LOuvrir l'Éthique au hasard, un soir d'été, et frayer à la fin de la quatrième partie avec un appendice qui a été voulu et écrit par Spinoza pour résumer les vérités qu'il a exposées dans l'ensemble de cette partie intitulée De la servitude humaine. D'après sa biographie (à peine) romancée par M. Rovere, il semble bien que cet appendice décrive aussi la vie que mène B. Spinoza au moment où il l'écrit.

Le titre complet que je propose à cet essai est:
Traité en 32 paragraphes sur les justes principes pour mener une vie droite, permettant de les embrasser d'un seul regard.

Au lieu de paragraphes, qui est une des balises textuelles essentielles de la linguistique pragmatique, R. Misrahi(RM) traduit par Chapitres essentiels tandis que B. Pautrat (BP) lui préfère Têtes de chapitre.

La technique de reformulation se base sur les acquis de la linguistique pragmatique tels que F. Richaudeau les a développés dans son oeuvre. Ils se baladent sur Nulle Part (NP) de part en part... Elle consiste entre autres à désincarcérer les apartés, les incises, les propositions subordonnées en vue de simplifier l'accès au sens. Au risque (conscient) de trop simplifier... Nobody's perfect. C'est même probablement un des principaux enseignements que je retire de l'Éthique et la raison pour laquelle j'inclus la traduction proposée par RM !

La transcription de la traduction réalisée par R. Misrahi émane par copier-coller du site de J. Gautier. Celle de BP n'y figure pas. J'isolerai dès lors les éléments qui tranchent à mes yeux avec les propositions de RM dans la colonne du milieu.

  Reformulation en
français contemporain
Le titre complet que je propose est:
Traité en 32 paragraphes
sur les justes principes
pour mener une vie droite, permettant de les embrasser d'un seul regard.

4 De la servitude humaine

Appendice

Les vérités que j’ai exposées dans cette Partie sur les justes principes de la conduite n’ont pas été agencées de telle sorte qu’on puisse les saisir d’un seul regard mais ont été démontrées selon l’ordre dispersé
qui me rendait plus facile la déduction de l’une à partir de l’autre. Je me suis donc proposé de les rassembler ici et de les présenter sous forme de chapitres essentiels. (Misrahi - fr)

droite règle de vie Spinoza souhaite nous présenter dans cet appendice le contenu de la quatrième partie sur la servitude humaine en le réunifiant en un texte continu subdivisé en 32 chapitres (RM), têtes de chapitre (BP), paragraphes (NP).
 4, app, cap 1 - Tous nos efforts, c’est-à-dire
nos Désirs, suivent nécessairement de notre nature,
de sorte qu’on peut les comprendre ou bien par elle seule comme par leur cause prochaine, ou bien en tant que nous sommes une partie de la Nature, qui ne peut être conçue adéquatement par soi, abstraction faite des autres individus. (Misrahi - fr)
  §1
Tous nos désirs découlent de notre nature.
Ils peuvent se comprendre EN TANT QUE nous sommes une partie de la nature. Nous ne pouvons pas concevoir adéquatement la nature en faisant abstraction
des autres individus. Nous formons
collectivement un tout avec elle. Nous en faisons partie.
 4, app, cap 2 - Les Désirs qui suivent de notre nature, de telle sorte qu’ils peuvent être compris par elle seule, sont ceux qui se rapportent à l’Esprit en tant qu’on le conçoit comme étant constitué par des idées adéquates. Les autres Désirs ne se rapportent à l’Esprit que pour autant qu’il conçoit les choses d’une façon inadéquate, et leur force ainsi que leur accroissement doivent être définis non par la puissance
de l’homme, mais par celle des choses extérieures. C’est pourquoi l’on dit des premiers qu’ils sont des actions rationnelles, et des seconds qu’ils sont des passions. En effet, ceux-là manifestent toujours notre puissance, et ceux-ci, au contraire, notre impuissance et notre connaissance mutilée. (Misrahi - fr)
 a" B. Pautrat = actions
indiquant notre
puissance;
a
a
a
a
b passions indiquant
notre imagination.
§2
Il existe deux types de désirs:
a'. les désirs adéquats sont compris par notre nature seule;
a" le caractère adéquat du premier type de désirs se rapporte à l'esprit conçu comme étant constitué par des idées adéquates;
b le caractère inadéquat du second type de désirs se rapporte à l'esprit comme étant constitué par des paroles inadéquates.

