Linda Lê capte, captive, capture. Une écriture hypnotique. Elle ne capitonne rien. Du brut de décoffrage à chaque fois. Un style. Une respiration saccadée. La même histoire (ce n'est pas un reproche; le ton est unique, les éclairages multiples.) La même histoire, donc, se décline à l’infini avec d’autres personnages. Des moments de grâce face aux ruptures de rythme. J'ai entrepris une exploration au coeur de la fournaise.

Voix (Christian Bourgois, 1999). Soixante-huit pages pour s'effondrer dans un univers : la folie à l’état brut. Une lucidité exacerbée jusqu’à l’irrationnel. Un monde envahi de têtes coupées, de chiens à trois têtes, de membres de l’Organisation qui la poursuivent.

Aucune distance narrative : nous sommes plongés au plus près, au plus profond d’une crise : les images, l’errance, l’attente de la mort donnée  par l’Organisation. Parfois, l’auteur prend elle-même de la hauteur en s’adressant à nous.

Quelques beaux portraits d'esseulements, dont la si bien nommée Reine des Douleurs.

Le temps du lire, le lecteur devient le JE du récit : l’art de la narration porté à son point d’incandescence. Pour peindre le riche mais très inquiétant monde intérieur de cette femme-là, vous gouterez à la saveur morbide des obsessions récurrentes.

En fermant le livre, un bref moment d’inquiétude : comment survivre ? C'est rare de rencontrer un style qui vous habite avec autant de justesse. J'en suis sorti hébété, haletant. Sans la vigilance de nos longs instants de grâce, nous pouvons toutes et tous basculer comme le JE de la non-distance fictionnelle.

S’ébrouer, premier café du jour. Sortir de l’univers hanté.

Linda Lê crée une ambiance en moins de temps qu’il ne vous faut pour décider de la suivre. Et vous êtes plaqué-e au sol, sans autre recours que de continuer votre cheminement. Elle magnétise ses textes ; sa force est épaisse, de cette brutalité sans apprêt des essences imprégnées de leurs personnages. (notes sur les évangiles du crime - Bourgois, collection Titres, n°57). Ils sont quatre en quête d'une rédemption qui ne viendra pas. Quatre histoires écrites loin de toute nonchalance. Il me semble sentir chez Madame Lê un besoin, une urgence à s'exprimer qui la rend si implacable à mes yeux. La densité de sa plume la rend désormais indispensable à mon univers romanesque. Une voix, je vous dis.

2.05 2011, 27.6 2011 et 14.7 2011.

 


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