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En attendant d'en faire un essai en bonne & due forme, avec une table des matières facilitant la lecture, ceci, extirpé à l'oeuvrage billeterien (2010). Ressentir comme essentiels les apports de cet ouvrage sans encore pouvoir les conceptualiser ni en percevoir tous les atours. Juste s'y plonger. Le nombre de remises sur le métier s'observera, jusqu'à ce que le temps de l'intégration soit atteint, voire dépassé. C'est une fois dépassé qu'un état neuf se constate en soi.

Si vous cliquez sur la couverture, l'auteur s'exprime dans une courte vidéo sur son propos.


Les fondements que l'auteur cerne si bien à l'occasion de son Essai sur l'art chinois de l'écriture peuvent aussi profiter à d'autres pratiques artisanales, comme le travail du cuir, du bois, de la pierre, la peinture, etc. L'ample culture de l'auteur ne manque pas d'ailleurs de convoquer plusieurs peintres de renom, tels Bonnard, Matisse, Giacometti & d'autres.

Une autre lecture peut aussi y trouver matières à y fonder la vie qui coule en soi. C'est en ce sens que de nombreuses définitions dont l'auteur persille son texte se révèlent utiles.

Le nombre de fois que remettre sur le métier va être essentiel s'observera jusqu'à ce que le temps de l'intégration soit atteint, dépassé puis sublimé. C'est une fois dépassé qu'un état se constate en soi.


Deux formes de désordre guettent l'écriture chinoise:

  • la confusion
    • par désagrégation
    • par désalignement (flottement sur la ligne),
  • & la discontinuité

Il est deux exigences à équilibrer: chaque caractère doit se voir doté

  • « d'une identité propre immédiatement identifiable
    • afin d'éviter toute forme de confusion
  • & en même temps de propriétés qui fassent de [chaque caractère] l'élément d'une chaine continue
    • de manière à prévenir tout effet de discontinuité.» 31
    « Ces deux exigences sont à la fois complémentaires et contradictoires. » 31

Dans un premier temps, l'esprit de géométrie pourvoit à cet équilibre. Spinoza en a fait une façon de philosopher dans l'Éthique. Il lui faut toutefois s'adjoindre l'esprit de finesse. Spinoza se l'est pareillement adjoint, notamment dans les scolies et les textes périphériques aux propositions (préfaces, annexes, etc.). Il y donne libre cours à son intuition rationnelle. Il s'agit ensuite d'intégrer l'esprit de finesse au sein de l'esprit de géométrie. Autrement dit, conserver l'esprit de géométrie tout en donnant libre cours à l'esprit de finesse.


Voici ce qu'entend l'auteur par intégration: I n°5 p 18
Il s'en était ouvert dans un autre ouvrage, précédemment lu. « Le geste fournit un paradigme, celui de l'intégration. » C'est au moyen de l'acquisition progressive d'un geste nouveau de mieux en mieux maîtrisé que J. F. Billeter nous fait saisir l'idée centrale de sa proposition de paradigme: l'intégration. Le paradigme mis au jour par l'auteur est centré sur la relation « entre le degré d'intégration de notre activité et la qualité de ce que nous éprouvons, à un moment donné, comme la réalité présente ». Un paradigme, V, n°21 p96 & VI, n°26, p 117. Plus un geste est intégré à la matrice corporelle, plus il devient maîtrisé.


La source du sens de la forme qui permet au calligraphe de donner corps au caractère est la capacité de donner corps, càd le sens du corps.

Le calligraphe donne

  • « corps au caractère
  • & un sens appartenant au corps.

Le sens du corps prend ainsi une signification double. » 50

« Le sens du corps pourrait avoir une dimension supplémentaire: ce ne serait

  • pas seulement un sens propre au corps permettant de donner corps à une forme,
  • mais en outre un sens permettant de faire de cette forme une représentation de notre corps. » 54

Ces trois dimensions, si elles s'avèrent liées, alors « le sens du corps désigne une faculté unique [permettant de comprendre]

  • d'où naissent les formes calligraphiques
  • & comment le calligraphe accomplit... la très complexe opération d'intégration des formes dont résulterait
    • une cohérence interne du caractère,
    • son autonomie
    • & par conséquent sa lisibilité. » 54.