 4, app, cap 3 - Nos actions, c’est-à-dire les Désirs qui sont définis par la puissance de l’homme ou Raison, sont toujours bonnes, tandis que les autres Désirs peuvent aussi bien être bons que mauvais. (Misrahi - fr)

 autrement dit par la raison §3
La raison constitue la puissance de l'Humain.
Les désirs définis par la raison (§2a) débouchent sur/
induisent nos actions qui sont toujours bonnes; les autres désirs, non définis par la raison, peuvent résulter en actions bonnes ou mauvaises, c'est selon.
Le paragraphe suivant découle de celui-ci.
 4, app, cap 4 - Ce qui est donc le plus utile, dans l’existence, est de perfectionner l’entendement, c’est-à-dire la Raison, autant qu’on le peut, et c’est en cela seul que consiste la plus haute félicité de l’homme, ou béatitude. Car la béatitude n’est rien d’autre que la satisfaction de soi elle-même, satisfaction qui naît de la connaissance intuitive de Dieu : or perfectionner l’entendement n’est également rien d’autre que comprendre Dieu, ainsi que les actions et les attributs qui résultent de la nécessité de sa nature. C’est pourquoi la fin ultime d’un homme qui est conduit par la Raison, c’est-à-dire le Désir suprême grâce auquel il s’applique à diriger tous les autres Désirs est celui qui le porte à se concevoir adéquatement lui-même et à concevoir adéquatement tous les objets qui peuvent tomber sous son intelligence. (Misrahi - fr)  au premier chef §4
L'entendement, c'est-à-dire la raison, est ce qui est le plus utile à perfectionner dans l'existence.La plus hauté félicité de l'Humain, son plus grand bonheur, sa béatitude, n'est rien d'autre que la satisfaction de soi. Elle est à perfectionner autant que chacun·e le peut.
Cette satisfaction de soi naît de la connaissance intuitive de la nature.
Perfectionner l'entendement équivaut à comprendre:
- la nature;
- les actions &
- les attributs qui résultent de la nécessité de sa nature.
C'est pourquoi le but ultime d'un Humain conduit par la raison le porte à se concevoir adéquatement lui-même & à concevoir adéquatement tous les objets sur lesquels il peut exercer son intelligence.
 4, app, cap 5 - Aussi n’y a-t-il point de vie vraie sans intelligence et les choses sont bonnes dans la seule mesure où elles aident l’homme à jouir de la vie de l’Esprit, vie qui se définit par l’intelligence. Au contraire, celles qui sont un obstacle au perfectionnement de la Raison et qui empêchent l’homme de jouir d’une vie rationnelle, nous disons qu’elles sont mauvaises et le disons d’elles seules. (Misrahi - fr)  vie rationnelle (Spinoza a écrit la première: vita rationalis; la seconde rationali vita). BP traite les deux de la même manière, RM pas. §5
Sans intelligence, pas de vie vraie.
* Les choses sont bonnes dans la seule mesure où/
* Les choses sont bonnes
si et seulement si elles aident l'humain à jouir de la vie de l'esprit.
La vie de l'esprit se définit par l'intelligence, c'est-à-dire si l'humain vit en bonne intelligence avec lui-même.
AU CONTRAIRE, sont  néfastes les choses qui font obstacle au perfectionnement de la raison & qui empêchent l'Humain de jouir d'une vie rationnelle.
4, app, cap 6 - Mais puisque tout ce dont l’homme est la cause efficiente est nécessairement bon, aucun mal ne peut advenir à l’homme si ce n’est par des causes extérieures, c’est-à-dire en tant qu’il est une partie de la Nature aux lois de laquelle la nature humaine est contrainte de se plier, et à laquelle elle doit s’adapter
selon des modalités en nombre presque infini. (Misrahi - fr)

 m
m
m
m
m
m
m
manières (modis)

