L'oeuvre de ce philosophe longtemps resté discret se déploie en deux directions: il est devenu un des vulgarisateurs de la pensée de Spinoza, aux côtés d'autres évidemment.

Il a par ailleurs développé sa propre approche philosophique. Les essais dans ce recueil concernent cette partie de sa production éditoriale.

Dans les voies de l'accomplissement (ch. IV), R. Misrahi distingue deux niveaux dans la liberté.
Premier niveau, celle qui fait qu'on peut faire n'importe quoi. Elle veut dire initiative possible mais non nécessaire.
Deuxième niveau, une plus grande liberté; en passant au deuxième niveau, se promeut l'action plus indépendante, pertinente, cohérente, parce que mieux pensée, mieux réfléchie.
« Avec cette distinction des deux niveaux, je peux comprendre maintenant que moi, individu libre et désirant [ 1er niveau, je puisse me sentir dépendant et empêché de déployer ma liberté, et que, en même temps, je puisse fort bien imaginer une meilleure vie où je serai en mesure dedéployer dans la joie cette liberté déjà mienne dans l'insatisfaction. »


Dans La nacre & le rocher, 277-279, notre auteur se concentre sur les trois renversements qu’il détaille dans le processus de conversion - j'aurai peut-être à dire un jour (voire à redire !) sur le choix de ce vocable, mais laissons cela:
1. premier renversement
Il s'agit d'inverser les perspectives cognitives sur le monde. « À partir de ce premier renversement, une porte s'ouvre sur l'avenir du sujet: puisque déjà il invente les symboles & les situations, il est capable d'inventer encore, & d'inventer autrement & autre chose. Capable de créer mes valeurs & mes buts, je puis me concentrer sur ma nouvelle orientation, sur mon nouveau désir. » 278
2. Deuxième renversement
« Le premier fut opéré par l'intelligence. Cette nouvelle inversion sera opérée & par l'intelligence & par l'affectivité. Il s'agit de renverser, d'inverser l'orientation du Désir. Au lieu de le vivre comme un mouvement absurde, comme la vaine tentative de combler un manque indépassable, on peut le vivre comme étant la très légitime recherche du contentement & de la joie. Le Désir n'est pas condamné à l'échec, il est la perpétuelle reviviscence du mouvement vers la satisfaction & la plénitude. » 279
3. Troisième renversement, le renversement du regard sur l'autre au lieu de traiter l'autre « comme un objet & un instrument (femme "soumise", esclave "monnayable", ouvrier "corvéable"), il s'agit de le traiter comme le sujet qu'il est. Au lieu de déployer des relations de calcul et de réversibilité (par violence ou par "contrat"), il y a lieu, au contraire, de déployer des relations de réciprocité. L'amour & l'amitié, la coopération & la solidarité pourraient ainsi être totalement renouvelés & ouvrir sur une autre vie & sur le "tout autre". » 279


Enfin, dans Les voies de l’accomplissement, à nouveau, le cinquième chapitre est consacré à la conversion & ses renversements, déjà bien clarifiés ci-dessus.
« Je suis déjà allé plus loin que je n’étais il y aquelques jours: j’ai compris qu’une véritable conversion est à réaliser (« je ne pense pas à une conversion religieuse », est la première phrase du chapitre), & j’ai établi à mes propres yeux qu’elle est possible puisque je suis libre. Je ne sais pas encore si j’aurai à changer ma vie ‘’quotidienne’’, mais je sais que j’aurai à changer mes convictions et que j’en ai le pouvoir. » 77
Il montre ensuite que cette conversion/retournement remonte à la philosophie de la Grèce antique. Filiation directe qu’il trace ensuite avec «son» Spinoza
« Après avoir pris conscience de tous les « biens » couramment poursuivis, il décida de chercher s’il n’existait pas un vrai bien qui pourrait lui conférer une joie permanente et souveraine…. « C’est chez Spinoza que, pour la première fois, l’idée de conversion prend tout son sens… il exprime la nature et la portée de ce renversement: ’Il ressort donc de tout cela que nous ne nous efforçons pas vers quelque objet, nous ne le voulons, nous nele poursuivons, ni ne le désirons pas parce que nous jugeons qu’il est un bien, mais parce que nous nous efforçons vers lui parce que nous le voulons, le poursuivons & le désirons. » B. Spinoza 80
RM reformule en ces termes: « ce n’est pas la qualité (la nature) d’un objet qui fait naitre le désir, c’est au contraire le désir qui, par son mouvement, crée la qualité (la désirabilité) de l’objet.' 80