La lisibilité calligraphique dépend de deux exigences fondamentales:

  • autonomie
  • & continuité. 56

L'autonomie de chaque calligraphe face aux formes qu'il dessine, ainsi que la continuité d'une forme à l'autre créent entre elles, par-delà la cohérence interne de chaque caractère, une continuité. Cette autonomie & cette continuité débouchent sur une lisibilité calligraphique. Cette dernière est porteuse du sens profond. La démarche en linguistique pragmatique chère à F. Richaudeau prolonge ce sens de la lisibilité à la phrase française (via la syntaxe, etc.), au paragraphe & au texte.


Le sens du corps

  • « nous permet de saisir intuitivement la réalité de notre corps
  • & nous donne en même temps le pouvoir
    • de donner corps aux caractères,
    • voire de faire d'eux l'expression de notre vécu corporel. » 183
    D'une personne à l'autre, le sens du corps est inégalement développé.

D'autre part, chez une même personne, « le sens du corps n'est pas toujours également éveillé. Nous écrivons plus ou moins bien selon les moments & nous devons parfois nous ressaisir pour écrire lisiblement, pour revenir d'une désorganisation relative

  • à une organisation plus serrée de notre activité,
  • à une mobilisation plus grande de nos énergies,
  • à une attention plus soutenue aux gestes que nous accomplissons. » 184

« Il faut que nous habitions mieux notre corps pour être plus présents à ce que nous faisons. » 184


Habiter mieux notre corps consiste à

  • organiser nos activités de manière resserrée,
  • mobiliser davantage nos énergies,
  • soutenir l'attention que nous portons aux gestes que le corps accomplit.

Nos mouvements

  • deviennent
    • plus lents,
    • plus amples,
  • transforment notre état général.

Énergies mieux mobilisées, une activité plus organisée, une plus grande tenue intérieure, autant de phénomènes qui sont favorables à notre état général.

Se décèle dans ces considérations appliquées à la calligraphie chinoise une portée plus générale ayant trait à la manière dont la conscience donne du sens à notre corps dans la conduite cohérente de la vie autonome qui coule en lui.


Corps propre / corps objet

Le corps propre est notre corps, « celui dont nous ressentons directement la présence. » 186

Comme le corps propre « est l'ACTIVITÉ que » nous percevons en nous-mêmes « de façon continue, même lorsqu'il nous n'y prêtons pas attention. »

« Nous sommes faits d'une ACTIVITÉ qui est sensible à elle-même & se perçoit elle.même. » C'est l'ACTIVITÉ PROPRE.

Cette activité propre

  • est « la matière première de notre réalité vécue.
  • Il est impossible
    • de l'isoler (au moyen de l'esprit de géométrie ?)
    • & de la désigner comme nous désignons un objet.» (au moyen de l'esprit de finesse ?) 187

Confrontés à cette double impossibilité (l'isoler, la nommer), « il nous faut ABSTRAIRE [l'activité propre] de notre expérience concrète par un patient travail

  • de la sensibilité / l'esprit de finesse ?
  • & de la pensée./ l'esprit de géométrie ?

Il nous faut EXTRAIRE [l'activité propre] comme on extrait une essence. » 187

L'activité propre est

  • à l'origine du rapport à soi
  • à l'origine de notre rapport au monde.

« Le SENS par lequel ... [l'activité propre] se perçoit elle-même, nous l'appellerons le SENS PROPRE. » C'est le toucher intérieur.

Les disciples d'Aristippe de Cyrène parlaient de TACTUS INTIMUS. (d'après 187). Montaigne: « l'interne attouchement comme la douleur & la volupté ».

= Cénesthésie, qui « désigne la même chose que le sens propre ». Jean Starobinski la nomme conscience du corps.

« Car il nous faut bien que nous nous sentions exister pour pouvoir

  • établir avec le monde un rapport subjectif,
  • dire que nous sentons quelque chose,
  • dire que nous voyons quelque chose,
  • ou que nous entendons quelque chose. »

L'ACTIVITÉ PROPRE

  • « est le fondement de notre rapport à nous-mêmes;
  • elle est en même temps le fondement de notre rapport au monde. » 188

L'activité propre fonde le rapport que nous établissons avec soi & avec le monde. L'activité propre sert de fondement pour établir notre rapport

  • à nous-mêmes/à soi
  • au monde.

« Ces deux rapports sont

  • indissolublement liés
  • consubstantiels [l'un à l'autre] »

Chaque « modification de notre activité propre entraine toujours une modification conjointe » de ces deux rapports à soi/au monde.