§6
Tout ce dont l'humain est la cause efficiente est nécessairement bon pour lui. Donc, s'il lui arrive une chose mauvaise, elle ne peut provenir que d'une cause extérieure à lui car la nature humaine est contraine de se plier aux lois de la nature dont elle est une partie.
Elle doit s'adapter à la nature en suivant des modalités en nombre presque infini.
 4, app, cap 7 - Et il n’est pas possible que l’homme ne soit pas une partie de la Nature et qu’il n’en suive pas l’ordre commun. Pourtant, s’il vit parmi des individus dont la nature s’accorde avec la sienne, sa puissance d’agir sera par là même secondée et favorisée. S’il vit au contraire parmi des individus qui ne s’accordent que fort peu avec sa nature, il ne peut guère s’adapter à eux sans opérer lui-même une grande mutation.(Misrahi - fr)

m
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m
m
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m
sans changer grandement lui-même

§7
L'humain est nécessairement une partie de la nature. Il en suit l'ordre commun. Il n'est pas possible qu'il en soit autrement.
L'humain ne peut que suivre l'ordre commun de la nature dont il fait partie.
-- La puissance d'agir de l'humain est secondée & favorisée lorsqu'il vit parmi des individus dont la nature s'accorde avec la sienne.
-- Au contraire, sa puissance d'agir est contrariée & défavorisée lorsqu'il vit parmi des individus qui ne s'accordent que fort peu avec sa nature.
Il ne peut en effet guère s'adapter à eux sans muer grandement en lui-même.
 4, app, cap 8 - Tout ce que, dans la Nature, nous jugeons être un mal, c’est-à-dire un obstacle capable de nous empêcher d’exister et de jouir d’une vie rationnelle, il nous est permis de l’écarter par la méthode qui nous paraît la plus sûre. Tout ce que, au contraire, nous jugeons être un bien, c’est-à-dire utile à la conservation de notre être, et à la jouissance d’une vie rationnelle, il nous est permis de nous en saisir, et de l’utiliser de quelque manière que ce soit.
D’une façon absolument générale et selon le droit suprême de la Nature, il est permis à chacun de faire ce qu’il juge lui être utile. (Misrahi - fr)
 m
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mm
m
m
m
mm
mm

m
le droit souverain de la nature
§8
Nous pouvons faire ce que nous jugeons utile: nous sommes autorisés selon le droit suprême de la nature à écarter tout ce que nous jugeons être un mal, c'est-à-dire un obstacle capable de nous empêcher d'exister & de nous empêcher de jouir d'une vie rationnelle.
Au contraire, nous sommes autorisés selon le droit suprême de la nature à nous saisir & à utiliser de quelque manière que ce soit tout ce que nous jugeons être un bien, c'est-à-dire ce qui est utile
- à la conservation de notre être,
- à la jouissance d'une vie rationnelle.
4, app, cap 9 - Rien ne peut mieux s’accorder
avec la nature d’une chose que les autres individus
de même espèce. Il n’y a donc pour l’homme
(par le Chapitre 7) rien de plus utile à la conservation de son être et à la jouissance
de la vie rationnelle qu’un homme conduit par la Raison.
Puisqu’en outre nous ne connaissons rien
parmi les choses singulières qui soit plus
précieux qu’un homme conduit par la Raison,
il n’y a pas de meilleure façon pour chacun
de montrer la valeur de son travail et
de ses dons que d’éduquer les hommes
de manière à ce qu’ils vivent enfin sous le
propre empire de la Raison. (Misrahi - fr)
  m
m
mm
m
m
m
mm
mm

