La lecture de l'ouvrage, entre reprises & approfondissement, se poursuit. 

L'éternité: indéfiniment
ne pas y croire sauve
de tant d'errements

La vivre, tout simplement,
telle que le corps l'ancre
pour l'intégrer en chaque instantanéité,

sans s'encombrer
de falbalas infondés
Il se peaufine de la sorte

tant d'ouvertures,
multipliant les multiples,
dont chaque bifurcation

est porteuse de croisements neufs,
aux carrefours de lectures
englobant ces multivers

qui s'entreconçoivent
aux confins de formulations
philosophiques aux parcours

astronomiques Leurs écritures ouvertes
sur tant de possibles soulevés
se donnent des visages

gerbés de gerçures germinatives
tout au long de leurs fils réflexifs
se tissant d'adossements instruits

à des concepts qui s'enspiralent
sur les immensités du hors-soi
Chaque spire éloigne

de simplismes infondés,
à partir d'un point central
où elle nait Chacune époustoufle

la précédente par la
diversité des possibles
qu'elle convoque & assemble,

en méditant déjà en sous-main
sur la boucle suivante
La limite conceptuelle est

à taille humaine,
pas astronomique,
elle, de dimension énergétique

Décloisonner les finitudes,
les plurelliser aux coeurs
de multiplicités conduites,

sur la crête d'autant de vagues
puissantes qui trouvent à déferler
en de récents ouvrages

C'est ainsi que prend place une
bibliothèque aux choix resserrés,
à l'aune de leurs multivers pluriformes

dans l'ombre des très grands nombres
tapis au-delà
des indéfinis♣


2017 ↑2018 ↑

Rien n'est en vrac, nulle part. 23

MULTIPLICITÉ

« Le temps est venu peut-être de formuler l'intelligence du concept de Multiplicité.... [Il] a trouvé une forte résonance dans la philosophie contemporaine, notamment ... [en abandonnant] la croyance selon laquelle tout le réel devrait s'avérer convergent ou se soumettre à un fondement d'une trop grande généralité, issu de la raison humaine. » 9

« L'idée de multiplicité veut dire plutôt qu'il n'y a pas d'exception authentique, ni de fondement parfaitement intact.... Une forme peut s'extraire du chaos... Il n'y a pas d'ontologie capable de renouer avec un fond indemne, une nature en retrait de tout. S'il y a des problèmes écologiques graves, il faut en conséquence trouver les mots justes. ... Les fins de l'homme ne font pas la fin d'un monde. » 10-11

Les catastrophes auxquelles la vie aura échappé, elle qui prend des formes multiples, ... « la philosophie ... peut

  • suivre les bifurcations,
  • en intensifier les parcours.

Ces forces vives obéissent à la voie « d'une exploration de l'Évènement, de ce qui arrive en propre, d'une métamorphose inattendue inscrite au cœur le plus sordide

  • de la destruction,
  • de l'extinction
    • qui n'est jamais sans restes,
  • de l'éradication
    • qui n'est jamais sans libérer quelque fragment vital. » 11

Les plurivers* sont irréductibles à tout univers. L'auteur réaffirme sa « passion des multiplicités. Une philosophie... qui trouve des précurseurs dont le système n'a jamais consisté en un achèvement... » 11

L'auteur considère les catégories comme une doctrine rivale de celle des multiplicités où « les échanges, les souffles & les flux suffiront. » 19 C'est évidemment nettement moins reposant que de vivre dans un monde où les catégories sont figées une fois pour toutes. Les multiplicités ouvrent le champ des possibles, elle le dynamise en quelque sorte. C'est nettement plus vivant, vivace même.  Et il y a tant de possibles/de possibilités que chacun·e peut y creuser son chemin propre.


* Le néologisme plurivers, nous le devons à W. James, apprends-je dans Le Matricule des Anges de Novembre 2018, sous la plume de l'excellent Jean-Clet Martin dans le dossier consacré à Borges.

CCe premier graphique réalisé avec le logiciel FREEMIND permet de mettre en valeur la complexité du raisonnement de l'auteur tout en le désincarcérant d'une structure syntaxique fort complexe, même si elle reste toujours claire. Le constat se pose souvent en philosophie: la phrase philosophique voisine davantage au paragraphe qu'au simple enchainement sujet + verbe + complément. Cela n'enlève rien de l'intérêt à les lire mais la démarche entreprise ici vise à clarifier. Il me semble qu'ici l'arborescence complexe  profite de ce petit logiciel gratuit de gestion d'arborescences complexes.

 

Une seconde arborescence, ci-après, constitue davantage l'assemblage de quelques caractères définitoires de la multiplicité.

