Je vous écris d’un univers lointain qui est le mien.  Obscur et fascinant. Habité et envahissant. Il occupe mon univers mental depuis des années. Il s’en nourrit planche par planche. J’ai été tour à tour l’archiviste, l’explorateur de tours infinies, le géographe à la cartographie si sensuelle que ses lunettes s’embuaient, et pas qu’à la chaleur des volcans océaniques.

Je vous écris d’un univers lointain, parfois désertique. On y chemine à la lenteur du pas qui ahane. D’autres fois, d’improbables véhicules raccourcissent les distances. On y fulmine face à la longueur du chemin qui ne mène à rien, qu’à une autre ville dont l’abandon semble aussi définitif qu’irréel.

Je vous écris d’un univers lointain. Il est un constant hommage à l’architecture tentaculaire de ces inhumanités planifiées. Et puis ça dérape. D’abord sur le bureau de l’architecte, dans sa rue, son quartier, sur sa rive puis l’autre, pour atteindre l’immanquable désert qui a raison de la démesure de l’homme. Il s’y est cru universel, il n’est qu’humain.

Je vous écris d’un univers lointain si proche du nôtre qu’un malaise naît immanquablement quand je m’identifie à ses sans-grade qui y survivent à force de débrouillardise.  Ils apprennent à faire avec l’accumulation infinie des pierres. Elle s’arrêtera quand, symboliquement, une seule, la plus centrale, sera remise en place au milieu d’un nulle part pour permettre à l’univers de reprendre son cours de façon un peu moins déréglée. Sans effacer les stigmates de nos errements intimes.

Je vous écris d’un univers lointain où la petite Marie, je crois, naît penchée avant de devenir la dirigeante très respectée de ce monde qui décape la décadence. Elle finit par en assumer la direction avec humanité, entourée de vieux sages aux conseils judicieux et à la gentillesse attendrie.

Je vous écris d’un univers lointain dont la géographie s’est peu à peu dessinée sous nos yeux avant de s’éclairer dans des chroniques, dictionnaires précieux et utiles, de guides fertiles et inspirés.

Je vous écris d’un univers lointain patiemment construit par deux génies aux plumes inspirées et complémentaires. Ils ont créé un univers éclairant le nôtre de ses possibles dérives. Ils y développent un manifeste structuré intégrant nos cultures les plus pointues, les habillant d’une élégance de plumes qui fait l’essence de leur collaboration. Ils ont la cohérence que leurs arts précis et entraînants soutiennent depuis plus de vingt ans.

Après avoir lu Derrida, de Benoît Peeters, plume de lettres; François Schuiten est la plume traçante.
(source de l'image : http://www.du9.org/Architecture-et-bande-dessinee,897)


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