Le CORPS-OBJET est le corps de l'autre, « celui que nous percevons du dehors comme un objet & dont nous avons... une représentation visuelle. » 186

La concentration que nécessite cette lecture rapprochée est payée en retour par l'extraction de la matière textuelle offerte par l'auteur, il est exceptionnel, en chacun de ses ouvrages, ils comptent, de CARACTÈRES DÉFINITOIRES. Ces termes, qui lui sont propres, lui sont utiles pour décrire le plus opérationnellement possible la qualité des gestes à poser en calligraphie. Celle-ci peut à son tour servir de métaphore à la vie même dont chacune/chacun peut s'essayer à en parfaire continument le parcours, le tracé, la voie, le cheminement, l'activité, la façon que nous avons d'observer le fonctionnement des choses.

« Lorsque nous écrivons un caractère [chinois]... c'est notre activité propre qui se projette [dans l'espace de la feuille]. » 188 Notre activité « se projette ainsi dans l'espace, c'est qu'elle est spatiale par essence au même titre qu'elle est, par essence, sensible à elle-même. » 188


« Nous dirons que LA SPATIALITÉ est

  • l'une des qualités essentielles de l'activité propre, »
  • l'un des caractères définitoires de l'activité propre, l'un de ceux qui définissent de quoi l'essence de l'activité propre se compose.

Les deuxième formulation est propre à la terminologie notionnelle, dont les outils sont ici mis au service des apports de l'auteur.

J F Billeter nous promet d'autres qualités essentielles « plus loin ». Le CORPS PROPRE se découvre ici sa propre SPATIALITÉ ORIGINELLE.

« Cette découverte de la SPATIALITÉ ORIGINELLE du CORPS PROPRE nous autorise à compléter la relation établie plus haut: les variations de notre activité propre entrainent nécessairement

  • des modifications conjointes
    • de notre rapport à nous-mêmes
    • & de notre rapport au monde extérieur
  • mais aussi, du même coup, des changements concomitants de la perception que nous avons
    • de notre espace propre
    • & de l'espace extérieur.

Plus notre activité propre s'accroit, plus nous avons une perception nette

  • de l'espace du dedans
  • & de l'espace du dehors.

L'accroissement de notre activité propre entraine le renforcement de notre pouvoir de PROJECTION. » 188-189 (voir plus bas)

Grâce à une perception de la spatialité de notre corps propre, « notre sentiment de la réalité est fonction de notre activité propre. »

Il existe une connexion essentielle entre sept aspects de notre expérience la plus intime. J F Billeter les énumère:

LE SEPTUOR

  • notre activité propre,
  • & notre sentiment de la réalité;
  • notre présence à nous-mêmes,
  • & notre présence au monde;
  • notre sens du corps,
  • & notre sens de l'espace;
  • notre pouvoir de projection.

Ces sept aspects définissent les caractères de notre actitivité propre. Ils en constituent les caractères définitoires.

Si notre activité propre

  • s'intensifie,
  • faiblit,
  • se modifie,

« tout ce qui lui [est] lié en vertu de cette connexion essentielle

  • s'intensifie,
  • faiblit,
  • se modifie

DE CONCERT. »


UNE CONCERTATION

Notre perception de la spatialité fait donc varier ses sept caractères définitoires avec la même amplitude. C'est un peu comme si ce concert était emmené par un chef d'orchestre dont l'unique baguette activait l'ensemble de l'orchestre dans le même sens, ce que l'on attend très précisément d'eux tous !

À suivre, ce que l'auteur nous dit de la capacité de l'activité propre du corps, déjà pourvu d'une perception de sa propre spatialité, à se projeter au dehors.


PROJECTION

« Tout notre  rapport au visible, & même au réel, est sous-tendu par la projection. » 214 La projection est un phénomène complexe & variable produit par le corps propre. C'est par lui [le phénomène ou bien le corps propre ? Grammaticalement, j'hésite.] que

  • le dedans & le dehors communiquent,
  • se font tous les échanges avec le monde.

La projection où le corps propre est la source de

  • toute spatialité,
  • toute organisation de l'espace,
  • toute image perçue ou produite.

Le processus de projection se confond avec la trame même du visible. » 214

Le phénomène de la projection est un processus complexe & variable qui se confond avec la trame du visible.


Le sens du corps

  • est « la perception plus ou moins
    • développée
    • organisée de l'activité propre par elle-même.
  • & est la capacité
    • développée
    • & organisée en proportion
    de se projeter au dehors. » 214

Une des qualités essentielles de l'activité propre est d'être perfectible.