 

 


HYPOSTASE

Un autre terme apparait fréquemment sous la plume de l'auteur: hypostase. Il n'appartient pas exactement au Vocabulaire de base du français moderne ! Il consacre quelques paragraphes 17-18 au concept en l'associant à la multiplicité, montrant comment Plotin l'utilisait. Mais il ne définit pas le terme à proprement parler. J'ai dès lors cherché à en rassembler quelques synonymes:

  1. le synonyme le plus utile que j'aie trouvé semble être level of reality, niveau de réalité, utilisé par Stephen Law (Philosophy, Dorling Kindersley, Eyewitness companions, 2007, p.56);
  2. Lucien Jerphagnon, en ses Portraits de l'antiquité, confirme en resserrant encore la synonymie sur réalité: « Chaque hypostase, chaque réalité. »

Par ailleurs, l'auteur revient dans son avant-dernière hypostase intitulée « Du combat » sur le terme: elle n'est pas une extase, nous confie-t-il, le préfixe HYPO « est l'indice

  • d'une certaine lenteur,
  • d'un sous-régime,
    • d'où se ramasser
    • et se relancer
  • une espèce de chute ascensionnelle
  • un art
    • de tomber sur soi
    • de s'effondrer en chute libre
    • et de TROUVER, dans le sol, la dispersion des forces qui pourtant nous retournent vers le soleil. » 162

Il continue: SOL & SOLEIL sont liés, « le sol récupère les reflets du soleil & nous laisse

  • monter
  • OU descendre
    • DE la matière vers l'âme
    • OU DE de l'intelligence vers l'âme animant toute chose sans lui appartenir. » 162

Âme & Intelligence se fréquentent peu sur Nulle Part, comme termes, puisque je n'emploie NI l'un NI l'autre; Cependant, le mouvement

  • À LA FOIS d'ascension
  • ET  de descente en soi

est bien celui-là qui se répète ici sous la forme d'un ancrage du corps dans le sol, son havre, relié

  • à la matière même de la matrice
    • qui nous héberge
    • & nous consent, la Terre, y compris en son noyau liquide
  • & à l'énergie universelle de nature astronomique.
 
 La matière-Terre,
from Bunpei Yorifuji,
La vie merveilleuse des éléments

Cette énergie universelle, nous en devons possiblement le flux au soleil, étoile centrale de notre système solaire, lui-même partie prenante de la voie lactée, qui est notre vaisseau universel & porte le nom de galaxie. La pluralité indéfinie des galaxies proches de la nôtre justifie les déclinaisons à la fois de William James (pluriverse) & leurs élaborations philosophiques dans les oeuvres de Jean-Clet Martin (Multiplicités, notamment) et d'Aurélien Barrau (Univers multiples, en lecture). C'est à ce travail de nature philo-astronomique que ce syncrétisme-ci présente au façonnage de la plume qui anime Nulle Part.

L'insistance typographique sur les mots-lien OU, NI/NI, À LA FOIS/& trouve personnification dans le tétralemme mis au point par un philosophe japonais & revisité par Augustin Berque. (Voir Destin de l'objet pour un développement)


Le vocabulaire des philosophes

Les philosophes professionnels soupçonnent-ils, parfois, les multiples difficultés de vocabulaire qu'ils ont intégrées dans leurs ouvrages pour nous présenter leurs approches ? Autant d'embûches qu'il nous revient de surmonter si nous voulons nous saisir pleinement des richesses de leur message. Heureusement, Jean-Clet Martin n'abuse pas trop de terminologie philosophique. Il aurait même davantage tendance à porter plume poétique par moments, sans que cela rende la tâche de lecture plus aisée par ailleurs !


Le dernier paragraphe de l'introduction de cet ouvrage-ci, en lecture, insiste sur quelques noms de philosophes « appartenant à des âges du monde qui ne s'enchainent plus sous un cours linéaire. [Ces philosophes] sont « des paysagistes sans égal quand il est question de l'espace mental et de son concept devenu réel. [Ces paysages de la philosophie] connaissent des cartographies insolites.

  • Spinoza en est certainement le plus remarquable. » Et voilà où Nulle Part voulait en venir...
  • « Et Leibniz , sous ce rapport, n'a peut-être rien à lui envier lors qu'il compose d'un trait... La Monadologie.
  • Mais le plus curieux, le plus inclassable, le plus ancien tout autant, se reconnaît dans l'étrange beauté de Plotin qui finit son existence, dit-on, en lépreux.
  • ... Deleuze et Derrida ne manqueront pas moins d'effrayer la pensée consensuelle de notre temps créant, dans la multiplicité chaotique du réel, des parcours incomparables qui témoignent bien
    • de la naissance d'une subjectivité,
    • d'une individuation au bord de l'extrême et du singulier. » 12

En voiture, Simone !


