Après cette séance-là, je me sens homogène, réinventé par plus que moi. Cohérent. Harmonisé. Doux.

Deux séances rapprochées m'ont permis de vivre un palier qui se foule par cette dissociation clairement ressentie, pensée et dite, entre l’énergie sexuelle – celle qui jaillit hors de soi, la glandulaire – et l’énergie vitale, la préférée, qui circule, tournoie, remplit les interstices d’un bonheur impossible encore à décrire avec précision.

Un massage se donne. Il est un don fait en confiance réciproque. La confiance est première: sans elle, aucun don réel n’est possible.
Un massage se reçoit. Ce captage nécessite de la part du massé une longue pratique pour observer ce qui se reçoit, puis le vivre intensément. Ce décodage préalable permet la complicité avec l’intensément vécu.

Pendant la séance, fort ressenti de la puissance bienveillante là où les mains, le corps se guident: appuis, affluence, union, soutien là où le corps se tient.

La symbiose* entre les énergies, les êtres, les essences, ces étant-soi y fut d’une grande pureté.

Se sentir fait d’une seule matière humaine, la sienne. Se sentir uni au soi, avec un le-soi en soi. Comme si le corps accédait à une forme de plénitude où pleins et déliés sont perceptibles.

Se sentir harmonieux du soi qui se vit épanoui pendant les séances. « L’harmonie, dit A. Comte-Sponville dans son Dictionnaire philosophique, résulte d’un travail, d’une adaptation plus souvent que de la chance. »** Se sentir sans contradiction. Davantage cohésif (physiquement) que cohérent (logiquement). Être sans affrontements.

Se sentir juste, comme on le dit d’une note.

La source laisse surgir une énergie que la science ne qualifie pas entièrement, à la fois chaleur, picotements électrisants & mouvements au sein du corps. Le corps devient ces fourmillements, cette expansion, cette énergie en mouvements intériorisés que d’autres canaux tracent. De nouvelles pistes s’ouvrent plus profondes, plus adéquates probablement, aux pulsions de la vie rythmée par les flux physiologiques, sang et autres. Le corps devient ces flux, comme désindividualisé au creux du soi.

En tantra, il ne s’agit pas de s’y dissoudre mais au contraire il s’agit de percevoir sa propre matérialité intérieure, la cueillir telle qu’elle se souligne dans le passage de flux au cours du massage, entre les deux corps en proximité non fusionnelle.

Notre corps nous est livré sans mode d’emploi. Nous en usons au petit bonheur la chance jusqu’à ce que surgisse, à même source, une possible grille de décodage, neuve, dont les contours se dessinent dans cette fluidité liquide et floue.

Cela présuppose de laisser s’élaborer en soi d’autres pistes, des ailleurs insondés qui s’épanouissent par paliers et affleurent à la conscience qui apprend petit à petit à décoder, à faire le tri, en se désencrassant de strates d’interprétations antérieures, désormais caduques, qui disparaissent sans laisser de traces, comme des passages obligés qui ont changé de forme à force d’avoir été franchis.


* Association durable et réciproquement profitable entre deux ou plusieurs organismes, dit le Grand Robert.
**
Le travail évoqué par A. Comte-Sponville est bien accompagné par ce livre sur la méditation au quotidien. Loin de tout ésotérisme réducteur, il trace des chemins possibles en soi.
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