Runes érudites que celles-là. Un flux de mots qu'il s'agira de fendre pour se l'approprier, comme celui de Maxime Rovere, jamais franchi... à ce jour !

Blurb (quatrième de couverture réorchestré1)

La communication est constitutive du bien que Spinoza cherche. La communication est partie prenante, appartient au bien que Spinoza cherche. A. Suhamy s'emploie ici à débusquer anomalies, impropriétés & fictions délibérées. La méthode mise en oeuvre est originale en ce qu'elle se fonde sur la détection et l'explication de détails problématiques. Après pareil traitement, nous est-il promis, le spinozisme apparait dans la comparaison vivante entre des hommes aux aptitudes diverses & mouvantes. Le spinozisme s'envisage ici sous l'aspect de l'autre, de l'altérité.

L'ouvrage entreprend de nous présenter l'INCERTAIN et le POSSIBLE comme davantage fréquentables que le CERTAIN & le NÉCESSAIRE.

L'incertain plutôt que le certain; le possible davantage que le nécessaire.


1 La réorchestration consiste à rebattre les cartes d'un texte, à disposer les mots et leur ordre différemment, suivant en cela les enseignements intégrés de la linguistique pragmatique selon F. Richaudeau. Sans en modifier le sens, consciemment du moins...


INTRODUCTION

 L'OBJET PREMIER de l'ouvrage est

  • d'envisager la doctrine entière, le spinozisme;
  • de prendre à partie la manière dont Spinoza communique le bien auquel il pense que sa philosophie mène;
  • en adoptant un point de vue, un foyer, ce point en géométrie  « tel qu'il existe un rapport constant entre
    • sa distance à chacun des points de la courbe (d'une ellipse, d'une hyperbole, d'une parabole) &
    • la distance de ces mêmes points à une droite fixe (directrice). (Le Gd Rob, III, 995);
  • ou alors cet autre sens de foyer: « point central d'où provient quelque chose, à partir duquel se propage un processus (historique, politique, culturel...) ».

L'ouvrage nous invite à prendre en compte la communication comme une technique de propagation au service du bien tel que Spinoza l'envisage. L'auteur, en utilisant le terme foyer sait aussi user d'une métaphore se référant au polisseur de lentilles qu'était Spinoza..., son autre métier quand il n'écrivait pas.


S'écrivent ici des pages qui
adossent une perfection
telle que Spinoza la définit.
Elles constituent la confirmation
par l'écriture éclairée
d'une forme de sagesse
acquise au terme
d'une méditation assidue
déjà ancienne.
(Spinoza, TRE)
Elle vaut confirmation
du souverain bien choisi.
 Aligner ici faits & gestes d'un humain confirme l'intuition du bien faire.
Connaissant chaque jour un peu davantage le vrai bien auquel cette vie-ci se consacre, avoir su, à la suite de Spinoza, que « les biens de la vie commune » peuvent « être réintégrés à titre de moyens. » 25
Ce livre semble ouvrir des passages neufs dans l'oeuvre de Spinoza.
Il offre une grille de lecture novatrice en l'équipant d'une palette conceptuelle  qui tend à mettre de neufs concepts en contact.
A. Suhamy sait user de métaphores se référant à ce (supposé) métier de tailleur de verres d'optique qu'exerçait Spinoza quand il n'écrivait pas.
Le foyer en est une... 

Spinoza, et A. Suhamy à sa suite, nous invite à l'intuition du bien faire. Connaitre chaque jour un peu davantage le vrai bien auquel cette vie-ci s'emploie à faire en sorte que « les biens de la vie commune » puissent « être réintégrés à titre de moyens » 25 en vue d'atteindre le souverain bien par le perfectionnement de la nature humaine en soi. Spinoza ajoute une condition: pour autant que ce cheminement vers une plus grande perfection de la nature humaine en soi soit partagé avec le plus grand nombre. Ce type de mutualisation des savoirs est une condition probable pour extraire l'individu de son égotisme atavique; ce qui valait pour son temps vaut aussi pour l'ultracontemporain car l'approche de Spinoza est universelle: l'anglais possède un terme très visuel pour dire cela: all-encompassing. Même si et d'autant plus que la démarche est celle d'un seul individu.