Pour la moindre pousse végétale, la capture des flux résulte d'une conspiration

  • entre l'intensité formelle du diagramme qui structure son dessin
  • et les flux qui sont emmenés, voire dirigés, un moment captifs, dans ce diagramme structurant♣ D'après Jean-Clet Martin, 37

C'est à la redirection, voire au redressement, ordonnés selon le propre schéma structurant de l'oeil que la main humaine s'attèle en taillant certaines arborescences fruitières ligneuses♣ L'attention portée au geste est un gage d'une fructification gratifiante ultérieure♣


Reprises

MULTIPLICITÉS, l'ouvrage, donne lieux à des reprises plus profondes qui sont autant de distillations de sens pluriels se raccrochant au réel ultracontemporain d'un corps, au gré du vent qui le porte - ou pas !  Chacune est nourrissante en équipant la réflexion d’approfondissements solaires. Leurs formulations Martiniennes sont autant de fulgurances traçant sur chaque Multiplicité, chaque Bifurcation évoquée, une lumière ciselée à l’aune de grands maitres inspirants, sur une ligne labyrinthique temporelle & spatiale englobant dans une même respiration syntactique & sémantique Plotin, Spinoza, Deleuze & Derrida, entre autres.

Est-ce au nombre de reprises d'un ouvrage qu'une lecture plurielle, tant les portes d'entrées sont variées, pressent qu'il pourrait bien devenir essentiel ?


Un écartement convenable trouve aussi à s’y substancier différemment:
« Deleuze… cherche un écart qui n’appartienne

  • ni à la courbe
  • ni à la tangente
  • mais témoigne de quelque chose de quasi-incorporel, un incorporel où se brassent les évènements… » 89

De cet écart, Jean-Clet Martin écrit aussi:
« De ce puits d’air qui passe entre les corps, il faut tout attendre.
Il s’agit bien sûr

  • non seulement d’un interstice
  • mais [aussi] d’un instant… qui est comme une fente pour laisser place
    • à ce qui n’est pas présent,
    • aux évènements qui tirent
      • vers le passé
      • autant que vers le futur.
  • Grand mouvement d’aération qui permet
    • au temps de se dérouler,
    • à l’espace de se mouvoir.
  • Comme une fente dans une ombrelle qui
    • nous donne l’occasion
      de rêver,
      de deviner l’autre côté
      d’appréhender des signes
      • qui sont annonciateurs d’un changement
      • qui laissent
        basculer le futur dans le passé
        & revenir le passé dans le futur. » 87

Linguistique pragmatique

La présentation de plusieurs citations ci-dessus repose sur les enseignements de la linguistique pragmatique (François Richaudeau); elle tente de rendre apparente la structure de la phrase complexe de l'auteur, toute en reprises logiques niveau par niveau.

Saisissant au bond l'un ou l'autre signe, dont chaque manifestation devrait s'interpréter avec prudence, le corps, l'oeil rivé à la phrase, y progresse probablement mieux.


7e hypostase consacrée aux attributs

Au début de l'Éthique, Spinoza définit ainsi les attributs:

IV. – PAR ATTRIBUT, J’ENTENDS CE QUE L’ENTENDEMENT PERÇOIT DE LA SUBSTANCE COMME CONSTITUANT SON ESSENCE. (Traduction Armand Guérinot)

114 L'auteur nous dit avoir cherché à déplacer les multiplicités, « à les comprendre d'après une variation qui [lui] est propre. »  Autrement dit, à faire oeuvre après avoir assimilé les enseignements des maitres du passé dont la continuité équipe son parcours en les reformulant selon de neuves approches.
116 Nous ne savons pas ce que peut le corps: « il faut en passer par l'expérience, son péril, pour suivre la voie [du] Strass de la philosophie. »
124 La force d'une philosophie de la multiplicité, « c'est de basculer

  • d'une logique de l'infini
    • avec des séries bien trop parallèles
  • vers une logique du chaos

dans un expressionnisme

  • informel ... de naissance
  • & constructiviste de proche en proche. »

Logique du chaos ?

