Ces deux lascars* assument à eux deux tant de rôles, sortis de l’imagination de Jacques Prévert, qu’en allant les applaudir, vous assistez à une véritable performance théâtrale.

Ils ont pour eux une mémoire prodigieuse, face au texte facétieux de l’auteur, destiné à être lu, originellement.

Après les avoir vus, entendus, avoir ri avec eux, avoir compris ce texte à facettes avec leur personnification plurielle, une seule envie me plonger enfin dans ce jamais lu, maintenant qu’il m’est entré par tous les canaux et que j’en ai saisi le côté iconoclaste: Pie XI (1922-1939) et Mussolini en prennent pour leur grade. Mais pas que: L’Espagne franquiste, la religion aussi. L’irrévérence portée au pinacle.
La poésie militante de Prévert ainsi mise en scène ajoute du sens au texte. Elle rend légère l’intelligence dense, qui peut échapper à la lecture. Elle s’enrichit de dimensions éblouissantes, de vérités peut-être enfouies. Les deux acteurs ont dû bichonner ce texte dans tous les sens du terme pour l’avoir ainsi épuré, rendu à sa fidélité première sur scène.
Du théâtre comme ça, on en redemande.

Petite note pour les programmateurs de spectacles

Ce manifeste laïque mérite la cité des papes en juillet !
Avignon et le théâtre des Doms ont bien une petite place encore, non ? Osez, Messieurs, osez !

Organisateurs qui cherchez de quoi remplir vos salles, insistez pour programmer ce dépoussiérage respectueux en diable de l’ambitieux séditieux que fut Jacques Prévert. 1936, pas une ride. Le texte, plus de 800 vers rangs serrés la colonne. Jamais lu. Trop long évidemment, pour l’œil.  

Un atelier multimédia (à L’Atelier de la rue Vivegnis ?) pour en filmer quelques extraits bien choisis… et bien montés pour allécher les programmateurs… Éviter les photos complices avec le photographe…

Petite note pour un dossier pédagogique… un prof même en résidence extérieure, peut pas s’empêcher, hein !
Dernier cycle du secondaire général et de transition, co-entreprise français-italien-histoire-morale; que les profs se parlent une fois à faire ! Et puis dans ce texte, il n’y a pas que du français.
Animation 30 à 50‘ à postériori. (si, si j’insiste !). Vive l’approche anglo-saxonne en pédagogie: inductive, intuitive, au plus près du vécu des élèves, sur la balle de leurs interrogations à chaud. Ne déflorez pas ce beau texte avant: vous lui couperiez les ailes et les effets de surprise induits par la mise en scène très novatrice. Et invitez-les au dernier cours avant le spectacle à poser obligatoirement une question dans le débat qui suit. Tirez au sort l’ordre de passage dans le débat. Formalisez cela, rien que cela.
Durant le débat, profitez-en pour distiller de-ci de-là des lambeaux de savoir qu’ils ont peut-être une chance d’associer aux images fortes générées par le spectacle. Sait-on jamais, ces petits choux… des fois qu’ils auraient jamais su qui étaient les épigones hitlériens du Sud. C’est comme ça que les guerres reviennent.
Le cours qui suit, illustrez d’archives visuelles sur l’histoire de l’époque (www.ina.fr et www.sonuma.be), sur Prévert, sur l’Italie de Mussolini, le rôle de l’outrance en poésie, etc.
Exiger la promiscuité entre les acteurs et la salle, condition pour être au plus près du texte. Prévert, on s’y immerge; on ne le caresse pas du regard et de loin. Il faut que ça sente le chien poétique ou le vomi épiscopal.
Une grande salle des fêtes et une vingtaine d’élèves? Alors, mettons les spectateurs sur scène !
Ah oui, j’oubliais:
Chapeau, Messieurs !  

Et merci à l’atelier de la rue Vivegnis (Liège) de l’avoir programmé !
LA CROSSE EN L'AIR de Jacques Prévert
Une production "Ancrez en scène".
Mise en scène: Claude Enuset.
Comédiens (par ordre alphabétique): Gaëtan Bilocq et Julien Legros.
Éclairage: Julien Legros.
https://www.facebook.com/events/140688006045263/
Cette production ne demande qu’à tourner, je parie !


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