« Il est en nous

  • de FAIRE ÉVOLUER notre activité propre,
  • de l'enrichir
  • & de la perfectionner PAR L'EXERCICE. » 214

L'exercice fait évoluer, enrichit et perfectione notre activité propre. En quoi consiste cet exercie qui a le pouvoir de faire évoluer, d'enrichir & de perfectionner notre activité propre ?

« Nous pouvons

  • aviver,
  • affiner,
  • unifier notre activité propre,

et par ce moyen

  • aviver,
  • affiner,
  • unifier notre perception
    • de nous-mêmes
    • & du monde. »

 Si nous le voulons, « cela nous donne le pouvoir

  • de reprendre,
  • de poursuivre,
  • & de parachever l'aventure que nous avons abandonnée au sortir de notre enfance. » 214-5

L'enfance ?

Vingt pages auparavant (192-5), J F Billeter s'en explique à l'occasion de la manière dont nous percevons l'espace.

« Il n'est pas trop de dire que l'espace

  • que nous percevons est toujours notre oeuvre,
  • que c'est en toute circonstance le corps propre qui ... conçoit [l'espace], l'enfante & le met au monde. »

« Cette invention de l'espace & la découverte du monde qui s'est ensuivie sont des évènements dont nous perdons le souvenir une fois que notre perception "normale" de la réalité extérieure est assurée, mais qui n'en laissent pas moins une empreinte indélébile au fond de notre subjectivité. »

 La page 193 contient une reconstitution essentielle, adossée à un ouvrage du psychanalyste M. Sami-ALi (L'espace imaginaire, 1974):

« On peut tenter de reconstituer comme ceci cette aventure décisive. Pendant les premières semaines, l'existence du nouveau-né est entièrement dominée par sa relation avec la mère qui le nourrit. Lorsqu'il tète ou s'endort dans ses bras, il forme avec elle un système d'échanges clos et perçoit ensemble, sans les distinguer, son propre bien-être et la présence de l'être qui le lui assure. Si sa mère le quitte subitement ou n'apparait pas quand il l'appelle, il ressent son absence comme une menace d'anéantissement: il se trouve confronté à une perte virtuelle de la mère & de lui-même. Comme il est inévitablement soumis de manière répétée à cette épreuve angoissante, il cherche une parade & la trouve lorsqu'il parvient à imaginer la mère absente, càd à imaginer l'existence de sa mère avant même qu'il ne perçoit plus sa présence. »

 Au verso (p. 194) se prolongeant sur la page suivante, ceci:

« Si cette reconstitution du processus est juste, il n'est donc pas exagéré de dire que le bébé

  • invente le corps d'autrui à partir du sien.
  • Il invente le corps de l'autre en projetant sur lui l'unité fondamentale du corps propre. »
  • C'est en projetant
    • son corps propre,
    • le dedans de soi, sur le dehors de soi que cette « connivence naturelle qui existe entre les choses et nous vient de là. »

L'espace objectivé (le dehors de soi) « reste secrètement marqué par la relation à la mère dont il est issu en premier lieu.

  • L'espace du corps propre
  • & l'espace extérieur restent liés comme deux vases communicants.

Nous sommes tous marqués par cette aventure oubliée. Nous gardons au fond de nous la trace

  • des émotions heureuses
  • ou malheureuses,
  • de liesse
  • ou de terreur, que nous avons éprouvées au cours de ses péripéties & nous les retrouvons hors de nous dans l'espace: l'espace nous parle de nous-mêmes. » 195

La caution qui s'accorde à cette plongée dans nos premières semaines par l'auteur est très précieuse à mes yeux. D'autant mieux d'ailleurs qu'il revient à son propos principal ensuite: la calligraphie chinoise. Il nous expose (190) d'abord l'exaltant sentiment de plénitude qu'il a personnellement ressenti lors de sa découverte du sens de la projection qui se traduit par « un sentiment d'une présence accrue à [soi]-même & aux choses. » 190 Il lui était devenu évident « que le calligraphe donne corps au caractère en y transférant l'activité de son corps propre. » (id.)


NOTRE POUVOIR DE PROJECTION

« Nous ne voyons pas l'espace, nous le projetons hors de nous. ... L'espace que nous percevons est toujours notre oeuvre. C'est en toute circonstance le CORPS PROPRE qui conçoit [l'espace], l'enfante & le met au monde. » 192


Se comprend également mieux désormais d'où l'auteur procède dans un ouvrage postérieur, en sa 31e Esquisse, pour aviver, affiner, voire même s'emploie à unifier la philosophie de Spinoza (in Éthique) avec ces deux ajouts essentiels à « persévérer dans son être »: « Le désir de progresser et de s'accomplir est plus fondamental que le simple désir de continuer, de persévérer dans son être. ».

