Conte froid, conte froid ? Qu'est-ce qu'il raconte ! Jacques Sternberg n'a pas publié de recueils de contes avec ce titre-là. Un coeur froid (Christian Bourgois éditeur, 219 p., 1972), oui...

Correct. Pourtant, du 19 novembre 1979 au 18 avril 1983, il a publié dans le journal Le Monde, sous un titre générique de chronique: Conte froid, nonante-huit/quatre-vingt-dix-huit (Wink) textes brefs1. Déjà à l'époque, mon admiration pour son style ramassé était bien installée. J'ai donc collectionné les contes froids que j'aimais en les collant sur des fiches carton. Ils étaient publiés en dernière page de l'édition du week-end du journal Le Monde (datée du lundi). Les douze que j'ai retrouvés apparaissent avec leur mise en page de l'époque en cliquant sur suivant à la fin de cet article.

Son fils précise dans la biographie qu'il consacre à Jacques Sternberg ou l'oeil sauvage (L'âge d'homme, 364 p., 2012) qu'il « perdra en cette même année 1982 ses chroniques au Magazine littéraire et au Monde. » Cette année fut aussi celle du dernier roman de la période Albin Michel: L'Anonyme.

Dans Profession Mortel, (Les belles lettres, 348 p., 2001), J. Sternberg réserve deux pages à la presse (277-278). La fin concerne Le Monde:

« Le Monde m'ouvrit ses portes difficiles à forcer, mais Viansson-Ponté2 mourut [...] et je n'avais que peu d'atomes crochus avec ceux qui le remplacèrent3. Je cessai de leur donner un conte bref par semaine4 et cela marqua un point final: plus jamais je n'écrivis pour la presse, je n'écrivis plus que des romans pour moi et l'éditeur qui fut le seul et le premier à me mensualiser, Francis Esménard patron d'Albin Michel. » (278)

De cet extrait, doit-on/peut-on déduire que le terme conte froid est un choix de la rédaction et non celui de l'auteur, qui lui préfère le terme consacré de conte bref ?

Il n'est pas impossible par ailleurs que vous puissiez en lire de nombreux autres en faisant une recherche sur l'auteur dans les archives du journal...


1 Cinquante-cinq chroniques plus longues s'échelonnent du 21 janvier 1974 au 30 novembre 1978. À ma connaissance, ces chroniques et ces contes froids n'ont jamais été rassemblés en volume, comme le furent celles de France-Soir. (Éric Losfeld éditeur, avec de délicieux dessins de Jean Gourmelin, 299 p., 1971). Je suis en train de compléter mon relevé de contes brefs de J. Sternberg en comparant ces contes froids avec ceux publiés dans les ouvrages dont je dispose. Il faut un peu de temps. Je mettrai un lien ici quand j'aurai terminé. (On n'est pas aux pièces...)

2 « Le journaliste Pierre Viansson-Ponté (1920-1979) fut successivement directeur régional à Nancy à l’agence France-Presse (1945), premier secrétaire de rédaction à Paris (1946-1947), éditorialiste et chef adjoint du service politique (1948-1952), avant de devenir rédacteur en chef de L’Express (1953-1958), puis chef du service politique (1958), rédacteur en chef adjoint(1969), éditorialiste et conseiller de direction (1972-1977) du journal  Le Monde. » (Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales)

3 « En 1969, le fondateur du titre, Hubert Beuve-Méry, prend sa retraite.
1980-2000: difficultés financières
En 1981: Claude Julien succède à Jacques Fauvet. En 1982 André Laurens prend la suite. En 1985il est écarté de la direction, à la suite de la baisse des ventes (alors qu'il titrait en moyenne 434 000 exemplaires entre 1974 et 1981, années qui marquent la fin de l'expansion de son lectorat, il voit sa diffusion chuter à 335 000 exemplaires en 1985, le faisant descendre en dessous de son seuil de rentabilité, et son apport au socialisme mitterrandien. Il est alors remplacé par André Fontaine. » (Notice sur le journal dans Wikipedia)

4 Chronique hebdomadaire qu'il aura livrée pendant 98 semaines sur une période allant du 19 11 79 au 18 4 83, soit sur 167 semaines. Soixante-neuf semaines n’ont pas vu de texte sternbergien publié. Il est possible que ces périodes correspondent à des séjours à Villers-sur-Mer où il écrivait mieux « dans ce meublé face à la mer que dans [s]on appartement de Paris, [il]'y écrivai[t] avec une exaltation rarement connue, sans boire une seule goutte d'alcool, mais [il] ne pouvai[t] écrire que des romans, pas un seul article, pas une seule chronique pour la presse, [il] n'y arrivai[t] pas. » (Profession Mortel page 226)


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