérité / la connaissance du 3e genre qu'est la science intuitive: elle s'appréhende concrètement (et non plus abstraitement comme dans le 2egenre) 114
LE RAPPORT / LE LIEN, dit R. Misrahi dans Les 100 MOTS SUR L'ÉTHIQUE, s'opère entre 1-  la totalité comme substance & 2- la singularité de tout être.

Cette science intuitive (3e genre) consiste à saisir l’immanence de la manière dont les réalités singulières s’insèrent dans la nature infinie.
Cette science intuitive implique de se libérer par rapport à tous les mythes de transcendance & de libre arbitre.
La science intuitive libère l’esprit à la fois de l’imagination et de la servitude.
Il s’agit dès lors de se libérer définitivement de la connaissance de 1er genre, la connaissance empirique, car elle produit l’imagination illusoire et la fausseté des idées tronquées. Seule la connaissance de 2e genre, la connaissance rationnelle, peut déboucher sur et engendrer un système d’idées adéquates relatives aux structures de l’être, c’est-à-dire la nature. C’est seulement à partir de cette connaissance rationnelle, à partir de l’unité de nature que peut émerger la saisie intuitive du lien entre
-  les choses singulières &
-  la nature infinie.
La béatitude et la liberté en découlent, d’où naît le sentiment d’éternité.
Plus on est capable de saisir du lien par la science intuitive, plus nous acquérons de l’intérieur la conviction de l’unité du monde & plus nous accédons à la plus haute joie.

Se convaincre que le monde est un.
Accéder à la plus haute joie.


Car mieux on a conscience de soi-même, c’est-à-dire plus on est parfait et heureux.
À la fin de l'article consacré à la connaissance, ces mots-clés apparaissent: amour conscience éternité idée raison satisfaction de soi vérité.

Il s’écrit ainsi un balisage essentiel du spinozisme grâce au génie philosophique de Robert Misrahi, bien ancré dans notre temps.

Ni R. Misrahi (Les 100 mots sur l'Éthique), ni C. Ramond (Dictionnaire Spinoza) ne consacrent une entrée à l'intuition. Ils l'hébergent  logiquement sous l'entrée « Connaissance ».

M. Juffé (Café Spinoza), en lecteur également attentif de Spinoza, extrait de l'Éthique même une « longue déclaration [de Spinoza lui-même] qui résume l'utilité de l'entendement » et où il a cette note de bas de page essentielle: J'écris « Nature » là où Spinoza écrit « Dieu ». Elle m'a été bien utile pour approfondir certains textes fondateurs de l'hindouisme qui abusent de Dieu à toutes les lignes...

« De la connaissance intuitive de la Nature naît la satisfaction de soi elle-même qui constitue la plus haute félicité de l'homme, ou béatitude, car « ce qui est le plus utile, dans l'existence, est de perfectionner l'entendement, c'est-à-dire la Raison, autant qu'on le peut. »

La nature aime l'humain qui aime la nature. Voir l'essai sur la béatitude.


 §6/ Une intuition

Toucher le fond, plier les genoux
et pousser pousser la soprano
à monter très très piano
comme si le temps s’était dissous
caresser les bulles naissantes
ouvrir les mains au don de soi
[n’y chercher aucune paroi]
comme si le temps était un convoi
comme si la durée devenait apaisante
pressentir le bleu de l’océan
tout là haut au-delà des éclosions
tel un géant nocturne bienséant
au temps de riches pulsions
comme si les univers s’entremêlaient
la détente prend le corps à partie
dans une harmonie profonde
là tout au mitan de l’onde
comme si la vie s’était enhardie
et redescendre sans craindre le gouffre
permanence sans aurore
l’inutile son n’y pérore
comme si sinuer sans barouf
comme si.
Et prendre appui sur une certitude:
en donnant, recevoir;
se donner, s’émouvoir.
comme si.


§7/ Albert Camus et l'Inde: une convergence naturelle
Suivre l'hyperlien du titre livre un abécédaire camusien de cette convergence dont j'extrais ceci:

INTUITION
« La philosophie indienne enseigne que c’est par l’intuition – et le désir, un désir profond, pur – qu’on accède à la vérité supérieure ou réalité. … C’est pourquoi, pour connaître, il faut plus que la raison. » CS 52
Camus: « Comprendre, c’est avant tout unifier […]. Le désir profond de l’esprit, même dans ses démarches les plus évoluées, rejoint le sentiment inconscient de l’homme devant son univers: il est exigence de familiarité, appétit de clarté, […]. Cette nostalgie d’unité, cet appétit d’absolu[,] illustre le mouvement essentiel du drame humain. » CS 53


§8/ Cédric Villani Ce mathématicien français remarquable, notamment par ses bijoux de revers de veste, a publié en 2015 chez l'éditeur L'arbre de Diane un petit opus intitulé: Les mathématiques sont la poésie des sciences. Il consacre un chapitre à l'intuition en mathématiques en racontant des souvenirs personnels de recherches mathématiques où l'intuition joue un rôle important. Il ne la définit pas:
« Un jour, en traversant le boulevard, la solution de la difficulté qui m'avait arrêté m'apparut tout à coup. Je ne cherchai pas à l'approfondir immédiatement (il effectuait son service militaire !), et ce fut seulement après mon service que je repris la question. J'avais tous les éléments, je n'avais plus qu'à les rassembler et à les ordonner. Je rédigeai donc mon mémoire définitif d'un trait et sans aucune peine. » 44

Cet extrait montre une forme de continuité entre A. Einstein (§1/) et C. Villani. Il est devenu député du mouvement En Marche lors des dernières élections législatives françaises. Il préside désormais l'OPECST. (Mais qu'allait-il faire dans cette galère ! Nicolas vient enfin de comprendre, lui ! - 28 8 18 -)


 §9/ Conclusion suspensive...