Une dernière citation, le paragraphe conclusif du chapitre 6 intitulé Le CORPS PROPRE:

« Notons que le travail que le sujet incarné accomplit de la sorte sur lui-même est une dimension de l'expérience

  • que la civilisation occidentale a peu explorée
  • & que nous sommes donc mal préparés à comprendre,
  • mais qui nous est familière à tous les Chinois de culture traditionnelle
  • & qui se trouve au coeur de la philosophie chinoise. » 215

Hasard objectif = « Instant fulgurant pendant lequel

  • le réel
  • & l'imaginaire

soudainement coïncident. » 212

Un hasard est « un accident que la conscience ne peut qu'enregistrer passivement. » 212

A. Berque définit ainsi la contingence:

 CONTINGENCE  La contingence se situe entre le hasard et la nécessité. Pour la contingence, « Les choses pourraient toujours être autrement qu’elles ne sont, mais elles sont concrètement ce qu’elles sont en fonction d’une certaine histoire &d’un certain milieu, qui ont du sens pour & par un certain interprète » qui est un sujet individuel ou collectif. Pour définir le lien entre langue et pensée, pas de causalité mais de la contingence. Le terme provient se co-toucher (cum tangere).  Poétique de la Terre 207 & PT §32 150

Le hasard objectif de J. F. Billeter & la contingence telle que définie par A. Berque me semblent proches.


« Le CORPS ACTIF est le CORPS PROPRE tel que nous le percevons dans l'action. » 224

Ce troisième terme défini complète celles du corps-objet et du corps propre.


LE STYLE AUTHENTIQUE

« Nous jugeons une personne à l'action qu'elle exerce sur nous. » 320

Devenir meilleur consiste à

  • ordonner,
  • unifier,
  • augmenter

sa propre activité de calligraphe &, à cette fin, le sage

  • a ordonné sa vie,
  • a combattu
    • la hâte,
    • la dispersion,
    • l'inattention,
  • a renoncé
    • aux vaines ambitions,
    • aux soucis superflus.Réorchestré d'après 320.

Cette façon de devenir meilleur permet de développer un style (d'écriture calligraphique) authentique. « Le style authentique est aussi moral par l'effet qu'il produit sur nous. Sans que nous comprenions comment, il nous incite à réaliser nous-mêmes une forme de vie supérieure. » 320

Cette supériorité se mesure uniquement par rapport à l'antériorité de soi & non par rapport à d'autres personnes.


« Nous pouvons non seulement préserver, mais développer & affiner la vie qui est en nous. » 361

Il nous est possible, il nous est loisible, il est en notre pouvoir

  • de préserver,
  • de développer
  • & d'affiner

la vie qui est en nous.

Grâce à quoi la vie qui est en nous se préserve-t-elle, se développe-t-elle, s'affine-t-elle ?


LE TEMPS PROPRE

De tous les philosophes qui se fréquentent sur Nulle Part, J F Billeter est celui dont les propos sont le plus parfaitement servis par une écriture au débit limpide, fluide, travaillée si bellement que rien d'obscur ne résiste à l'exposé ainsi optimisé. Il semble que cet Essai sur l'art chinois de l'écriture & ses fondements, surtout ceux-ci, équivaut en importance à l'Éthique dans un parcours personnel. L'Essai joue, à mes yeux à tout le moins, le rôle d'oeuvre centrale dans l'ensemble de l'oeuvre billeterienne.

L'ouvrage s'était endormi dans une boite de couleur orange, effleuré sans jamais avoir été approfondi. C'est à son temps propre qu'il entre dans le champ de la conscience actualisée. Il catalyse en quelque sorte ses apports.

Le travail entrepris sur soi consiste à SE DÉPRENDRE DU MONDE (l'expression est de H. Michaux, cité par J F Billeter). Le Grand Robert précise que se déprendre consiste à se dégager de ce qui retient ou immobilise; se détacher.

Cet Essai etc. tombe à point nommé pour relancer le processus dynamisant dans lequel le CORPS DE SOI est engagé depuis plus d'une décennie. Il est probable que cette expression forgée en moi il y a longtemps, le corps de soi, se définisse de la même manière que le CORPS PROPRE (voir plus haut).


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