m
de montrer sa valeur en fait d'art & de tempérament
§9
En vivant parmi d'autres humains dont la nature correspond à la sienne (par le §7), La valeur du travail de l'humain ainsi que les dons qu'il exerce consistent à éduquer les humains de manière à ce qu'ils vivent enfin sous l'emprise de la raison.
Rien n'est en effet plus utile à l'humain pour conserver son être & jouir de la vie rationnelle qu'un humain conduit par la raison.
 4, app, cap 10 - Dans la mesure où les
hommes éprouvent les uns pour les autres
de l’Envie ou quelque affect de Haine, ils sont
réciproquement contraires, et par suite
d’autant plus dangereux qu’ils ont plus de
pouvoir que les autres individus de la Nature.
(Misrahi - fr)
  §10
Les hommes s'opposent les uns aux autres lorsqu'ils éprouvent de l'envie les uns pour les autres. L'envie est un affect de haine, les envieux, animés par la haine, sont d'autant plus dangereux qu'ils ont plus de pouvoir que les autres individus de la nature.
[NP: Cette envie, qui est haine de l'autre, est peut-être une des causes des dérèglements climatiques.]
4, app, cap 11 -Les âmes ne sont pourtant pas vaincues par les armes, mais par l’Amour et la Générosité. (Misrahi - fr)    §11
Les âmes ne sont pourtant pas vaincues par les armes, mais par l'amour & la générosité.
Les armes sont un instrument de haine. Il convient donc de délaisser les armes au profit de l'amour & de la générosité. Très bouddhiste comme constat !
4, app, cap 12 - Le plus utile, pour les hommes, est de s’attacher par des relations sociales, de se soumettre à des liens qui leur permettent de faire de tous un seul ensemble, et, d’une façon générale, de faire tout ce qui rend les amitiés plus solides. (Misrahi - fr)  Nouer des relations entre les hommes  §12
Unir les humains en un seul ensemble en renforçant les liens, les relations sociales entre eux rend les amitiés plus solides. C'est ce qu'il y a de plus utile pour les hommes.
4, app, cap 13 - Mais il y faut de l’art et de la vigilance. Les hommes sont en effet divers (puisqu’ils sont rares ceux qui vivent selon les prescriptions de la Raison) et pourtant ils sont envieux pour la plupart plus enclins à la Vengeance qu’à la Miséricorde. Pour les accepter tous avec leur constitution propre et s’abstenir d’imiter leurs affects,
une singulière puissance d’âme est nécessaire. Mais ceux qui, au contraire, s’entendent à critiquer les hommes et se plaisent plus à réprouver les vices qu’à enseigner la vertu, à briser les âmes
qu’à les fortifier, sont un fardeau et pour eux-mêmes et pour les autres. C’est pourquoi ils furent nombreux ceux qui, par un excès d’impatience, et par un faux zèle religieux, ont préféré vivre parmi les bêtes plutôt que parmi les hommes. De même, les enfants ou les adolescents qui ne peuvent supporter d’une âme égale les reproches de leurs parents se réfugient dans la vie militaire, choisissent les
inconvénients de la guerre et le despotisme d’un tyran plutôt que les avantages du foyer et les sermons paternels, et subissent avec docilité quelque fardeau que ce soit, pourvu qu’ils se vengent de leurs
parents. (Misrahi - fr)
   §13
Rares sont les hommes qui vivent selon les prescriptions de la raison. Par conséquent il faut « de l'art & de la vigilance ». La plupart des hommes sont envieux, enclins à la vengeance plus qu'à la miséricorde.
Une singulière puissance d'âme est nécessaire pour les accepter tous, ces envieux et ces revanchards, sans faire comme eux. Les humains qui les critiquent & dénoncent leurs vices brisent des âmes; ils sont aussi un fardeau pour eux-mêmes & pour les autres.
Il vaut mieux enseigner la vertu & fortifier les âmes.
Nombreux sont ceux qui, par
- un excès d'impatience &
- un faux zèle religieux, ont préféré vivre parmi les bêtes plutôt que parmi les humains.
D'autres comportement de fuite sont par exemple:
- les enfants & les adolescents ne supportant pas les reproches de leurs parents d'une âme égale se réfugient dans la vie militaire, choisissent
* les inconvénients de la gueere,
* le despotisme d'un tyran
plutôt que
°° les avantages d'un foyer &
°° les sermons maternels.
Ils préfèrent subir avec docilité quelque fardeau que ce soit pourvu qu'ils se vengent de leurs parents.