RM voit dans ce mouvement une double conversion.
Le 1er mouvement renverse notre conception du désir;
le 2e s’opère dans l’action de l’homme lui-même. « Je puis donc être d’accord avec moi-même. » 81
Plus loin, il reprend: « La conversion est … un acte volontaire. Elle est le refus de la vie empirique & banale qui allie, l’ennui, la servitude & la souffrance. » 90

« La conversion comme renversement est aussi une décision. Mais cette décision n’est pas neutre ou indifférente… elle implique, au fond d’elle-même, une visée concrète qui est la satisfaction du Grand Désir, lorsqu’il est comblé. … Elle est à la fois un vécu qualitatif & un contenu significatif. » 91
« La conversion est le passage de la passivité des pensées & des désirs à l’activité des pensées & du Désir. La tâche de la conversion est de renverser le mouvement (de la spontanéité quotidienne) & de faire en sorte que l’autonomie créatrice du sujet soit mise au service d’un nouveau projet & d’une nouvelle attitude qui produise le contraire de l’aliénation… Elle est l’oeuvre de la réflexion. » 91
Dans la dernière page du chapitre V qu’il consacre à la conversion, RM introduit une réflexion sur l’écriture.
« Mais je dois ajouter une évidence actuelle & présente [dans sa vie à lui, RM]: cette réflexion est écrite. Elle est l’acte de la conscience qui se redouble, mais cet acte s’opère comme acte d’écrire… Je ramassera ice double aspect en le désignant par le terme de « surréflexion ».
… « La verbalisation [orale] libère la conscience affective en l’exprimant; l’écriture va redoubler la verbalisation en devant réflexion écrite sur une verbalisation qui est déjà une première réflexion. » 92
« & comme la conscience s’apprend, l’écriture s’apprend. Mieux, par l’écriture, la réflexion s’apprend. »
« Le terme ‘’surréflexion’’ est, comme conversion, un patient travail de l’esprit à travers le temps; il est le travail de la connaissance & de la critique qui renversent les erreurs & les illusions. … Ce travail patient de l’esprit se constitue comme décision radicale, brusque et ‘’drastique’’, constamment reprise & réitérée; cet acte [devient] alors actuel. Il est en effet la décision drastique de s’arracher à la passivité & de se tourner activement vers un avenir qui ne sera pas ‘’attendu’’ mais construit. »
Le dernier paragraphe est exprimé à la première personne:
« Je vois mieux, maintenant ce qui se passe en moi: par la surréflexion (écrite) je désire fonder, & je fonde effectivement, je construis mon autonomie.
Par ma décision, écrite & réfléchie, je construis une autonomie qui va me permettre, paradoxalement, de transmuter ma vie & de l’accorder enfin à mon Désir qui sera un nouveau Désir.
C’est ce nouveau Désir qui peut enfin se consacrer valablement à la recherche de son accomplissement. » 92

Dans La nacre et le rocher, une autobiographie (éditions Encre Marine (groupe Belles Lettres), 2012, Robert Misrahi consacre plusieurs pages lumineuses à l'inconscient pour en récuser l'existence.

