Umberto Eco, De la littérature, Grasset, 2002.

Umberto Eco a eu la bonne idée de rassembler « une série de textes de circonstance, tous centrés sur la littérature » (7).
Il se penche sur Oscar Wilde comme grand créateur de paradoxes et d'aphorismes. (85-110)
Paradoxe et aphorisme expriment ce que l'énonciateur entend comme vrai: ils expriment tous deux une norme de vie ou une sentence philosophique. (86)
Bien des aphorismes brillants peuvent être inversés sans perdre leur force. Eco les baptise aphorismes rétrogradables. Ils ne sont que spirituels.
Le paradoxe inverse la perspective commune qui présente un monde inacceptable. 92
La maxime corrobore l'opinion courante.
L'aphorisme va violemment contre l'opinion commune.
Le paradoxe se présenterait comme une maxime fausse qui, après mûre réflexion, paraît destinée à exprimer ceque l'auteur tient pour vrai. (89)
les proverbes sont aussi des aphorismes.

Bref, en voici quelques-uns de ma sauce... Si cela vous amuse, vous déciderez à quelle catégorie ils appartiennent... en vous référant au texte d'Eco. Il regorge d'exemples très éclairants sur son humour personnel!


L’arbre est une ambition qui
prend le temps de s’accomplir.

***

La vie est une bonté imposée.

***
En cuisine, on a toujours besoin
d'un petit pot moins sourd que soi.

***

Trop d'individualisme
tue trop d'individus.

***

La pluie des départs
Bienfait des jardins

***

Être bien en soi
est pleine conscience
sans pensée.

***

L'égo - cet envers du soi.

***

Être une moulure,
empreinte prise par
la matrice du monde.

***

Rien ne va de soi jusqu'à ce qu'il soit advenu.
Tant de gens rament à côté de leurs pompes.
Comme moi, jadis.

***

L’éveil décidé du corps avant l’aube permet l’activité posée.

***
Ressourcer la cohérence à l’inattendu
prévient l’ankylose des usages établis.

***
La foule, une ambition jamais eue.

***

Accéder au langage, cette suffisance humaine.

***

Ils sauront l'inadéquat
d'une attitude
à la rudesse de la réponse.

***

La lumière, source finissante de joie
- échelle large -
mais elle nous survivra !

***

La beauté d'un corps tient toute entière dans sa paix intérieure.

***
Nous sommes insignifiants.
Ne jamais l’oublier.
Nulle humilité. Juste un principe de réalité.

***
L'heure s'avoue vaincue face au temps.

***
Nous nous en tirons à coups d’épées esthétiques.

***
Il faut moudre le grain avant
que les vers ne soient moulus.

***
Plus ils seraient péremptoires,  
moins ils seraient crédibles.

The more absolute, the less credible.

***
La valeur éradique la rancune.

***
L’éphémère amadoue l’intemporel.

***
Le félin est une farce faite  
à la peur de sa vie.

***
Je suis du parti de ceux qui
ne sont pas sûrs d’avoir raison.

***
Toute langueur, un échec fait à l’urgence d’être.

***
L'oeil vif s'accommode de l'aube floue.

***
La nuit ergote sur l'autel de l'aube.

***
Faites-moi penser à me méfier des Hommes
qui font trop corps avec leurs idées.

***
Tant va la cruche à l'eau
que les noisettes se mouillent.

***

Il s’emporta tellement loin qu’il en perdit la foi.

***
L'ordre s'émeut souvent du désordre qu'il génère.

***
Sans entropie, l'ordre n'est rien.

***
Tout système anthropique est entropique.

***
Car, j’y songe, un rêve n’est jamais que l’intrusion de la nuit au début du jour.

***

L’épure rattrape lentement son retard.

***
La vie leur devient
un flux sans rebord
où appuyer leur mémoire.

***
Prendre dans la nuit de quoi assouvir le jour.

***
S'évincer sans rumeur.

***
Se sentir unifié,
c'est aussi ne plus être
une sanction ambulante  
de soi-même.

***
Faire de sa vie une élégie tendre dans un océan d’harmonie.

***
Le silence ne supporte pas les temps morts.

***
Il est un temps que cet objet fascine.

***
Lire camisole le silence de grands espaces de liberté, à force.

***
La cohérence d’une vie ne se mesure pas forcément à sa linéarité.

***
Jongler dans l’absolu ou le néant, c’est kif-kif.

 ***
Ce n’est pas parce qu’on est né le cul dans le beurre qu’il fait plus glissant.

***
Variante du précédent : Ce n’est pas parce qu’on est né le cul dans le beurre que c'est plus coulant.

***
Qui a trop obéi n’obéira plus.

***
N’est lapsus que d’esprit.

***
L’infini n’est jamais un lieu vivable à long terme.

***
Le nœud coulant déroule son infini de serrage.

***
Le silence de l'intention renforce la volonté de l'acte.

***
Si les parents se disaient qu'ils donnent la mort en donnant la vie, ils y réfléchiraient peut-être à deux fois!

***
Atteindre la sérénité, c'est adopter le point de vue le plus apaisant.

***
De la variété s'éloigne l'ennui.

***
La saveur de l’intense l’emporte sur l’intense saveur.

***
La lassitude est une assuétude de peu d’altitude.

***
Écrire, abstraire la forme ultime de la matière intime.

***
La couleur d’un Homme se reconnaît au soleil qui l’éclaire.

***
Aphorisme, faire percuter la chute sans douleur.

***
L’aphorisme fait pâlir d’envie la banalité des jours sans gloire.

***
Seul le jeune chien fou a besoin de laisse pour trouver son chemin.

(Merci à Karel Logist d'avoir orienté nos réflexions vers cette poésie surréaliste qu'est l'aphorisme. Depuis lors, cela surgit...)


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