C'est une entreprise de clarification à laquelle l'auteure déclare vouloir se livrer:

2017 2020
Merci de cliquer sur la couverture pour lire ce qui s'en est écrit sur Nulle Part lors de la parution de l'ouvrage.
 

La comparaison des deux tables des matières indique déjà la profondeur du processus de réécriture. Madame Stengers s'en explique dans l'avant-propos. À nouveau, une belle authenticité... Merci à Bruno Latour qui a osé, lui, contrairement aux deux directeurs de collection de la première édition lui dire son fait ! Sur Nulle Part, un constat déjà susurré... La lecture de la réécriture s'entreprend, chevillée au coeur la quête d'enfin comprendre ce que A. N. Whitehead nous veut et pourquoi il est tellement essentiel aux yeux de la philosophe bruxelloise.


Atteindre l'âge de la sagesse et soudain s'entendre penser

  • qu'un ouvrage récemment publié se comportait comme si « une plainte vena[i]t de la bouteille livrée à son destin »,
  • que des « précisions protestaient, car elles venaient trop tard »
  • que même Whitehead se demandait ce que [l'auteure] lui voulai[t]... Avant-propos, p.7

Et qu'autant de plaintes, de protestations, d'interrogations personnelles aient « trouvé un interprète puissant en Bruno Latour qui [lui] a reproché de [s']être laissée aller à écrire

  • rêveusement,
  • pour des amis,

pour celles & ceux qui, indulgents,

  • sourient,
  • comprennent
  • & pardonnent. » id

Écrire pour des amis
L'auteure continue: écrire pour des amis, c'est, c'est compter sur leur indulgence, et cela signifie qu'on a été indulgente avec soi-même. Ou alors trop inquiète, trop préoccupée par le changement de position qui [lui] était demandé. 8

Ce bel exercice d'autoapprentissage avec l'aide d'un ami, au-delà des connivences, capable de dire NOTRE ressenti (à nous, les insignes, qui rémunéront ses éditeurs...), et même d'être ENTENDU. Car les lectrices, les lecteurs d'I. Stengers qui ne la connaissent pas ne jouissent pas auprès d'elle d'une quelconque "autorité" pour lui susurrer qu'elle n'écrit pas souvent clair ! Nulle Part en a été le réceptacle à au moins deux reprises... Sans résultat. L'invisibilité tenant à l'évanescence de la toile numérique ? Peu importe, finalement car ne se comptent plus le nombre d'ouvrages stengersiens — la fille, car le père écrivait en trempant sa plume dans une encre limpide ! — jamais lus jusqu'au bout tant ils étaient brouillonnement écrits.

Cette réactivation-ci, ce réarrangement conceptuel, cette réarticulation thématique bénéficient-elles d'une écriture tenant compte de celles et de ceux qui la lisent de loin ? Voire de loin en loin...

Une constance au long cours

Cela fait quarante ans qu'I. Stengers nourrit une bibliothèque personnelle: cela remonte à La nouvelle alliance d'I. Prigogine, livre auquel elle avait déjà contribué, en se faisant d'ailleurs déjà amplement corriger - lu quelque part dans un entretien, source manquante -, comme cela lui est également arrivé avec Madame Bensaude-Vincent dans deux ouvrages qu'elles ont coécrits. Lire avec acuité, avec une constance au long cours, c'est aussi percevoir d'emblée que l'auteure compte(ra): la moindre pépite entrevue se met à rayonner de façon pérenne & justifie tant de gravats incompréhensibles... de scories coconstruisant maints terrils !

Écrire, ça se travaille évidemment. C'est un métier, très différent de celui de philosophe. Comme traduire, d'ailleurs. Cet autre débat s'incarcère dans la difficulté de plume qui ne purifie pas les concepts constructivistes de façon toujours très constructive... Je suis curieux de lire si cette fois l'ouvrage aurait l'insigne politesse de nous "révéler" l'expression anglaise que le GECo traduit par « sens commun »... Cela semble être un thème central dans l'oeuvre de Whitehead.

L'entreprise de centrage d'une écriture sur la clarté/clarification de propos déjà tenus en vue d'un partage sincère de savoirs accumulés fait-elle cette fois preuve d'empathie avec ses lectrices/lecteurs ? C'est à cette vérification que cette plume-ci va aussi s'employer...

Syntaxiquement, la phrase de l'auteure s'est allégée. Conceptuellement, c'est autre chose: Whitehead reste un philosophe mathématicien compliqué, même si sa phrase est souvent d'apparence simple. C'est quand le décodage se profile que la gaine se resserre... aussi bien chez Didier Debaise que chez Isabelle Stengers.


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