Il était concerné au premier chef: son épouse, qui avait, comme lui, fait des études de philosophie - c'est là qu'ils s'étaient rencontrés d'ailleurs ! - était par la suite devenue psychanalyste tandis que lui devenait professeur de philosophie dans le secondaire puis à l'université où il s'est spécialisé dans le spinozisme, à l'écart des médias, dans un remarquable travail de fond. Jamais de différend dans le couple cependant !


Citations choisies entre les pages 211 & 215:

« Les actes qui sont attribués à "l'inconscient" » par Freud ou Lacan « sont en fait issus du sujet conscient, lorsque sa confiance est obscure ou confuse... (212) Je n'oppose ... pas la conscience & l'inconscient, mais la conscience plus ou moins obscure à la conscience plus ou moins claire, & ces mêmes consciences (la vie immédiate) à la réflexion explicite et organisée.

... Cette obscurité de la conscience peut aussi être le fruit d'un refus, c'est-à-dire d'un acte implicite de refus. Si cet acte souhaite rester obscur ou caché, on peut alors parler de "mauvaise foi"...

213 La psychanalyse comme l'éthique que je défends souhaitent faire passer l'individu quotidien & passionné (passif) à une plus grande maitrise, c'est-à-dire à une meilleure conscience de soi, à une meilleure réflexion créatrice, à une meilleure autonomie.

... La philosophie & la psychanalyse recherchent le même but: faire du sujet son propre souverain & le rendre capable d'accéder à la joie. Quant à la question centrale des moyens, ... on ne passe pas directement de l'inconscient insaisissable à la réflexion souveraine, mais l'on passe progressivement d'une conscience obscure à une conscience plus claire & d'une conscience claire à une conscience réfléchie. »

L'obscur, la clair & le réfléchi

213 « Je comprenais clairement qu'il fallait d'abord être déjà libre (fût-ce dans la "passivité") pour être en mesure, ensuite, de se libérer & d'accéder à l'activité & à la joie. »

... « L'instrument de la libération ... c'est le sujet comme liberté... Le processus de libération ne peut être qu'un mouvement du libre Désir.
214 La volonté n'est qu'un mot, une entité abstraite & inexistante. Seul le Désir peut motiver une action... [il] peut se motiver... lui-même à rechercher son propre accomplissement. ... Ce serait une erreur de définir le Désir par le manque comme le font tant de nos contemporains philosophes et psychanalystes. ... De là découle ce que la pensée contemporaine appelle "le tragique".

Ma conception est aux antipodes, dit toujours R. Misrahi. Le manque est posé & défini par le Désir & il en est la motivation en même temps que le moteur.

C'est parce qu'il se fait manque qualifié d'un objet & d'un plaisir précis, que le sujet désirant... peut se mettre en mouvement & poursuivre ce but qui lui manque & dont l'obtention le comblera.

... Le "manque" justifie donc le mouvement & sa joie, le désir & sa jouissance, & non pas la tristesse et la "béance".

215 Le Désir-sujet.. est ... la seule réalité, la seule énergie qui puisse être source d'action. Il n'y a là aucun idéalisme, mais au contraire un réalisme attentif à la véritable nature de la réalité & de l'action. (mots-clés mis en valeur par mes soins).


Les croyances... les mythes... les rites...» Il s'agit de s'en éloigner, s'il est possible. Je consacrerai un autre article à la conversion chez Robert Misrahi; ceci déjà pourtant, car cela me semble éclairer le processus qu'il voit à l'oeuvre pour la mise en joie de l'individu.