4, app, cap 14 - Ainsi donc, bien que les hommes, pour la plupart, dirigent toutes leurs affaires selon leurs désirs sensuels, il suit, cependant, de leur société commune plus d’avantages que d’inconvénients. C’est pourquoi il est préférable de supporter leurs offenses d’une âme égale, et d’appliquer son effort à ce qui sert l’association dans la concorde et l’amitié. (Misrahi - fr)    §14
Il importe pourtant de ne pas se retirer du monde, même si la plupart des humains n'ont pas une conduite rationnelle puisqu'ils mènent leur barque selon les désirs sensuels (que J F Billeter traduit par passions).
Il vaut mieux:
1. rester parmi les humains,
2. supporter leurs offenses d'une âme égale,
3. s'employer à ce qui sert les relations sociales en promouvant la concorde & l'amitié.
4, app, cap 15 - Ce qui engendre la concorde se rapporte à la justice, à l’équité et à l’honnêteté. Les hommes supportent mal en effet, outre
l’injuste et l’inique, ce qui est tenu pour vil, c’est-à-dire qu’ils n’admettent pas qu’on méprise les coutumes reçues dans la Cité.
Pour se concilier l’Amour, au contraire, ce sont les choses relatives à la Religion et à la Moralité qui sont le plus nécessaires. Voir à ce propos les Scolies 1 et 2 de la Proposition 37, le Scolie de la Proposition 46 et le Scolie de la Proposition 73 de la Partie IV. (Misrahi - fr)
   §15
La concorde est en rapport avec
* la justice vs l'injuste
* l'équité vs l'inique
* l'honnêteté.
Les humains supportent en effet mal l'injuste, l'inique et le malhonnête.
Ici, B. Spinoza renvoie à quatre passages de l'Éthique. Le traité du bonheur n'est donc pas parfaitement autonome puisque les renvois le relient au reste de l'oeuvre.
prop. 37: Tout humain recherchant la vertu poursuit le bien pour lui-même; et il le désirera pour les autres, & cela d'autant plus qu'il aura une plus grande connaissance de la nature enveloppée par l'essence de l'esprit. Le sc 1 est un long raisonnement pour dire le juste & l'injuste.
prop. 46 sc. L'humain qui vit sous la conduite de la raison s'efforce, autant qu'il le peut, de compenser par la générosité (qui est de l'amour manifesté) les affects de
- haine,
- colère
- mépris, etc.
qu'un autre humain a envers lui.
La prop. 73 L'humain qui est conduit par la raison est plus libre dans la cité où il vit selon le décret commun que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même.
 4, app, cap 16 - La Concorde, habituellement, est aussi engendrée par la Crainte, mais elle est alors sans confiance. En outre, la Crainte est issue de l’impuissance de l’âme et n’appartient donc pas à l’usage de la Raison. Il en est de même de la Pitié, bien qu’elle ait l’apparence de la Moralité. (Misrahi - fr)  
 4, app, cap 17 - Les hommes sont également conquis par les largesses, notamment ceux qui n’ont pas les moyens de se procurer les biens nécessaires à leur subsistance. Néanmoins, porter secours à chaque indigent dépasse de loin l’intérêt et les forces de l’homme privé. Ses richesses y seraient de loin insuffisantes. Et les forces de la personnalité individuelle sont trop limitées pour que chacun puisse se lier d’amitié avec tous. C’est pourquoi le soin des pauvres incombe à l’ensemble de la société et concerne l’utilité commune. (Misrahi - fr)  
 4, app, cap 18 - Dans l’acceptation des bienfaits et dans les dons de reconnaissance, on doit se soucier de problèmes tout différents ; voir le Scolie de la Proposition 70 et le Scolie de la Proposition 71 de la Partie IV. (Misrahi - fr)  
 4, app, cap 19 - L’amour sensuel, c’est-à-dire le désir sexuel qui naît de la beauté, et généralement parlant tout amour ayant une autre cause que la liberté de l’âme, se change aisément en Haine ; à moins que, ce qui est pire, il ne soit une espèce de délire, nourrissant alors beaucoup plus la discorde que la concorde. Voir le Corollaire de la Proposition 31 de la Partie III. (Misrahi - fr)  
 4, app, cap 20 - En ce qui concerne le mariage, il est certain qu’il s’accorde avec la Raison si le Désir de l’union charnelle est engendré non pas seulement par la beauté, mais encore par l’amour de procréer puis d’éduquer les enfants selon la sagesse ; et si en outre l’Amour de chacun, c’est-à-dire et de l’homme et de la femme, a pour cause principale non pas la seule beauté, mais la liberté de l’âme. (Misrahi - fr)  
   
