Ah, il fallait viser juste: un seul week-end (à la mi-octobre 2015), onze heures à peine pour aller voir cette exposition du Royal Photo Club de Huy (RPCH), Maison Nokin, place Verte à Huy.

Belle mise en scène, une scénographie collective, éclairages supplémentaires en surimpression qui font naître une troisième photo au mur, photos disposées au sol, photos accrochées en l’air, parallèlement au sol, in the middle of nowhere (Bonjour les cervicales !), photos disposées perpendiculairement au mur, en recto-verso: deux approches sombres du corps humain, un homme d'un côté, une femme de l'autre, dont le dos est orné d’un splendide papillon tatoué, intimité transcendée artistiquement. Une large gamme d'interprétations individuelles et collectives, via cette scénographie professionnelle, s'offre au regard admiratif.

Les égos s’effacent au profit des photos, toutes présentées de la même manière, sur même support. La variété des formats, résultant de choix individuels, rend chaque assemblage mural unique. L’humilité lissante profite à la forme artistique qui devient dès lors première. L'effacement des égos, que les artistes savent parfois avoir surdimensionnés..., est ici remarquable.

En plus du thème évidemment: Vision verticale. Chaque photographe est allé chercher au fond de soi ce que sa propre vision retenait de meilleur de la verticalité. Aucun couac, ce qui est à noter, car souvent l'oeil du spectateur doit trier ... Ici, la vision verticale collective qui nous est proposée unifie, lisse, promeut la couleur, les effets d'ensembles, multiplie les points de vue innovants sur la verticalité. Chaque ensemble propose en quelque sorte une tache artistique au coeur de laquelle le vertical trouve à s'exprimer: les univers foisonnent, leurs entrechocs sont créateurs.

Je suppose même que rien n'est fait par hasard, comme ce singulier du titre. Titre singulier en effet, à plus d'un titre. Il s'agit d'une vision collective qui nous est offerte là par le RPCH. Une unité de respiration s'en dégage, j'éprouve une forme de joie jubilatoire d'avoir été le témoin d'un ovni artistique pareil ! L'écrin aux murs trop neutres pour l'instant s'embellit de ce collectif visionnaire. En plus des rencontres amicales faites, l'oeil y a trouvé de quoi se réenchanter pour plusieurs jours.

Cette démarche artistique à l'humilité consentie résulte d'une contrainte volontaire, à la manière de celles que s'impose l'ouvroir de photographie potentielle: « La photographie par la contrainte est la recherche spécifique de l’ouvroir. » Dans leur tableau des contraintes, il en est une qui ressemble à celle adoptée par le RPCH: « Partial. Angle of vision, Vertical (Bauhaus et al.). » La référence au Bauhaus m'est un peu mystérieuse...

Cette exposition mérite d'être à nouveau montrée, ailleurs (et pas que nulle part...). Cet effort collectif remarquable est suffisamment rare pour être (re)mis en valeur, (re)montré. Il éclaire le concept de verticalité d'un aplomb neuf. Il se dit toujours plus quand le collectif prime l'individuel. Quand l'individualisme1 dépasse l'égoisme, qui ne lui est pas équivalent, au profit d'une collectivité d'individus qui s'est longuement penchée sur le thème pour nous offrir le meilleur d'elle-même. Chapeau bas. Un sommet.2

Ah oui, je n'aurais pas choisi cette photo sécuritaire comme thème de l'affiche, mais bon... L'exposition présentée est tellement ailleurs que là précisément où l'ultrasécuritaire nous conduit... J'ai bien ma petite idée sur la photo que j'aurais affichée...

Cette vision verticale aère les neurones. Cela fait un bien fou ! Merci.


1 Un article récent de Vincent de Coorebyter revisite ce thème dans Le Soir (16.10.2015), ainsi qu'en radio lors de l'émission le Grand Oral (Rtbf, 17 10 15, 13h15-14h)

2 L'étymologie de vertical selon le Grand Robert: 1587; point vertical, 1545; bas lat. verticalis, même sens, de vertex, verticis «  sommet  ».

(Première mise en ligne 18 10 2015, 18h50)


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