Éthique IV, proposition 67:

L'homme libre ne pense rien moins qu'à la mort, & sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie.

Démontstration

L'homme libre, càd qui vit sous la seule dictée de la raison, n'est pas conduit par la CRAINTE de la mort (par IV, p. 63), mais DÉSIRE directement le bien (par IV, p. 63, coroll.), càd (par IV, p. 24) DÉSIRE agir, vivre, conserver son être, d'après le fondement qui consiste à chercher son propre utile (propium utile); & par suite il ne pense à rien moins qu'à la mort; mais sa sagesse est une méditation de la vie. CQFD. B. Spinoza, Traduction B. Pautrat.


Pierre Macherey résume ainsi la portée des sept dernières propositions (67 à 73) dans son Introduction à l'Éthique de Spinoza, IVe partie de l'Éthique (résumé, p. 438):

« La vie des [êtres humains] libres

[L'être humain] libre

  • appréhende toujours les choses d'un point de vue positif, ne pense qu'à la vie et jamais à la mort, que de ce fait il a cessé de craindre;
  • ne croit pas qu'il y ait de bien ou de mal en soi;
  • privilégie LA PRUDENCE qui le donduit à éviter autant qu'il le peut les obstacles, plus qu'à en triompher de manière offensive é inutilement ostentatoire.

[L'être humain] libre

  • n'attend rien des ignorants
  • & se passe de leurs offres de services;
  • ne place sa CONFIANCE que dans ceux qu'il reconnait également comme [êtres humains] libres,

ceci, en repectant dans tous les cas les règles de la politesse & de l'honnêteté.

Cependant l'[être humain] libre accorde une importance primordiale aux VALEURS COMMUNAUTAIRES, ce dont il donne lui-même témoignage en adoptant dans toutes les situations une attitude de DROITURE SANS COMPROMIS.

Loin de s'isoler de la collectivité, il estime que, sans elle & en dehors d'elle, sa liberté n'aurait aucun contenu. » 438


« Les notions de bien et de mal sont des modes de penser, des modes d'imaginer, donc des formes de représentation foncièrement inadéquates. » 376

« La quatrième partie de l'Éthique se termine en traçant une sorte de portrait de ce que serait la vie d'un [être humain] libre. » 376

« [C]e qui distingue l'existence de l'être humain qui est conduit seulement par l'affect de l'opinion de celle de celui qui est conduit par la raison: ce dernier

  • agit en connaissance de cause, seulement pour des choses dont il a reconnu que la valeur vitale est primordiale, qui sont en conséquence celles qu'il désire au plus haut point. » C'est bien utile de procéder ainsi en temps confinés...
  • « a acquis une vue précise de qui est seulement accessoire;
  • est enclin à répondre aux agressions [qu'il subit] par des comportements généreux & désintéressés. » (IV, 46) 377

LA VERTU

La vertu consiste à agir, vivre & conserver son être sous la conduite de la raison. » (IV, 24)

La vertu peut conduire, orienter, diriger, la vie affective en la tirant dans le sens de la recherche de l'utile propre

PLUTÔT QUE

la laisser ballotée au gré des rencontres que fait le corps avec les corps extérieures, par l'intermédiaire d'affects qui agissent sur [la conduite raisonnée] à la manière de forces étrangères. » 377-8

C'est ma liberté de voir dans ces forces étrangères le COVID-19 qui a soumis/asservi plus de trois milliards d'êtres humains à un confinement circonstanciel pour le respect de l'intégrité de la vie qui bat en nous.

« [Ces afffects] prennent ainsi la forme de passions aliénantes, ce qui constitue la cause principale de la servitude humaine. » 377-8 La serviture humaine a pour cause principale les passions aliénantes.


La mise à mort de nos servitudes évoquée dans le titre de cet article trace les contours du type d'être humain qui pourrait aussi sortir de confinement, le jour où il sera consenti que nos obéissances soient moins strictement respectées. Si ce virus reste présent à l'état endémique, les mesures de confinement ne seront pas toutes levées d'un coup, c'est la raison même. Notre "libération" sera progressive; la levée d'écrou sera conditionnelle.

En tant qu'humains conduits par la raison, nous serons fermement invités à agir « en connaissance de cause, seulement pour des choses dont [nous avons reconnu] que la valeur vitale est primordiale, qui sont la conséquence de ce que [nous désirons] au plus haut point. » P. Macherey, 377

C'est notre liberté de continuer "comme avant" dans nos errements ou, au contraire, d'y réfléchir & dès lors de contribuer activement à infléchir à la baisse la pression que notre espèce exerce sur la Terre, & peut-être pour nous montrer dignes d'être des Terrestres ancrés dans le vivant, au même titre qu'un chêne ou un ver de terre, car il nous immerge. Nous ne serions alors plus seulement des terriens qui croient tout pouvoir dominer.

Aurons-nous acquis pendant le confinement « une vue précise de ce qui est réellement important & de ce qui est seulement accessoire » ? 377 La pénurie de PQ et de farine, notamment plaiderait contre, non ?

Serons-nous « enclin[s] à répondre aux agressions [que nous subissons] par des comportements généreux & désintéressés » ? 377 Doutes infinis...


La prudence est en quelque sorte la voie médiane entre crainte & témérité.

La crainte provoquerait un repli inconsidéré, poserait d'intolérables balises à notre liberté intérieure, plus fondamentale que celle d'aller & de venir.

L'audace plongerait à nouveau le corps dans des salles de spectacles, de concerts, des cinémas où de grands nombres d'humains assemblés leur feraient probablement courir des risques inconsidérés.

C'est à mener le corps entre repli, auquel il convient, & risques, auxquels il contrevient tant qu'il est en son pouvoir.

Il s'agit pour le corps de passer inaperçu entre les gouttelettes... de salive.

Car la pandémie virale, une fois installée parmi les humains, continuera probablement à réclamer à bas bruit son quota de malades atteints par elle & de morts éteints par elle.

Même quand les médias à la solde des pouvoirs spéciaux en auront détourné leurs uniques feux...

Tiens, au fond, cette plaie de sauterelles sur l'Afrique... elle en est où ? Même le Guardian est silencieux depuis le 20 mars...


Quelques citations sur la servitude, extraites de l'Éthique sont accessibles en cliquant ici.

L'universalité, la souplesse aussi, des potions propositionnelles de SPinoza sont autant de fermetés qui assurent à la raison intuitive de se déployer avec à-propos.

Les sept propositions qui concluent la IVe partie annoncent évidemment la Ve partie intitulée « De la liberté ». Un long essai y est consacré sur Nulle part sous forme de lecture cursive.


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