25 02 20

Il est parfois raisonnable de reconnaître qu'un effort sera vain. Comme celui de comprendrele philosophe américain A. N. Whitehead via Isabelle Stengers...

C'est en étant dans l'acceptation des choix consentis qu'une vie continue à dérouler son fil sur un tramage souple & cohérent. Le corps s'emploie à creuser une territorialité de mieux en mieux ancrée. Le corps s'emploie à concevoir sa place sensible grâce à l'éclairage de nombreuses lectures d'essais et d'ouvrages philosophiques soigneusement choisis.

C'est bien au retrait plus complet, à l'écart de la vulgarité & de la violence de notre monde, que se consacre désormais le corps. L'expression s'en trouve équipée grâce aux ancrages multiples de la vie en soi. (D'après l'ermite de la forêt rencontré par Fabienne Verdier).

Émarger à sa propre source porte en soi la cohérence des continuités. C'est à laisser là, sur le bord du chemin, les habitudes figées que le corps se rouvre d'autres champs, comme cet atelier d'écriture environnementale qui retiendra l'attention ce printemps. C'est là assainissement opportun.

Accepter le corps dans toutes ses manifestations est une voie sûre pour lui offrir du temps afin de résoudre au mieux les conflits que l'intérieur pressent suite aux froissements d'ailes avec le non-soi. C'est aussi en le laissant s'exprimer par des (non) actes que la raison intuitive a  l'occasion de fonder plus sûrement son désir au plus près de son essence. La part sensible de soi prend en charge le sensé qui émane de l'intuition que les sens déposent en soi. Y prêter une attention volontiers vigilante est une bienveillance qu'il nous revient de construire en soi.


13 02 20

   Cercle vicieux vs spirale vertueuse
En incorporant davantage de conscience de soi dans l'observation de plus en plus fine de la manière dont le corps fonctionne, un processus de spirale vertueuse se met en place. Cette spirale vertueuse relie d'autant plus fermement le corps à la conscience qu'il a de soi que le nombre de spires augmente.

À la différence du cercle vicieux à l'intérieur duquel l'énergie tourne en circuit fermé et à l'envers de ce qui serait utile au corps de soi, la spirale vertueuse, elle, est un circuit ouvert qui énergise le corps en le propulsant avec davantage d'à propos en direction d'une meilleure prise de conscience de ses modes de fonctionnement personnels sur la flèche du temps.


04 02 2020

Notre monde ne se porte pas bien. La stabilité naturelle défunte de la planète Terre était essentielle aux humains. Ils l'ont gravement perturbée en se trompant de flux.

Ils avaient cru en l'omnipotence du seul argent. Mal leur en prit. Ils ont cassé leur jouet en devenant eux-mêmes le jouet exclusif de leur imagination.

Seules celles, seuls ceux dont le flux monétaire personnel suffit à leur maintenir au moins la tête hors de l'eau parviennent à entretenir autour d'eux l'illusion (la fiction) d'un ilôt de stabilité. Pour leur propre malheur, ces humains-là confondent stabilité dynamique de la planète & fixité mortifère de l'argent. L'argent leur coule entre les doigts; il est la seule "valeur" qu'ils ont élue comme vectrice de flux vital pour eux, de Gucci en Balmain, de SUV 4x4 en Tesla à 70.000€. (etc.)

L'ennui, c'est qu'ils ignorent tout d'un autre flux, bien plus essentiel à la planète qui les supporte (pour combien de temps encore ?) que leur argent sali: l'humanité se noie dans une continuité abyssale qu'elle ne soupçonnait même pas. C'est donc bien à remplacer le flux monétaire des nantis par le flux énergétique universel qu'il y a lieu de s'employer de toute urgence. Beaucoup le disent, sur tous les tons et la multitude n'entend rien. Elle a foncé dans le mur et refuse le réel avec une couche de fric supplémentaire...