Dans le même ouvrage, il s'étend longuement sur la conversion à deux endroits. Ici (277-279), je voudrais me concentrer sur les trois renversements que notre auteur détaille dans le processus de conversion - j'aurai à dire (voire à redire !) sur le choix de ce vocable:

1. premier renversement

Il s'agit d'inverser les perspectives cognitives sur le monde. « À partir de ce premier renversement, une porte s'ouvre sur l'avenir du sujet: puisque déjà il invente les symboles & les situations, il est capable d'inventer encore, & d'inventer autrement & autre chose. Capable de créer mes valeurs & mes buts, je puis me concentrer sur ma nouvelle orientation, sur mon nouveau désir. » 278

2. Deuxième renversement

« Le premier fut opéré par l'intelligence. Cette nouvelle inversion sera opérée & par l'intelligence & par l'affectivité. Il s'agit de renverser, d'inverser l'orientation du Désir. Au lieu de le vivre comme un mouvement absurde, comme la vaine tentative de combler un manque indépassable, on peut le vivre comme étant la très légitime recherche du contentement & de la joie. Le Désir n'est pas condamné à l'échec, il est la perpétuelle reviviscence du mouvement vers la satisfaction & la plénitude. » 279

3. Troisième renversement, le renversement du regard sur l'autre

Au lieu de traiter l'autre « comme un objet & un instrument (femme "soumise", esclave "monnayable", ouvrier "corvéable"), il s'agit de le traiter comme le sujet qu'il est. Au lieu de déployer des relations de calcul et de réversibilité (par violence ou par "contrat"), il y a lieu, au contraire, de déployer des relations de réciprocité. L'amour & l'amitié, la coopération & la solidarité pourraient ainsi être totalement renouvelés & ouvrir sur une autre vie & sur le "tout autre". » 279


Il n'est pas impossible que ceci soit même susceptible de convaincre... ;)

Son propos est par moments radical. Toujours limpide. Il résulte d'une longue réflexion préalable que l'auteur met au service de ses lecteurs.
La simplicité dépouillée avec laquelle il libère les étapes d'un raisonnement tendu au cordeau émerveille, tant son ampleur est tenue à portée immédiate de notre conscience. Ce philosophe, spécialiste de Spinoza, écrit de façon éminemment compréhensible !
Sa plume est empathique, dégagée de tout égo inutile. Elle sait se fondre au coeur même de l'idée pour nous en dévoiler pas à pas la tenue et l'ampleur. Elle intègre l'expérience accumulée par l'auteur à la matrice qu'il met en partage.
Du très grand art. L'essai au service de la « prose d'idées » (Marielle Macé, Le temps de l'essai, 2004, p 34).
Je reviendrai avec une notice plus complète sous peu.
Un exemple ? Suivez ce lien vers un des essais dans bribes philosophiques, intitulée G-rêves. Un de ses raisonnements apparaît dans une citation sous le paragraphe intitulé Inadéquates.
Deux autres inclusions nullepartiennes se trouvent dans: et dans Connaissance.

L'auteur, philosophe exégète majeur de B. De Spinoza, montre « que le renouveau de la vie est toujours possible pourvu que'on mobilise toutes les ressources de la liberté. Le bonheur ne se reçoit pas, il ne se demande pas, il se construit. »
Le déroulement de l'ouvrage est un cheminement vers l'exact « déploiement de la joie comblée ». Le simple fait d'être cohérent, constant, appliqué, soigneux dans une activité est déjà le chemin. Une lenteur, une forme de langueur habitée de soi sont certitude du chemin trouvé. Le suivre est désormais sans pourquois.

L'état de conscience individuelle, nous dit-il 13, est

Adjectifs &
libre    heureuse
active    comblée
satisfaite    justifiée.


« Cet état de conscience est difficile à concevoir de prime abord » avant qu'il n'advienne à soi. Quand il est survenu, il est évidence faite.
R. Misrahi qualifie lui-même 13 son écriture de

adjectifs &
sensible      poétique
vécue      inspirée.

Il en faut de la certitude confiée à soi pour écrire ainsi si justement sur ce qui émane de soi. Cela ne paraît pas, dans le contexte, de la forfanterie, simplement l'affirmation tranquille d'un état de fait. Sa lucidité en action.

« Mais la distance entre cet état [de conscience individuelle] & la situation affective et concrète la plus fréquente est si grande, que seul un long [et lent] travail de l'esprit est en mesure de [l']instaurer. » 13 C'est un état de bonheur & de plénitude.

