Quoi que se lise de P. Macherey, accord uniforme & reconnaissance face à l'apprentissage que sa lecture induit.

L'auteur continue d'animer un blog intitulé La philosophie au sens large hébergé par Hypothèses.org. Un éditeur a apparemment souhaité prolonger par écrit ces avancées dans la philosophie en publiant d'abord cet ouvrage en 2017, dans la collection Bifurcations, déjà fréquentée grâce à un ouvrage paru sous la plume de son directeur de collection: Multiplicités.

Spécialiste reconnu de Spinoza, il a naguère publié cinq volumes consacrés à chaque partie de l'Éthique. Ils avaient retenu mon attention au moment où j'abordais l'opus magnum de ce philosophe du XVIIe siècle hollandais, de Gouden Eeuw. Quelques pages sur « Les Provinces-Unies au Siècle d'or » figurent dans un ouvrage que S. Kernbaum consacre au peintre Vermeer. Elles sont précieuses parce que précises sans s'alourdir. Cette légèreté même permet la synthèse.


S'orienter, c'est ce que tout apprenti·e philosophe tente de faire. Mettre une philosophie À l'essai sera la probable deuxième étape dans la philosophie au sens large, telle que la pratique P. Macherey. Y approfondir l'un ou l'autre fil saisi à l'amble, puisque l'auteur, un guide sûr, rend disponibles à notre parcours tant d'écrits. La question de l'orientation, qu'il aborde dans ses Flâneries autour d'une question décline les facettes possibles de PERSÉVÉRER:

« C'est se maintenir en confrontation avec

  • un ensemble de forces extérieures,
  • un environnement,
  • un "milieu" qui ne cesse de rappeler sa présence à travers des interventions
    • potentiellement positives
    • ou négatives,

ce qui oblige à rejouer à tout moment le rapport qu'on entretient avec lui, dans un CONTEXTE ouvert dans certaines limites sur

  • le nouveau
  • & l'inconnu.

PERSÉVÉRER serait donc une AVENTURE

  • pleine de risques,
  • exposée sans cesse à être interrompue

qui tire son unité du fait que, tant bien que mal, elle

  • se poursuit,
  • se continue,
  • se relance, de reprise en reprise

sans à proprement parler se diriger vers une FIN

  • déterminée,
  • susceptible d'être programmée au départ

jusqu'à ce que la vie bute sur un OBSTACLE qui interrompt accidentellement son cours.

Il ne va pas de soi d'attribuer un "sens" à cet évènement, pour autant qu'il ne mène NULLE PART. » 15


Cette mise en perspective d'un acte, défini la première fois par SPINOZA, émane d'un philosophe ayant atteint la période de maturité dans sa vie personnelle; il munit cette persévérance de caractères définitoires clairement identifiables au moyen de verbes d'action.

Il serait d'ailleurs intéressant de confronter deux manières de mettre à jour cette question: J. F. Billeter s'y était déjà essayé avec brio en formulant en quatre points le propos de Spinoza, intégrés aux trente premières Esquisses qu'il venait de déployer sous nos yeux: « connaître exactement notre nature, laquelle nous désirons parfaire ». Il considérait le désir comme inhérent à notre nature.

1. La formulation est propre à l'auteur, notamment « par la place donnée à l'idée d'intégration qui est restée implicite chez [Spinoza]. Ce dernier avait l'idée du conatus, l'idée de « persévérer dans son être ». « Le désir de progresser & de s'accomplir, précise J. F. Billeter, [est] plus fondamental que le simple désir de continuer. »
2. Le sujet progresse dans la connaissance des lois de son activité, dans la connaissance de lui-même.
3. « Le sujet est libre dans la mesure où il agit [davantage] selon une nécessité propre plutôt que par une nécessité imposée du dehors. Plus il avance dans l'intégration de son activité, donc dans son perfectionnement, plus il agit selon sa nécessité propre & donc plus il est libre. »
4. Il a besoin de tendre vers et il désire aller vers plus de perfection, plus d'action nécessaire, & donc plus de liberté. Dans sa note, J. F. Billeter dit penser « ces quatre points conformes à la pensée de Spinoza. »


P. Macherey la situe au sein de la question plus générale de l'orientation. Le titre qu'il donne à son ouvrage est un verbe d'action réfléchi. Il réfléchit en quelque sorte aux limites d'une action propre en vue d'orienter le cours de sa propre vie, mais aussi de chaque vie. L'écho qui se répercute en soi, les étapes qu'il affine en cours de présentation du concept de l'acte de persévérer, est fort évocateur de rencontres avec ce mouvement qui progresse tant bien que mal sur un parcours qui n'a rien de la ligne droite...

Assembler cette série de verbes d'action ici peut aider à formuler la manière dont chacun·e nous intégrons notre parcours accompli dans le parcours que nous persévérons à dérouler sous nos pieds...


S'orienter, davantage que déconstruire: une voie...

113 Pour Montaigne, « le voyage tel qu'il le cultive est la métaphore d'une fuite ou du moins d'une esquive devant la "réalité" telle qu'elle se donne.

L'écriture telle que la cultive Montaigne ne va NULLE PART & n'emprunte aucune direction définie, en se livrant & en s'exerçant à la pratique de la dérivation avec

  • une nonchalance systématique,
  • une négligence
    • instruite &
    • avisée
    • mais non artificiellement travaillée
    • ou résultant d'un montage
      • construit &
      • prémédité
    • sur le modèle du spectacle. » 112

Quoi que se lise dans ce fort volume, accord uniforme & plaisir à cette lecture d'apprentissages.

Un deuxième volume intitulé À l'essai est également lu avec avidité sur Nulle Part.


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