Cette note approfondit la précédente sur le Corps-conscience.

Plan

Autonomie confiante
La conscience en tant que spectatrice/observatrice
TAO
Le vide


L’autonomie joyeuse de soi s’instaure petit à petit

  • dans la confiance paisible qui s’installe en soi: l’énergie s’écoule en un flux libre de circuler, d’aller et de venir en soi, y compris dans les zones d’ombre & de nuit qui constituent la part majeure de nous-mêmes. Ces zones semblent la plupart du temps inaccessibles à la conscience;
  • dans la meilleure prise en compte des forces en nous qui agissent sans que la conscience soit de la partie (et encore moins aux commandes!).
  • Ce constat s’adosse à la lecture/traduction que fait JF B de Tchouang-tseu: quand la confiance mise en soi est présente, il revient au soi de laisser agir ces forces, en ne voulant pas agir soi-même, comme si la conscience nous donnait le sentiment de maitriser le cours des choses, ce qu’elle ne peut pas faire; tout au plus peut-elle en faire le constat.

La conscience agit alors comme une observatrice de l’action exercée par ces forces: en n’intervenant pas, elle rassure le soi (si le soi est de nature inquiète!) sur le bon déroulement des choses.

La conscience/observatrice exerce une forme atténuée de magistère d’influence bienveillant pour le déroulement des choses tant qu’il advient de façon conforme aux limites qu’elle avait préalablement mises.


La conscience en tant que spectatrice/observatrice

Quand notre conscience est dégagée de tout souci pratique, elle peut se faire spectatrice de ce qui se passe en nous. JF B, Leçons, 68

C’est un des régimes de l’activité tels que JF B les définit dans ses Leçons sur Tchouang-tseu au Collège de France. La conscience en tant que spectatrice/observatrice ne dirige rien, observe, assiste au spectacle qui se déroule devant elle, aux activités qu’enfile le corps. Elle pourrait interrompre un acte qui va à l’encontre de son intuition profonde.

JF B emploie l’adjectif spectatrice; je lui préfère observatrice, qui m’est venu spontanément avant de relire le passage de JF B, pour la simple raison que le verbe *spectater n’existe pas en français alors qu’observer, oui.

L’approfondissement à l’oeuvre dans cette réflexion vespérale va dans deux directions:

  • attribuer à la conscience le rôle d’observatrice des actes posés, de l’action en cours;
  • d’autre part, JF B nomme plus précisément la nature des forces à l’oeuvre.

Il établit une distinction entre deux formes d’énergie dans ses Notes sur Tchouang-tseu et la philosophie, VII, 88:
Il existe deux formes d’énergie:

  • l’énergie subtile qui constitue le fond de toutes choses,
  • l’énergie diffuse que nous avons en nous. Cette énergie diffuse est (= se définit comme) UN VIDE ENTIÈREMENT DISPONIBLE c’est-à-dire l’énergie encore indéterminée dont surgira l’acte.

TAO

« L’acte (traduction du terme TAO) s’assemble seulement dans ce vide. » (Confucius) C’est dans ce vide que la voie à suivre trace les pas du corps.

« Une entière disponibilité est la condition de l’acte. » C’est parce que l’énergie est encore indéterminée que l’acte s’assemble, avec la conscience comme observatrice du (bon) fonctionnement des choses (autre traduction de TAO).

« Le ts’i (chi) n’est pas le fondement de l’univers entier, dont nous ne savons rien, mais celui de notre réalité corporelle & de notre subjectivité. » id, 89
« Ce ts’i-là est une activité (tao), il connaît en nous différents régimes »
«  Ce ts’i-là peut (engendrer), dans certains de ces régimes, des idées nouvelles ou des actes inspirés qui sont des évènements

  • pour ceux qui les accomplissent
  • comme pour ceux que ces actes touchent ou qui en sont les témoins. » 89

Le ts’i en tant que fondement de notre réalité corporelle et fondement de notre subjectivité semble pouvoir être mis en regard de la kundalinî telle que la définit le shivaïsme tantrique du Cachemire (Inde, voir l’ouvrage de L. Silburn).


Le vide

C'est JF B lui-même qui nous invite dans ses Notes à relire un passage d'une de ses Leçons parues antérieurement: dans la partie Une apologie de la confusion, il y traduit un dialogue extrait de Tchouang-tseu entre Confucius et son disciple préféré:

- Et qu'est-ce que le jeûne de l'esprit ? demande Yen Houei.

- Unifie ton attention, répond Confucius. N'écoute pas avec ton oreille, mais avec ton esprit. n'écoute pas avec ton esprit, mais avec ton énergie. Car l'oreille ne peut faire plus qu'écouter, l'esprit ne peut faire plus que reconnaître tandis que l'énergie est un vide entièrement disponible. La Voie s'assemble seulement dans ce vide. Ce Vide, c'est le jeûne de l'esprit. Ch. IV, le monde des hommes (4/a/26-28) Leçons, 94.

 En passant de l'oreille à l'énergie diffuse en faisant étape par l'esprit, il s'agit de faire progresser « l'attention portée à l'activité du corps propre ». Dans l'immobilité, « dans le calme, le corps propre se perçoit comme un vide ». « Nous touchons véritablement ici aux données élémentaires de l'expérience, à l'infiniment simple - ou à l'infiniment proche, ou presque immédiat... » 95

« Quand nous réfléchissons, que nous formons une phrase ou que nous cherchons un mot, par exemple, l'esprit s'absente pour laisser faire le corps. ... Il nous faut faire le vide pour que nos forces puissent s'assembler et produire l'acte nécessaire. Nous savons que l'incapacité de faire le vide produit la répétition, la rigidité et, dans les cas extrêmes, la folie. La faculté de faire retour sur le vide permet ... d'épouser les métamorphoses de la réalité, de ne plus subir aucune contrainte et d'agir juste en toute circonstance. » 97

 Ce vide est fécond, nourricier: il est important de rester en contact avec lui, nous dit encore JF B avant de traduire un autre passage de Tchouang-tseu:

« Ne te fais pas le réceptacle du renom, la résidence du calcul; ne te comporte pas en préposé aux affaires, en maître de l'intelligence. Fais plutôt par toi-même l'expérience du non limité, évolue là où ne se fait encore aucun commencement. Tire pleinement parti de ce que tu as reçu du Ciel, sans chercher à te l'approprier; contente-toi du vide. L'homme accompli se sert de son esprit comme d'un miroir - qui ne raccompagne pas ce qui s'en va, qui ne conserve rien, et qui de ce fait embrasse les êtres sans jamais subir de dommage. Ch. VII, Rois et empereurs (7/f/31-33)


Mots-clésconfiance / La conscience/observatrice / énergie subtile &diffuseforces / Tao: La Voie, l'acte, l'activité, le fonctionnement des choses ( déroulement des choses) / vide

 


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