   
   
   
   
   
   
   
     
   
   

Afin de fluidifier la lecture du traité ainsi reformulé dans la colonne de droite, le voici en texte continu:

Reformulation en français contemporain

Traité en 32 paragraphes sur les justes principes pour mener une vie droite, permettant de les embrasser d'un seul regard.
§1
Tous nos désirs découlent de notre nature.
Ils peuvent se comprendre EN TANT QUE nous sommes une partie de la nature. Nous ne pouvons pas concevoir adéquatement la nature en faisant abstraction des autres individus. Nous formons collectivement un tout avec elle. Nous en faisons partie.
§2
Il existe deux types de désirs:
a'. les désirs adéquats sont compris par notre nature seule;
a" le caractère adéquat du premier type de désirs se rapporte à l'esprit conçu comme étant constitué par des idées adéquates;
b le caractère inadéquat du second type de désirs se rapporte à l'esprit comme étant constitué par des paroles inadéquates.
§3
La raison constitue la puissance de l'Humain. Les désirs définis par la raison (§2a) débouchent sur/induisent nos actions qui sont toujours bonnes; les autres désirs, non définis par la raison, peuvent résulter en actions bonnes ou mauvaises, c'est selon.
Le paragraphe suivant découle de celui-ci.

§4
L'entendement, c'est-à-dire la raison, est ce qui est le plus utile à perfectionner dans l'existence.La plus hauté félicité de l'Humain, son plus grand bonheur, sa béatitude, n'est rien d'autre que la satisfaction de soi. Elle est à perfectionner autant que chacun·e le peut.
Cette satisfaction de soi naît de la connaissance intuitive de la nature.
Perfectionner l'entendement équivaut à comprendre:
- la nature;
- les actions &
- les attributs qui résultent de la nécessité de sa nature.
C'est pourquoi le but ultime d'un Humain conduit par la raison le porte à se concevoir adéquatement lui-même & à concevoir adéquatement tous les objets sur lesquels il peut exercer son intelligence.
§5
Sans intelligence, pas de vie vraie.
* Les choses sont bonnes dans la seule mesure où/
* Les choses sont bonnes
si et seulement si elles aident l'humain à jouir de la vie de l'esprit.
La vie de l'esprit se définit par l'intelligence, c'est-à-dire si l'humain vit en bonne intelligence avec lui-même.
AU CONTRAIRE, sont  néfastes les choses qui font obstacle au perfectionnement de la raison & qui empêchent l'Humain de jouir d'une vie rationnelle.

§6
Tout ce dont l'humain est la cause efficiente est nécessairement bon pour lui. Donc, s'il lui arrive une chose mauvaise, elle ne peut provenir que d'une cause extérieure à lui car la nature humaine est contraine de se plier aux lois de la nature dont elle est une partie.
Elle doit s'adapter à la nature en suivant des modalités en nombre presque infini.

§7
L'humain est nécessairement une partie de la nature. Il en suit l'ordre commun. Il n'est pas possible qu'il en soit autrement.
L'humain ne peut que suivre l'ordre commun de la nature dont il fait partie.
-- La puissance d'agir de l'humain est secondée & favorisée lorsqu'il vit parmi des individus dont la nature s'accorde avec la sienne.
-- Au contraire, sa puissance d'agir est contrariée & défavorisée lorsqu'il vit parmi des individus qui ne s'accordent que fort peu avec sa nature.
Il ne peut en effet guère s'adapter à eux sans muer grandement en lui-même.
§8
Nous pouvons faire ce que nous jugeons utile: nous sommes autorisés selon le droit suprême de la nature à écarter tout ce que nous jugeons être un mal, c'est-à-dire un obstacle capable de nous empêcher d'exister & de nous empêcher de jouir d'une vie rationnelle.
Au contraire, nous sommes autorisés selon le droit suprême de la nature à nous saisir & à utiliser de quelque manière que ce soit tout ce que nous jugeons être un bien, c'est-à-dire ce qui est utile
- à la conservation de notre être,
- à la jouissance d'une vie rationnelle.