Ce travail de l'esprit est un « long cheminement que je désigne » volontiers comme un
Travail de la liberté
ou Conversion
ou Initiation.

En se construisant sa vie se reconstruit, ce travail de l'esprit est un itinéraire. D'avoir trouvé un chemin à créer, jesuis désormais certain. Le corps se dira satisfait quand ce qui était désiré est obtenu. « Être heureux, c'est être comblé de ses désirs » dit le Dictionnaire Le Robert des synonymes et nuances.
Le chemin va « de la crise à la justification finale ». Il s'agit de s'initier progressivement à une perfection de vie :« Cet itinéraire n'est pas imposé de l'extérieur ». 13 Il s'agit pour chacun « d'inventer son propre chemin ». Ce chemin résulte« de son propre travail progressif & de sa propre initiative volontaire & libératrice. »

 

La langue utilisée dans la table des matières de l'ouvrage est compréhensible. Je n'ai pas lu souvent des ouvrages de philosophie aussi lisibles que celui-ci. Nul jargon, nulle grattage de cerveau pour en décoder le sens. Le style est fluide, investi d'une force qui invite au partage avec ses lecteurs. Un écrivain, avant tout.
Sa longue fréquentation de l'oeuvre de Spinoza, qui remonte à la parution de l'ouvrage consacré à Spinoza dans la pléiade, en ... 1954 (Achevé d'imprimer le 08 Octobre 1954), lui a servi de ferment, de terreau pour y épanouir sa propre philosophie avec laquelle il mène très visiblement sa vie. Il nous en fait part et nous offre une philsophie « clé en main » en quelque sorte, parfaitement adaptée à notre siècle.

Il y démontre à l'envi une conviction que j'ai, sur Nulle part, bien ancrée:
la certitude d'être devenu un soi dispense de (se) prouver à tout instant la surdimension de l'égo, quelle que soit la forme qu'il prenne:
- bagnole,
- baraque,
- un plus gros mobilhome que le voisinage,
- une piscine plus grande, plus longue, plus profonde, plus couverte… plus polluante que le voisin,
- en noem maar op...

Être un soi détaché des objets, des choses.
Être cette saveur à soi, c'est jouir
du soleil, peau offerte à faire circuler

l'énergie apprise qui irrigue le soi,
le draine, l'entraine, partie infinitésimale
de l'univers autour de soi.

Et profter de chaque instant passé
avec des amis proches.
Se savoir partie du tout,

c'est aussi connaître de l'intérieur
l'insignifiance du soi (mais vraiment !)
en particulier, et de l'humain en général

par rapport au cosmique.

L'ouvrage fait partie d'une présentation de la philosophie personnelle de l'auteur. Il y a consacré trois ouvrages; celui-ci en est le volet écrit en premier, probablement le plus poétique, dans la mesure où il foisonne d'images porteuses, de métaphores habitées gravitant autour des châteaux aux différentes époques historiques. Il le situe cependant
Il y développe un langage spécifique qui « serait à la fois philosophique & poétique, imaginatif & réfléchi, porteur à la fois de sens & de plaisir. » Il en a « tenté la mise en oeuvre dans les actes de la joie, dans Construction d'un château et dans [le très récemment paru:] les voies de l'accomplissement. » (Extrait de l'avant-propos du troisième ouvrage)

Ouvrages
Dates 1987, 2010 1975, 2006 2016
Sous-Titre fonder, aimer, rêver, agir  Comment faire de sa vie
une oeuvre
(en couverture)
Traité du bonheur
(en page de titre)
 Itinéraire pour l'existence
dans la littérature & la philosophie

 Les sous-titres sont en soi le programme que le livre contient. L'auteur y manie une langue toujours accessible, éminemment personnelle qui ravit l'esprit à l'écoute attentive de sa prose.

Voisinages. Cousinages. Convergences.
Le hors-monde de R. Misrahi semble presque en tous points similaire à l'acosmie dont la mésologie fait savant usage.

