L'urgence est mauvaise conseillère.

Ce qui se fait dans l'urgence est à refaire à tête reposée.

« À force de sacrifier l'essentiel pour l'urgence, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel. » Edgar Morin; La méthode, Éthique (2004)

*

Il était, le 13 novembre 2015, urgent d'enterrer les morts, urgent de soigner les blessés, urgent de prendre en compte les meurtris. Et prendre de bonnes décisions.

Quand un État de droit se met en état d'urgence, il se met lui-même en état d'infériorité: il avoue de la sorte que sa vigilance (ou plutôt la vigilance de ses fonctionnaires) a été prise en défaut. Nul reproche. Nous, les citoyens lambda, en aurions commis de bien pires.

Pour contrer ce défaut de vigilance, ce n'est pas en épuisant ces mêmes fonctionnaires dans des gestes idiots, que tout le monde sait inutiles que le taux de vigilance va augmenter dans les bâtiments publics, dans les musées, dans les trains, aux frontières, etc.

Je crains bien que les Français aient été entrainés dans un état (l'urgence) qui les anesthésie et pourrait même leur être néfaste à terme:
vous imaginez « leur » tête, et la nôtre, si un voyou muni d'une ceinture d'explosifs se joignait à la foule peinarde qui attend, moutonnière, que le scan de ses bagages évidemment inoffensifs aient lieu en face du quai d'embarquement pour le Thalys ou l'Eurostar en gare du Nord, à Paris. Deux cents morts d'un coup, au minimum ! Il aurait fière allure, l'état d'urgence !

La responsabilité qu'ont prise les Autorités en charge de l'État de droit, appartenant à la droite molle qui se proclame encore très mollement de gauche, est immense. Elles auront à en rendre compte en 2017.

Formons le voeu sincère pour que tout ceci ne déclenche pas une mécanique meurtrière et un mécanisme similaire à celui que les socio-démocrates allemands ont bien connu lors de l'accession légale de Monsieur A. Hitler à la chancellerie en 1933. Une fois que les nazis ont été au pouvoir, c'était trop tard.


Ajout 1 03 2016

Une réflexion à des années lumière d'avance sur la mienne a été menée par Frances Stonor Saunders, une historienne et journaliste britannique, liant plusieurs sujets qui me sont chers. Elle y tisse un texte d'anthologie sur les réfugiés, les frontières, les contrôles aux frontières (et leur inutilité), la fouine systématique (en anglais, nosey, de nose, le nez) que nos « autorités » mettent en place dans nos vies.

La vidéo en anglais de sa conférence au British Museum pour la London Review of books est est ici: https://www.youtube.com/watch?v=h4-B_2OfgUA&feature=youtu.be

Il vous est loisible de lire son texte en écoutant: http://lrb.me/hk0 Vous y capterez la force de l'humour (noir) britannique.

Résumé: Globalisation promised a borderless world, but it has delivered an age of neurotically policed zones and cubicles. To cross a border legally now involves an unprecedented level of scrutiny: fingerprint and iris scans, chips embedded in your passport, hidden sensors to detect your heartbeat and carbon dioxide emissions from thirty feet away, the tick-box confessional of ‘Are you now or have you ever been . . .' Frances Stonor Saunders inspects the complex apparatus of today’s border regimes and their obsession with the verified self.


J'y trouve une kyrielle de raisons plus suffisantes les unes que les autres de penser ce que je pense et de (provisoirement) refuser de m'y plier en me repliant sur des territoires davantage ... poétiques.

Avec pour conséquence, personnelle celle-là, qu'un clap de fin a été donné: je n'assisterai plus à un séminaire parisien. Ces états inefficaces & fluctuants de l'urgence n'en sont pas la seule raison, mais ils y ont leur part. D'autres tiennent davantage au séminaire lui-même; d'autres encore à la méfiance généralisée qui règne à l'entrée de beaucoup de musées. Comme si chaque citoyen était devenu un suspect potentiel. Cela est assez insupportable. Enfin, je trouve !

Des interstices étaient encore possible il y a peu. Ils se sont refermés. C'est notre liberté de mouvement que l'on assassine à petits feux.


 

Deuxième addendum: (3 3 16)
Ce qu'il est vraiment urgent de contrôler, c'est la fabrication, la commercialisation, la vente libre d'armes de poing et de guerre à des citoyens & à des pays en guerre.
Ce qu'il est vraiment urgent de saisir, ce sont les stocks d'armes qui se planquent peinards ça et là dans la campagne.
C'est entre autres pour cela que des organismes comme le GRIP en Belgique existent. Ils sont trop peu subventionnés, ont trop peu de personnel pour atteindre un niveau seuil de visibilité. Personne ne conteste la rigueur de leurs recherches et des résultats de celles-ci, mais... d'ici à se mettre en cohérence avec leurs révélations, il y a un abîme que tous nos hommes & femmes politiques se refusent à franchir... par réalisme.

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