§9
En vivant parmi d'autres humains dont la nature correspond à la sienne (par le §7), La valeur du travail de l'humain ainsi que les dons qu'il exerce consistent à éduquer les humains de manière à ce qu'ils vivent enfin sous l'emprise de la raison.
Rien n'est en effet plus utile à l'humain pour conserver son être & jouir de la vie rationnelle qu'un humain conduit par la raison.

§10
Les hommes s'opposent les uns aux autres lorsqu'ils éprouvent de l'envie les uns pour les autres. L'envie est un affect de haine, les envieux, animés par la haine, sont d'autant plus dangereux qu'ils ont plus de pouvoir que les autres individus de la nature.
[NP: Cette envie, qui est haine de l'autre, est peut-être une des causes des dérèglements climatiques.]

 §11
Les âmes ne sont pourtant pas vaincues par les armes, mais par l'amour & la générosité.
Les armes sont un instrument de haine. Il convient donc de délaisser les armes au profit de l'amour & de la générosité. Très bouddhiste comme constat !

 §12
Unir les humains en un seul ensemble en renforçant les liens, les relations sociales entre eux rend les amitiés plus solides. C'est ce qu'il y a de plus utile pour les hommes.

 §13
Rares sont les hommes qui vivent selon les prescriptions de la raison. Par conséquent il faut « de l'art & de la vigilance ». La plupart des hommes sont envieux, enclins à la vengeance plus qu'à la miséricorde.
Une singulière puissance d'âme est nécessaire pour les accepter tous, ces envieux et ces revanchards, sans faire comme eux. Les humains qui les critiquent & dénoncent leurs vices brisent des âmes; ils sont aussi un fardeau pour eux-mêmes & pour les autres.
Il vaut mieux enseigner la vertu & fortifier les âmes.
Nombreux sont ceux qui, par
- un excès d'impatience &
- un faux zèle religieux, ont préféré vivre parmi les bêtes plutôt que parmi les humains.
D'autres comportement de fuite sont par exemple:
- les enfants & les adolescents ne supportant pas les reproches de leurs parents d'une âme égale se réfugient dans la vie militaire, choisissent

* les inconvénients de la gueere,
* le despotisme d'un tyran
plutôt que
°° les avantages d'un foyer &
°° les sermons maternels.

Ils préfèrent subir avec docilité quelque fardeau que ce soit pourvu qu'ils se vengent de leurs parents.
§14
Il importe pourtant de ne pas se retirer du monde, même si la plupart des humains n'ont pas une conduite rationnelle puisqu'ils mènent leur barque selon les désirs sensuels (que J F Billeter traduit par passions).
Il vaut mieux:
1. rester parmi les humains,
2. supporter leurs offenses d'une âme égale,
3. s'employer à ce qui sert les relations sociales en promouvant la concorde & l'amitié.

§15
La concorde est en rapport avec
* la justice vs l'injuste
* l'équité vs l'inique
* l'honnêteté.
Les humains supportent en effet mal l'injuste, l'inique et le malhonnête.
Ici, B. Spinoza renvoie à quatre passages de l'Éthique. Le traité du bonheur n'est donc pas parfaitement autonome puisque les renvois le relient au reste de l'oeuvre.
prop. 37: Tout humain recherchant la vertu poursuit le bien pour lui-même; et il le désirera pour les autres, & cela d'autant plus qu'il aura une plus grande connaissance de la nature enveloppée par l'essence de l'esprit. Le sc 1 est un long raisonnement pour dire le juste & l'injuste.
prop. 46 sc. L'humain qui vit sous la conduite de la raison s'efforce, autant qu'il le peut, de compenser par la générosité (qui est de l'amour manifesté) les affects de
- haine,
- colère
- mépris, etc.
qu'un autre humain a envers lui.
La prop. 73 L'humain qui est conduit par la raison est plus libre dans la cité où il vit selon le décret commun que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même.




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