Pour exprimer cette logique du chaos, J C Martin crée le néologisme chaoïdes. Ce chaoïdes sont « comme des expressions aparallèles pour des attributs qui nous accompagnent toute l'existence durant. » Il poursuit en notant que « la vie n'est possible qu'en les prolongeant dans une forme de géométrie constructive faite de crises & de bouleversements, de moments de joie durable & de folie ajournée. » 124 C'est peut-être d'ailleurs à cette logique même qu'aucun parcours ne s'avère être un long fleuve tranquille. À chaque embellie, son orage... sa décharge énergétique.
125 « Le spinozisme que nous relançons ... injecte dans la nature un chaos ... cherch[ant] à inoculer ... une déraison clinique avec une force critique qui pourra, à partir de la folie, s'orienter vers

  • un empirisme supérieur
  • des agencements vitaux
  • des modes de composition
    • dont l'art constitue d'autres foyers remarquables. »

Je n'ai pas dit, ni ne pense, avoir tout compris... Ni la supériorité de cet empirisme évoqué, ni la vitalité des agencements, pas plus que la composition selon des modes usant d'un art constituant d'autres (quels sont les premiers ?) foyers dits remarquables ne me sont ni clairs ni utilisables, pour l'instant, à éclairer ma lanterne...

Laisser percoler est ma patience...

Cette lenteur se penche sur une oeuvre qui recourt à des conceptualisations extrêmement fécondes dont je ne doute pas qu'elles fertilisent à terme le champ créatif personnel tant le style et les concepts maniés avec brio par l'auteur laissent entrevoir des ouvertures réjouissantes.


8e hypostase: le procès de la métaphore

Je note en lisant ce chapitre une très haute densité de termes textiles: 27 occurrences, dont 17 différentes. Trois se retrouvent plusieurs fois: toile, huit fois (mais il y file une métaphore autour de l'araignée... dans la droite ligne de la célèbre tique de von Uexküll, auquel il déclare une filiation explicite), tissage, trois fois; et le verbe tisser, deux. La toile se voit attribuer un caractère définitoire tel que texture.
Dans le domaine du tissage, l'action de tisser au moyen de parties:

  • Fil/filin/filament;
    • caractères définitoires du fil: rondeur, sphéricité;
  • maille/maillage; avec l'action de nouer qui résulte en un noeud;

La matière est la soie;

Le résultat final de l'action est la toile.
L'auteur développe de façon très créative, à la suite de Nietzsche qui a commenté sur le nom de famille des (e)Spino/s/z/a, le vocabulaire qui gravite autour de l'araignée.

L'écriture martinienne

Écriture emportée, importante, elle se fait marquante à mesure que se creuse le sillage que trace la lecture derrière elle.  Par moments poétique, elle est toujours charpentée, toute en reprises virgulées. Est-ce la trace d'une oralité que la plume a tamisée, comme on saupoudrerait un chemin verglacé d'étincelles étoilées qui en jaillissent, par frottements du socle de charrue philosophique à même le sillon.

Deux sites où croiser sa plume

1/ L'auteur alimente richement un site dénommé Strass de la philosophie. Les deux textes poétiques de cette lecture philosophique résultent d'une lecture attentivement créative de certains essais en ligne, dont j'ai extrait des concepts, des termes.

2/ Il est un contributeur régulier au site Diakritik, notamment sur Gilles Deleuze.


Cheminement musard

Lire une philosophie ultracontemporaine, en train de se faire, pour un non-philosophe, c'est s'ouvrir.  S'approprier des univers aussi, tenter de les faire siens pour les intégrer à ce qu'une plume personnelle porte, comporte, emporte, supporte... à l'écart des conventions, des bienséances trop balisées.

Le paisible en soi s'attache au retrait dans le vide utile à l'épanchement, à l'expansion intérieure. C'est à laisser advenir un vacillement (Aurélien Barrau), ce vacillement de multiplicités susurrées, que s'emploie le paisible en soi.

L'image qui refait surface est celle d'une lave qui émerge des entrailles de la Terre en bulles éclatant au contact de la première couche d'air libre rencontrée avant de s'épancher en une forme d'expansion fertilisante & indéfinie, dévalant toute déclivité l'appelant à exprimer sa cohérence intérieure. Il se cumule alors de neuves fertilités conceptuelles. Il s'agit de contourner toute chronologie séquentielle: l'enchainement trop centré sur l'essence, trop verrouillant, trop contraint pour déboucher sur une explication unique.

S'agit-il juste d'inverser les successions pour retrouver une cohérence ? Pour laisser affleurer une cohérence  différente, déférante à une créativité potentialisée ?

Volcans, ces milieux écarlates,
écartèlent les possibles
jusqu'aux limites de l'indéfinissable,

à l'écart des contraintes
vacillées de trouées
se multipliant jusqu'à l'inconfort,


telle la flamme d'une bougie
soumise à une brusquerie,

un appel d'air qui la prolonge,

étonnée,

au-delà
de l'instable.