12 01 2020

Une joie corporescente simple vaque à soi, en une sérénité épanouie, sans taches esquivables. Le vent soutient son passage. Les joues rosissent. La constance du pas rythme la relaxation générale.

La situation incendiaire en Australie, après l'Amazonie (& avant d'autres), concrétise de façon évidente ce qu'effondrement veut dire: effondrement de l'univers personnel impacté bien sûr, mais surtout à l'échelle d'une énorme région rayée de la carte du vivant. Le feu y détruit tout à l'échelle d'un pays-continent. Le pourcentage de terres touchées est encore relativement restreint & pourtant ce sont des dizaines de milliers de vies qui sont impactées.

01 01 2020

Voir les choses de l'intérieur en y pénétrant est ce que Pierre Macherey nomme comprendre au sens fort du terme. (Intro Éth. V, 200) Pénétrer à l'intérieur d'une chose

  • non seulement permet de voir son intérieur,
  • mais cet agir permet aussi de prendre conscience de la façon dont le réel partagé est vécu par la chose en question.

29 11 19

Songeons à la quantité d'amour dont il faut faire montre envers soi pour ne plus attrister la vie* en soi.

* L'expression est de Gilles Deleuze dans l'un de ses cours oraux sur Spinoza.


28 11 19

S'agirait-il de pacifier les turbulences pour combler les béances ?


Décider d’aller mieux dans sa tête est un exercice à pratiquer seul·e, en soi. Cette décision éclaire notre chemin personnel, le met en valeur.

Qu’est-ce qui inspire cette décision joyeuse d’aller mieux ?

Le simple constat qu’aller mal dans telle ou telle circonstance rend triste.

Le type de circonstance qui provoque cette tristesse peut être infini, telle une phobie quelconque: remplir sa feuille d’impôts, cirer ses chaussures, par exemple. Il nous suffit d’un peu chercher, & les circonstances affleurent ! Peu importe la liste.


En faire le constat pour soi: telle circonstance me rend triste & ma tristesse m’isole, voire même me fait commettre des erreurs que « les autres », ou « l’administration » peuvent après me reprocher.

Comment inverser la vapeur ?
Pas de recettes évidemment. Ce serait trop facile !
Mais ceci: le cheminement inverse de la tristesse passe par le désir d’être joyeu/x.se.

C’est en désirant la joie pour soi que petit à petit nos pas peuvent peut-être s’éloigner de nos chemins tristes pour progressivement devenir des chemins de joie. Peut-être que ce sera long. Sûrement même.


C’est la force du désir d’aller mieux qui vaincra les chemins pourris et nous mènera vers davantage de sérénité en son cœur. Davantage de sagesse dans sa vie aussi.


Cette décision une fois prise est irriguée par les trois affects fondamentaux du spinozisme: le désir, la tristesse et la joie.

Voici comment Spinoza les définit:

  • Le désir est l'essence même de l'humain en tant qu'elle est conçue comme déterminée par une quelconque affection d'elle-même à accomplir une action.
  • La joie est le passage d'une perfection moindre à une plus grande perfection.
  • La tristesse est le passage d'une plus grande perfection à une perfection moindre.

Vouala.

Spinoza définit les affects qu'il a identifiés à la fin de la troisième partie de l'Éthique. La lisibilité de ces définitions a bien traversé les siècles qui nous séparent du siècle d'or hollandais.


Une vie s'éclaire de ses rencontres. De ses lectures aussi. Elles sont autant d'occasions de progresser. Un quotidien à la croisée du spinozisme approfondit forcément ses malaxages au contact de ses exégètes.


Bits and pieces

 Pierre Macherey, Introduction à l'Éthique, III, 376: « L'histoire concrète de nos désirs est confrontée au dilemme de la joie & de la tristesse. ... Ces deux sentiments primaires expriment le fait que la puissance du conatus [tendance, effort, pulsion], qui propulse dans l'être l'individu concerné par ces sentiments, est

  • accrue
    ou
  • diminuée,
  • entretenue
    ou
  • bridée.

