29 11 19

Songeons à la quantité d'amour dont il faut faire montre envers soi pour ne plus attrister la vie* en soi.

* L'expression est de Gilles Deleuze dans l'un de ses cours oraux sur Spinoza.


28 11 19

S'agirait-il de pacifier les turbulences pour combler les béances ?


Décider d’aller mieux dans sa tête est un exercice à pratiquer seul·e, en soi. Cette décision éclaire notre chemin personnel, le met en valeur.

Qu’est-ce qui inspire cette décision joyeuse d’aller mieux ?

Le simple constat qu’aller mal dans telle ou telle circonstance rend triste.

Le type de circonstance qui provoque cette tristesse peut être infini, telle une phobie quelconque: remplir sa feuille d’impôts, cirer ses chaussures, par exemple. Il nous suffit d’un peu chercher, & les circonstances affleurent ! Peu importe la liste.


En faire le constat pour soi: telle circonstance me rend triste & ma tristesse m’isole, voire même me fait commettre des erreurs que « les autres », ou « l’administration » peuvent après me reprocher.

Comment inverser la vapeur ?
Pas de recettes évidemment. Ce serait trop facile !
Mais ceci: le cheminement inverse de la tristesse passe par le désir d’être joyeu/x.se.

C’est en désirant la joie pour soi que petit à petit nos pas peuvent peut-être s’éloigner de nos chemins tristes pour progressivement devenir des chemins de joie. Peut-être que ce sera long. Sûrement même.


C’est la force du désir d’aller mieux qui vaincra les chemins pourris et nous mènera vers davantage de sérénité en son cœur. Davantage de sagesse dans sa vie aussi.


Cette décision une fois prise est irriguée par les trois affects fondamentaux du spinozisme: le désir, la tristesse et la joie.

Voici comment Spinoza les définit:

  • Le désir est l'essence même de l'humain en tant qu'elle est conçue comme déterminée par une quelconque affection d'elle-même à accomplir une action.
  • La joie est le passage d'une perfection moindre à une plus grande perfection.
  • La tristesse est le passage d'une plus grande perfection à une perfection moindre.

Vouala.

Spinoza définit les affects qu'il a identifiés à la fin de la troisième partie de l'Éthique. La lisibilité de ces définitions a bien traversé les siècles qui nous séparent du siècle d'or hollandais.


Une vie s'éclaire de ses rencontres. De ses lectures aussi. Elles sont autant d'occasions de progresser. Un quotidien à la croisée du spinozisme approfondit forcément ses malaxages au contact de ses exégètes.


Bits and pieces

 Pierre Macherey, Introduction à l'Éthique, III, 376: « L'histoire concrète de nos désirs est confrontée au dilemme de la joie & de la tristesse. ... Ces deux sentiments primaires expriment le fait que la puissance du conatus [tendance, effort, pulsion], qui propulse dans l'être l'individu concerné par ces sentiments, est

  • accrue
    ou
  • diminuée,
  • entretenue
    ou
  • bridée.

Tant que l'âme [l'esprit/la conscience] demeure ainsi au rouet de tels mouvements

  • expansifs
    ou
  • restrictifs,

... elle ne peut prétendre être libre: les joies fugitives qu'elle éprouve lui donne peut-être une certaine conscience des dispositions essentiellement actives attachées à l'élan impétueux du conatus [tendance, effort, pulsion] qui ... constitue [la conscience] en profondeur. ... Cette conscience n'est pas encore suffisamment éclairées par des idées adéquates. » 377

Or, posséder des idées adéquates « est la condition nécessaire & suffisante pour que l'âme [l'esprit/la conscience] puisse être reconnue comme active, au sens propre du terme. » id.

Les deux dernières propositions d'Éth. III « préparent la mise en place du projet de libération éthique » qui se déploiera qui la Ve partie, intitulée De la liberté humaine.

III, 58: Outre la joie & le désir qui sont des passions, il y a d'autres affects de joie & de désirs qui se rapportent à nous en tant que nous

  • agissons. (BP)
  • sommes actifs (CA)

III, 59: Parmi les affects qui se rapportent à l'esprit [la conscience] en tant qu'il agit, il n'en est point qui ne se rapportent à la joie ou bien au désir.

Un long scolie conclut la troisième partie avant la définition des affects.

Je divise, nous dit Spinoza, la force d'âme en VAILLANCE & GÉNÉROSITÉ car

  • par VAILLANCE, j'entends le désir par lequel chacun[/chacune] s'efforce de conserver son être sous la seule dictée de la raison;
    &
  • par GÉNÉROSITÉ, j'entends le désir par lequel chacun[/chacune], sous la seule dictée de la raison, s'efforce d'aider les autres [humains] & de se les lier d'amitié.

B. Pautrat traduit fortitudo par vaillance, tandis que R. Misrahi & Appuhn lui préfèrent FERMETÉ; P. Macherey, lui, traduit aussi fortitudo par PUISSANCE INTÉRIEURE. (Introduction à l'Éthique, III, 384). Cette puissance intérieure, commente-t-il, « peut elle-même se présenter sous les deux aspects de

  • la force de caractère (animositas en latin, qu'il serait presque tenté de rendre par "cran" (note 3). Il ajoute que, dans V, il a rendu animositas par COURAGE, notion à rapprocher de "présence d'esprit".
  • la générosité.

« FORCE DE CARACTÈRE & GÉNÉROSITÉ sont les deux figures que revêt le désir, dans sa manifestation pleinement active & positive, lorsqu'il concerne

  • d'une part soi-même
    &
  • d'autre part d'autres personnes. »

P. Macherey entreprend ensuite de définir LA FORCE DE CARACTÈRE: elle « est le désir par lequel chacun[/chacune] est poussé·e sous la seule règle édictée par la raison à conserver son être. » Ce désir prend principalement les formes

  • de la retenue (temperantia)
    &
  • de la sobriété (sobrietas)
    ainsi que celle
  • de la présence d'esprit dans les dangers « qui visent la seule utilité de l'agent ».

Comme quoi, comparer les traductions d'un seul mot peut emmener loin ! Mais en chemin, bien sûr, s'y collectent des précisions, des nuances qui enrichissent d'autant la palette infinie du spinozisme.


Note sur les crochets [ ]
L
es mots repris entre crochets sont de mon chef, ils visent

  • soit à actualiser la traduction en la rendant inclusive, notamment en remplaçant l'homme (genre humain) par l'humain ou l'être humain. La langue française peut s'avérer assez machiste en ayant attribué deux sens au mot homme, l'un reprenant le genre, ce que la langue anglaise nomme human, alors que le sexe masculin est rendu en anglais par man; man s'oppose à woman, pour le sexe féminin;
  • soit à remplacer le mot Dieu par le mot Nature, comme il est de pratique constante sur ce site, notamment à la suite de Michel Juffé.

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