Le vacillement semble être une oscillation qui se prolonge par-delà l'instable, à l'intérieur de contraintes qui se définissent par rapport à chaque circonstance & forme une tangence « qui est aussi un point de bascule ou de bifurcation. ... C'est le lieu des infinitifs, des passages, des processions.

Ces plurivers/multivers bifurqués se multiplient de l'intérieur en fractales efflorescentes.

En grammaire, l'infinitif est la forme nominale du verbe (d'un mot, j'ai louché sur le Grand Robert historique !) exprimant l'idée d'état ou d'action d'une façon abstraite & indéterminée. C'est peut-être justement en cela que les multiplicités les dépassent en abstraction & en indétermination. Peut-être, car le raccourci qui en émane sous la forme de: "Le vacillement qui forme une tangence qui est aussi un point de bascule ou de bifurcation & est le lieu des infinitifs" n'est pas directement évident, je trouve !  À moins que ce raccourci ne frôle le contresens...  Cette indétermination même qui fait vaciller le sens à attribuer à une phrase dit assez sur MON point de vacillement !

Les corps n'ont nulle affinité avec la finitude.  L'indéfini les précise à travers l'indéfinitude toujours inaboutie des processus entamés, emmenant les multivers sur des chemins inusités.

Tout ignorer de l'aboutissement vital des processus corporels absente toute occupation anticipée de leur dé-finition, promeut même leur indé-finition. Héraclite, décidément !


10e hypostase: Du combat

Entrer dans le combat avec l'écrit d'un auteur pour « composer... une posture en se mettant sur le même chemin, de travers s'il le fallait » 161♦ L'idéal pour J C Martin: l'auteur mort afin d' « écrire un texte sur [lui] à travers une amitié sans symétrie » Une amitié sans symétrie À part mort, l'auteur·e distant·e de soi convient aussi Le choix posé sur Nulle Part est tout en distance par rapport aux philosophes vivants Se colleter au texte peut suffire, assoie même davantage, comme une assurance respectueuse de sensations perçues au travers de mots; comme si, à chaque bifurcation, s'imprimait mieux de la sorte un chemin propre faisant voie, un peu à l'écart de celle du philosophe sans être contradictoire Bien sûr le contresens peut ne jamais être loin: il peut résulter de soi, de messages mal compris, incompris voire même incompréhensibles...

La prise de position de ce combat-là, celui de Jean-Clet Martin, clarifie celui-ci, l'authentifie comme possible, en tout cas Elle m'attache d'autant à poursuivre l'écoute silencieuse de ses écrits, à en approfondir les chemins: il les adoube en quelque sorte par une façon de procéder qu'il nous écrit avoir fait sienne, y compris avec Deleuze qu'il a connu & fréquenté sans avoir jamais assisté à aucun de ses cours Derrida n'a fait l'objet d'un livre sous sa plume qu'une fois décédé Sa plume se compose de rigueur amicale, & ne s'interdit jamais des envolées de nature plus poétique auxquelles il n'est pas interdit d'être pareillement sensible, au risque du contresens toujours possible


11e hypostase: Multiplicité énergétique

FUKUSHIMA: pour éviter à tout devenir du corps de retourner au gouffre, « il ne serait pas inutile de repenser la manière dont une forme & un contour, tels que l'énergie s'est incarnée dans les corps après FUKUSHIMA, s'emparent de tout devenir » 163♦ Ce dernier chapitre balise davantage l'actualité après Fukushima, d'un point de vue philosophique

À l'opposé des gouffres, il est d'autres puits: « On peut, en effet, imaginer

  • une remontée de ce puits de lumière & de matière,
  • une capacité à gravir des niveaux, degré par degré,

comme sur une route surchauffée le paysage se met à vibrer & frémir par nappes. » À propos de Plotin. 16

L'écriture balise un chemin progressant le long de stations le jalonnant d'une moindre grande incomplétude autant notionnelle que vitale Les apports sont multiples, diversifiés, échelonnés selon une temporalité & une spatialité propres qui s'autorégulent dans la discrétion. Une des premières fois  où j'en ai remarqué l'occurrence est la rencontre sur une table chez Mollat (Bordeaux) du Tantra de la reconnaissance de soi (en 2015) et, un an plus tard, un texte éclairant de Giuseppe Rensi sur Spinoza (datant de 1929 mais récemment traduit) dont la lecturécriture a habité un TGV revenant du Sud. Ces Multiplicités martiniennes sont un jalon marquant sur la voie entreprise.


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