Ce récent opuscule de Jean François Billeter, régulièrement suivi sur Nulle part, offre une mise en pratique de lois & de principes développés dans d'autres ouvrages. En quarante pages, il plaide en vue d'intégrer la construction européenne actuelle coincée dans une impasse au sein d'une République européenne qu'il appelle, de façon convaincante, de ses vœux. Il nous facilite l'accès aux idées d'une auteure allemande qui a écrit sur le sujet, et qu'il a lue, Ulrike Guérot 19; il les prolonge de quelques propositions complémentaires visant au pragmatisme de l'action afin de tracer un destin à l'Europe.

 Le principe d'intégration dont il a exposé les conditions d'une mise en place réussie dans Un paradigme puis dans Esquisses est ici mis en action. Il mobilise dans Demain l'Europe un enchainement de concepts qu'il a préalablement exposés dans ses ouvrages précédents (même éditeur). Ils lui offrent une grille de lecture opportune & une ligne de conduite, certes utopique, pour sortir du marasme dans laquelle ce citoyen du monde d'origine suisse nous sait englués.

Le principe d'intégration, la loi du fini et la loi de l'infini (sur laquelle s'adosse cette erreur fondamentale que représente le capitalisme...) sont familiers à celles & ceux qui l'ont déjà lu.

L'ouvrage se conclut par une « brève présentation d'une révolution philosophique » qu'il avait exposée dans Un paradigme et dans la deuxième partie d'Esquisses. Le précieux résumé que voilà.

Se conduit ici une prose gaillarde qui connote cet optimisme utopique, certes fort enviable... L'avenir s'y voit au temps du futur simple 38 & sv., tout empreint qu'il est d'une certitude à née à l'auteur d'une longue pratique de la langue & de la civilisation chinoises qu'ils a enseignées à l'Université de Genève. La Chine et le cartésianisme se pensent l'un contre l'autre. Descartes nous a engagé « dans une voie sans issue parce qu'il a commis l'erreur que commet invariablement le sens commun: il a considéré la conscience & les choses (extérieures au soi) comme données alors qu'elles sont sans cesse produites. » 40

Le fameux « Je pense donc je suis » cartésien ne l'est pas du tout... C'est parce que le soi pré-existe que s'observe le corps qui pense à l'intérieur de soi.

L'ouvrage conduit à ce paragraphe 38:

« Il s'agit aussi du destin de l'Europe. Elle doit trouver en elle la force de résister aux puissances qui veulent la démembrer et (la force) de s'affirmer à nouveau dans le monde, dans son intérêt et dans celui du monde car, pour l'instant, elle seule dispose des ressources qu'il faut pour avancer dans la voie tracée ici (dans l'ouvrage). Pouur le moment, elle seule peut opposer au capitalisme, non plus des raisons, mais la raison, & créer une société ouverte allant vers la satisfaction du besoin & du désir humains essentiels. Son histoire l'y conduit. Si elle réussit, ce sera le retour de la beauté. »

Finir par la beauté... Quelle élégance !

L'argument principal se lit évidemment dans l'oeuvre elle-même; elle est de petit prix, comme il est souvent de tradition chez cet éditeur.

 


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