La conscience « est antérieure à tous les actions de l'être humain puisque c'est elle qui décide de leur surgissement. » 32
« Les choses n'agissent pas, elles produisent de l'énergie et du mouvement, et non pas des actes. » 30
« Tout se passe donc comme si le sujet était à la fois le sujet concret de la réflexivité quotidienne et l'aspect hors champ de ce même sujet. C'est l'aspect HORS CHAMP qui est l'activité constituante du sujet concret lui-même. Cet aspect nous l'appellerons le hors-monde. » 39
« Tout se passe comme si l'individu concret (qui est réflexivité et désir et qui peut toujours redoubler sa conscience de soi et devenir réflexion) ... était porté ou inspiré par une puissance en lui qui est hors monde. Il faudrait alors reconnaître que la véritable source du monde est dans le sujet lui-même, ce qui est antérieur au monde et donc hors monde. Pourquoi est-il difficile d'en reconnaître l'existence ?  Il me semble que ce refus provient d'abord d'une sorte de modestie existentielle. » 39
« Une fois écartée la modestie existentielle (parfois appelée "humilité"), l'individu devrait pouvoir saisir en lui cette part qui est créatrice. ... 42
[...] notre question concerne, dans le sujet, un domaine antérieur à toute création empirique de valeur: il s'agit du hors-monde, ou du sujet hors-monde. Il fonde toutes les significations, et c'est cette toute puissance spirituelle que l'opinion répugne à reconnaitre. » 42
C'est non seulement par modestie mais aussi par prudence existentielle que l'opinion récuse tout pouvoir réellement constituant. ... « Le sujet, à lka fois dans le monde et hors mondre, deviendrait source de toute action et critère de tout jugement; il deviendrait pratiquement l'origine du monde ... » 43
C'est la conscience humaine individuelle qui constitue, fonde, rend possible et donc crée toute signification. » 45

 


Augustin Berque: l'acosmie

L'ACOSMIE évoque l'anomie durkheimienne, c'est-à-dire l'effacement des valeurs et les désordres qui s'ensuivent, L'anomie est sociale, L'acosmie concerne le social et le naturel, Il s'agit de l'embrayage des valeurs humaines aux faits de la nature… Sans monde. Voir aussi cosmicité.


LA COSMICITÉ est l'opposé d'acosmie; « les milieux humains, donc l’écoumène, sont chargés de ces valeurs, tout en restant fondés dans la nature. C’est en cela même qu’ils sont empreints de cosmicité, c’est-à-dire d’un sens cosmique…» « C’est en ce sens qu’il s’agit bien de cosmicité; c’est-à-dire, contrairement à l’acosmie métabasiste, de relier notre existence et nos valeurs à l’univers, en commençant par la Terre; et cela non pas du point de vue réductionniste qui renverse le cours de la nature, soumettant l’humain aux écosystèmes, mais au contraire dans le fil de la nature, laquelle, du physique au vivant, et du vivant à l’humain, est allée vers toujours plus de complexité, toujours plus de contingence, toujours plus de liberté. Toutefois, contrairement encore à l’acosmie métabasiste, la liberté en ce sens ne signifie pas l’arbitraire; elle implique à l’inverse, en raison directe, notre responsabilité dans les termes fondamentaux de l’axiologique humaine:
le Bien, le Beau, le Vrai. »


La SIGNIFICATION élabore l'information. Elle ne se substitue pas à l'information.
La signification métabolise l'information. La signification se nourrit de l'information elle-même créativement.
La signification a besoin de l'information comme matière première.


Les sources des citations figurent dans la terminologie mésologique.


Hors-monde / décosmisé: les deux raisonnements aboutissent pratiquement au même propos par des voies simplifiées, à portée de tout lecteur intéressé et attentif, dans un cas; par des voies plus complexes, qui se méritent dans l'autre. Toutes deux également créatrices de chemins.

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