C'est à cette démarche que tant de millions de sites personnels, dont celui-ci à sa place de Nowhere / from a Nobody, dédient leurs pages. Le lieu du partage est adéquat au siècle: la toile les distribue sur son réseau de fils « neuronaux ». La nature de ce qui y est partagé varie à mesure que les pas quotidiens créent leur propre chemin. Une tension vers davantage de perfection permet d'atteindre ce bien que Spinoza qualifie de souverain. L'authenticité est sa marque. Elle tient la route depuis trois siècles et demi !


96-99 Définitions

Le vrai bien permet d’atteindre la « perfection » de la nature humaine, en tout cas d'y tendre le plus possible avec assiduité.
Le souverain bien = le perfectionnement de la nature humaine dans la mesure où il (le souverain bien) implique les autres hommes. Le moyen pour l’atteindre est de connaître les forces de l’entendement. « Le souverain bien n’est pas autre chose que la jouissance de cette perfection, si possible avec d’autres hommes. » 98

Cette possibilité demeure une incertitude constitutive du souverain bien car l’effort

  • pour passer du possible au réel, c'est-à-dire pour actualiser le possible en réel,
  • & pour communiquer cette perfection,

fait partie de la félicité.

Une des composantes de la félicité tient en ce double effort qui consiste

  • à transformer le potentiel en réalité,
  • à rendre réelle cette possibilité de communiquer.

Spinoza pose « l'existence d'un souverain bien commun aux hommes en tant qu'ils suivent la raison » 137 ; Spinoza énonce aussi dans l'Éthique « ce qui ressemble à une définition de l'homme »: l'homme y est « conçu comme doté du pouvoir (potesta et non potentia » = pouvoir et non puissance) « de jouir de ce bien commun. » 138

Quand les humains suivent la raison, Spinoza (leur) postule l'existence d'un souverain bien commun à tous ces humains. L'Éthique dote l'humain du pouvoir de jouir de ce souverain bien. Il en a le potentiel en tout cas, c'est à l'humain d'actualiser ce potentiel personnel en réalité. C'est à lui de rendre ce pouvoir palpable, à soi d'abord, aux autres ensuite. Ce n'est qu'une fois que cette possibilité, ce pouvoir, a été actualisé en soi que le réel peut à son tour devenir une puissance d'agir. Cette neuve puissance d'agir ouvre alors la voie pour que l'humain passe du vrai bien au souverain bien.


Conversion/Renversement

A. Suhamy emploie ces deux termes que R. Misrahi a aussi fait siens dans sa philosophie personnelle. La supériorité d’A. Suhamy sur son aîné est qu’il les
applique à la philosophie de Spinoza.
Le bien qui se recherche, Spinoza le veut communicable de soi. C’est la résolution qu’il prend. La connaissance du vrai bien s’approfondit car ce vrai bien est un moyen pour atteindre le souverain bien. Seule la recherche de biens pour eux-mêmes constitue un mal parce qu’elle devient une fin en soi. Tant que cette recherche cantonne les biens recherchés en tant que moyens (d’agir), tout baigne !

La transformation des fins en moyens fait passer le corps de la tristesse à la  joie. Méditer avec assiduité, penser puis délibérer avec sérieux 94 sont les trois étapes retenues par l’auteur. Le vrai bien devient un moyen en vue de chercher le souverain bien qu’il s’agit de rendre communicable.
95 Toute erreur est une vérité tronquée. L’erreur de la libido consiste à prendre le moyen (le vrai bien) pour la fin (le souverain bien), c’est-à-dire de confondre les deux
.


101 Le parcours éthique implique la comparaison de soi à soi. Ne plus être agi/agité par le seul désir sensuel propre à l'ignorant libère le sage tapi en chacun·e. « Devenir plus parfait, ce n'est pas changer de nature, mais s'élever en degrés au sein d'une seule & même nature, la nature humaine. »

Augmenter son degré de perfection consiste, pour la nature humaine, à s'élever graduellement en soi sans changer de nature car il n'en est qu'une.


