Je sais pas vous, mais quand je reçois C4, le magazine qui nous pend au nez, je me précipite d’abord sur la rubrique à vrac (coupures de presse) et puis, et puis surtout sur la Stas Academy. André Stas, Régent du collège de ‘Pataphysique (R.), nous y recommande ses propres lectures. C’est uniformément désopilant et plein de cette grâce sans lendemain dont savent faire montre les vrais génies. Son mot croisé, par contre, me laisse de glace. Mais c’est normal, tous les mots croisés me laissent de glace. (Vanille, merci; non, non surtout pas speculoos ! Deux boules, oui.).

Extraits de la dernier numéro paru: le Régent commence mine de rien par un cours définitoire sur ce qu'est un aphorisme. Attendez-vous à apprendre... Ouvrez les guillemets de façon guillerette.

... Les auteurs d'aphorismes prolifèrent, comme les mouches éclatantes bombinent autour des puanteurs cruelles / C'est presque pas croyable.
Leurs illustres ainés (pour ne citer que nos Belges: Bourgoignie, Chavée, Colinet, Goemans, Havrenne, Koenig, Mariën, Mesens, Michaux, Mærman, Neuhuys, Norge, Nougé, Pansaers, Pirenne, Scutenaire, Van Bruaene) doivent se tordre dans leur tombe. J'apprécie infiniment ce genre littéraire un peu disjoncté, aussi suis-je toujours à l'affût. Quand on en pond soi-même, parmi les aphorismes des autres, on aime particulièrement ceux qu'on aurait pu (ou bien voulu) commettre. Un peu comme parmi les femmes de nos amis et connaissances l'on apprécie davantage celles qu'on ne répugnerait pas trop à honorer. Un jeu de mots, génial voire passable, n'est pas nécessairement un aphorisme. L'aphorisme sert à attraper des « pas ça », des choses qui échappent. Les aphorismes sont les enfantillages de la Pensée - le gâtisme conservant ça et là quelques attraits -, les pétomanes de la Poésie. C'est comme si la Pensée écartait les jambes. .. ( Bon ! Stas, on se calme !)
... Ainsi Joe RYCZKO nous envoie La tête sous le bras (Libourne, Les Friches de l'Art). J'y épingle:

  • Face aux critiques, la Dame de fer resta de marbre.
  • De plus en plus de Français portent des bretelles pour ne pas avoir à se serrer la ceinture.
  • La cigarette électronique fait un tabac.
  • La gauche caviar aime les pauvres à condition qu'ils le restent.
  • Artiste impécunieux, il gagne son pain en vendant des croûtes. .
  • Les femmes imbuvables ont des maris alcooliques.

Fidèle à lui-même, le très subversif Théophile DE GIRAUD y va de son Aphorismaire à l'usage des futurs familicides (Maelstrôm compact), un recueil où est adopté l'ordre alphabétique, à la manière du Dictionnaire du diable d'Ambrose Bierce. J'y aime la définition des 26 lettres de l'alphabet.

  • D : Lettre notoirement incapable d'abolir le hasard.
  • N : Grande inspiratrice.
  • Q : Axis mundi.

Et puis un solide paquet de trucs dans ce genre-ci :

  • Écologie: Doctrine malsaine dont les tentatives répétées de préservation du biotope entravent et ralentissent les louables efforts de l'humanité visant à abolir toute forme de vie sur cette fastidieuse
  • Neige: La neige hallucine et pacifie parce qu'elle parle la langue du Néant qui engloutit compassionnellement toute chose.
  • Ce vers de Jules Jouy: La neige, on dirait de la merde qui a fait sa première communion.
  • Yoga: Salut dans le lotus. Ou comment s'arracher au bourbier de ce monde en pratiquant I'immobilisme le plus fervent. Il n'est pas toujours facile de distinguer un génie du yoga d'un cadavre de deux jours.

Allez, fin de citations. Puissé-je vous avoir convaincu de jeter plus qu'un oeil sur cet OVNI pas pressé d'être assimilé à la presse. Le thème cette fois-ci, c'est NO FUTURE. Tout un programme !


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