Cet essai se transforme épisodiquement depuis deux ans et demi (première mise en ligne mi-décembre 2015). Une évidence lente à se construire pourrait bien faire en sorte qu'une bibliothèque philosophique personnelle se construise ainsi, depuis longtemps, en vue d'alimenter ce fil intuitif. Nulle preuve définitive. Une simple hypothèse. À côté de la joie.

Cet essai incline à présent le versant de cette recherche philosophique... intuitive en direction du spinozisme. La mésologie - un enthousiasme précédent - semble se rattacher au spinozisme, mais aucun Heideggero-mésologue, à ma connaissance, ne s'est penché sur ce lien... & il ne m'appartient pas de le valider puisque je ne suis personne philosophiquement et parle de nulle part (out of nowhere); j'en ai pourtant... l'intime intuition !

Mis en ligne dans une première version mi-décembre 2015, cet essai n'avait plus évolué depuis décembre 2016 puis en août 2017 et maintenant, un an plus tard.

En 2017, la mise à jour par addition de la science intuitive selon Spinoza, telle qu'il en est rendu compte dans l'oeuvre de R. Misrahi, paraît bien être un apport susceptible de faire grossir encore ce flux intuitif textuel... Chaque mise à jour de cet essai a lieu de façon très naturelle, comme une évidence arrivée à maturité.

L'ajout de 2018 porte principalement sur les § 2/ & 3/ et le réagencement argumentaire qui a pour effet d’écarter après la conclusion deux éléments qui pouvaient brouiller une vision claire de ce qu’est l’intuition.


Pour mémoire
Isabelle Stengers sur A. N. Whitehead

En faisant appel à l'intuition construite comme 'vol de l'expérience', Isabelle Stengers caractérise pour Alfred North Whitehead cette intuition comme « un vol qui, lui aussi, exemplifie la créativité sur un mode conditionné par un 'environnement social', celui que constituent le schème et les exigences de cohérences auxquelles elle répond.
En l'occurrence, l'appel à l'intuition va être produit sur un mode qui contrecarre toute confusion entre la créativité comme ultime relatif au problème articulé par le schème et une quelconque figure romantique de la créativité jaillissante, spontanée, 'sans raison'. Il ne suffit pas ... d'affirmer que la créativité est toujours conditionnée: l'image d'un tuyau canalisant le grand flux créatif, aménageant sur un mode passif, son activité jaillissante, resterait possible. Il faut affirmer l'impossibilité de distinguer entre conditionnement passif et production active. Et c'est cette affirmation qui va faire résonner le 'principe ontologique', reprenant le cri rationaliste par excellence 'rien n'est sans raison !'. »

« Selon le principe ontologique, il n'y a rien qui s'insinue dans le monde venant de nulle part. » (A. N. Whitehead en italiques, cité par Isabelle Stengers in Penser avec Whitehead, Seuil, 2002, 295)

Sa « version ... s'oppose à l'appel à une 'spontanéité' venant de nulle part. » (id)


Par ailleurs, en fouillant sur ce site parmi les écrits antérieurs, je trouve d'autres traces d'intuitions chez A. Berque quand il rend compte à propos du tétralemme (voir terminologie) de la transition entre le 3e lemme et le 4e lemme par la LEMMIQUE DU C'EST-À-DIRE « dans une immédiateté à la fois temporelle & spatiale qui relève de l'intuition, non de la dialectique ». L'intuition ne fait malheureusement pas partie des concepts qu'il envisage de manière plus approfondie. Elle ne fait pas non plus l'objet d'une entrée dans son Glossaire de mésologie (2018). Pourtant, elle semble essentielle dans ce passage, ce glissement furtif, pour parvenir au quatrième & dernier élément d'une logique qui évite tout raisonnement binaire simplificateur. C'est un apport majeur de la mésologie.

Le mésologue en chef, A. Berque, a atteint une telle maîtrise créatrice de concepts trop néologiques, dès lors difficilement cernables pour qui ne s'y plonge pas avec un acharnement énergique.

Sa maîtrise est adossée à une culture nourrie à tant d’abreuvoirs différents qu’il semble s'autoriser à se saisir de n’importe quel sujet pour le soumettre au test de l'adéquation à l'univers qui s'est mis en place et en valider ainsi une pertinence de plus, en suivant de façon rigoureuse une suite d'enchaînements méso-logiques très construits. Sans forcément convaincre tant sa logique formalisée à l'extrême systématise presque trop bien le raisonnement en vue de l'universaliser de manière probablement trop absolue, un peu stérile aussi. Ce mésologisme n'offre aucune échappatoire: soit on y adhère, soit on le tient à distance. C'est un peu comme si l'auteur voulait continûment se rassurer sur la pertinence & l'universalité de son approche. Sans être devenu mainstream encore.

La mésologie fut le premier système philosophique dans lequel j'ai plongé aussi profondément, aussi personnellement. Je lui dois la lecture fondamentale de l'ouvrage de J. von Uexküll. Son Milieu animal & milieu humain donne une consistance théorique à la nature, si présente dans l'oeuvre de Spinoza.
La mésologie avait acquis en ce corps-conscience-ci une réelle vibrance jusqu'à un degré de saturation tout aussi prégnant ! À trop fréquenter les voies stériles labourées par Heidegger, cela devait forcément arriver...


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