Tant que l'âme [l'esprit/la conscience] demeure ainsi au rouet de tels mouvements

  • expansifs
    ou
  • restrictifs,

... elle ne peut prétendre être libre: les joies fugitives qu'elle éprouve lui donne peut-être une certaine conscience des dispositions essentiellement actives attachées à l'élan impétueux du conatus [tendance, effort, pulsion] qui ... constitue [la conscience] en profondeur. ... Cette conscience n'est pas encore suffisamment éclairées par des idées adéquates. » 377

Or, posséder des idées adéquates « est la condition nécessaire & suffisante pour que l'âme [l'esprit/la conscience] puisse être reconnue comme active, au sens propre du terme. » id.

Les deux dernières propositions d'Éth. III « préparent la mise en place du projet de libération éthique » qui se déploiera qui la Ve partie, intitulée De la liberté humaine.

III, 58: Outre la joie & le désir qui sont des passions, il y a d'autres affects de joie & de désirs qui se rapportent à nous en tant que nous

  • agissons. (BP)
  • sommes actifs (CA)

III, 59: Parmi les affects qui se rapportent à l'esprit [la conscience] en tant qu'il agit, il n'en est point qui ne se rapportent à la joie ou bien au désir.

Un long scolie conclut la troisième partie avant la définition des affects.

Je divise, nous dit Spinoza, la force d'âme en VAILLANCE & GÉNÉROSITÉ car

  • par VAILLANCE, j'entends le désir par lequel chacun[/chacune] s'efforce de conserver son être sous la seule dictée de la raison;
    &
  • par GÉNÉROSITÉ, j'entends le désir par lequel chacun[/chacune], sous la seule dictée de la raison, s'efforce d'aider les autres [humains] & de se les lier d'amitié.

B. Pautrat traduit fortitudo par vaillance, tandis que R. Misrahi & Appuhn lui préfèrent FERMETÉ; P. Macherey, lui, traduit aussi fortitudo par PUISSANCE INTÉRIEURE. (Introduction à l'Éthique, III, 384). Cette puissance intérieure, commente-t-il, « peut elle-même se présenter sous les deux aspects de

  • la force de caractère (animositas en latin, qu'il serait presque tenté de rendre par "cran" (note 3). Il ajoute que, dans V, il a rendu animositas par COURAGE, notion à rapprocher de "présence d'esprit".
  • la générosité.

« FORCE DE CARACTÈRE & GÉNÉROSITÉ sont les deux figures que revêt le désir, dans sa manifestation pleinement active & positive, lorsqu'il concerne

  • d'une part soi-même
    &
  • d'autre part d'autres personnes. »

P. Macherey entreprend ensuite de définir LA FORCE DE CARACTÈRE: elle « est le désir par lequel chacun[/chacune] est poussé·e sous la seule règle édictée par la raison à conserver son être. » Ce désir prend principalement les formes

  • de la retenue (temperantia)
    &
  • de la sobriété (sobrietas)
    ainsi que celle
  • de la présence d'esprit dans les dangers « qui visent la seule utilité de l'agent ».

Comme quoi, comparer les traductions d'un seul mot peut emmener loin ! Mais en chemin, bien sûr, s'y collectent des précisions, des nuances qui enrichissent d'autant la palette infinie du spinozisme.


Note sur les crochets [ ]
L
es mots repris entre crochets sont de mon chef, ils visent

  • soit à actualiser la traduction en la rendant inclusive, notamment en remplaçant l'homme (genre humain) par l'humain ou l'être humain. La langue française peut s'avérer assez machiste en ayant attribué deux sens au mot homme, l'un reprenant le genre, ce que la langue anglaise nomme human, alors que le sexe masculin est rendu en anglais par man; man s'oppose à woman, pour le sexe féminin;
  • soit à remplacer le mot Dieu par le mot Nature, comme il est de pratique constante sur ce site, notamment à la suite de Michel Juffé.

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