Un creusement personnel

Le parcours éthique est un tâtonnement récurrent passant du faux au vrai, & inversément, dans un échange perpétuel, par essais & erreurs. C'est en fluidifiant le parcours par ces va-&-vient que la nature humaine ne se fige pas, demeure dynamique, évolutive, apte à répondre aux tensions neuves qui naissent & s'étiolent entre le faux & le vrai en formulant des hypothèses neuves quant à la conduite sage du corps en cheminement vital.

L'approprié le dispute au disproportionné. Il s'agit pour le corps d'assurer l'échange fluide d'énergie entre les organes qui le composent, au plus grand bénéfice de l'intégrité de soi.

Cette attention portée au déplacement sur l'échelle du temps est conduite, donc prudente; à partir des marges initiales, le potentiel du corps s'élargit au meilleur profit de soi. C’est en reconnaissant périodiquement la pérennité de l’écart entre ces marges initiales que le parcours se mesure, donc s’objective.

L’éthique puissante trie, sépare le convenable de l’inconvénient. C’est sur cela que l’éthique porte et non sur le binôme moral/immoral. La discrétion de son chemin promeut l’effacement relatif du monde, en tout cas la discrétion personnelle s'exerce au profit du flux général, s'y confondant sans dommage pour un égo désormais dispersé au profit du soi plus universel.

En magnifiant ainsi le potentiel conduit, tant de limites sautent, s’évaporent à mesure que le faux se retire au profit de la meilleure vérité intérieure de soi. Une libération en somme.


En triturant quelques synonymes...

Ni le souverain bien ni la béatitude ne sont des mots facilement fréquentables dans notre monde ultracontemporain. S'y accroche une densité surannée qui fait difficilement le pont entre le XVIIe siècle et le nôtre; ce syntagme issu de la traduction à partir du latin rend la transmission du message fort malaisée, alors qu'il est universel.

Du nuage sémantique que tresse le Thésaurus Bertaud du Chazaud autour de l'adjectif souverain, je retiens:

supérieur

  • majeur
  • prépondérant

libre sous le terme action

  • efficace
  • empirique
  • expérimental
  • pragmatique

Le souverain bien consiste à faire preuve d'une bienveillance

  • efficace envers soi: efficace par la place qu'elle accorde au corps qu'elle pilote,
  • empirique par les essais & erreurs que le corps s'autorise en vue d'épanouir en soi la bienveillance sous chaque prépondérance liée aux circonstances;
  • expérimentale car le corps accepte de prendre en compte le fait d'évoluer sur la ligne de son temps intérieur sans figement, sans sclérose;
  • pragmatique (un salut à W. James et à O. N. Whitehead !) en ce qu'elle optimise chaque geste qu'il pose en sa faveur, souvent avec ferveur...
  • prépondérante: elle a plus de poids aux yeux du corps que tout autre ancrage antérieur ! L'avoir essayée, expérimentée, c'est l'avoir adoptée par choix, par goût; surtout avec le degré d'exigence, de sérieux, de constance mis à la pratiquer;
  • qui est un bien majeur hérité du cadre ontologique novateur que représente, pour la conscience de soi, le spinozisme.

La sagesse populaire l'a gravé: On n'a que le bien qu'on se fait...

Mais la manière de faire importe bien sûr. Ce bien qu'on se fait n'est pas une indulgence qu'on s'accorderait, une entourloupe qui s'autoriserait à être... un piétinement d'autrui à son seul profit...

Ce souverain bien est comme le creusement d'un sillon tracé par le corps sur le chemin qui se grave sous ses pas. Et si la manière importe, que dire de la finalité de bienveillance majeure envers soi: la joie est sa marque.

Dissoudre la tristesse qui va dans le monde des humains sous forme d'une malveillance généralisée peut être un effet majeur de l'exercice quotidien de cette bienveillance. Le bienveillance dissout la tristesse tandis que la malveillance la sème... La bienveillance favorise la joie tandis que la malveillance la détruit.


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