Le germoir n’est pas
un lieu.
Il est ce double retrait
en soi
qui part à la rencontre
du feu.

Le germoir me love
comme se lovent
les cordages d’un marin,
à cœur de serpent magnanime.

Il m’arrive de l’accueillir

intertwined with a deep breath
as if unrolling gently
from his native, sacral position
once or twice & then rolling back
into his protective, kindly woven
within my own matrix.
/enlacé à une inspiration plus profonde
comme s’il ondulait tendrement
de sa position native, chakrale,
une fois ou deux pour se lover à nouveau
en son gisement finement canevassé
à ma propre matrice*.

Le germoir  me moule
à la façon que doit.

À bien observer la trajection** de l’air,
ce va-et-vient énergétique,
Il se pourrait même
qu’auguré par une concentration
devenue naturelle, sinon native,
il se ressente
dans chaque conscience
du souffle de l’échange.

Le souffle s’enlace au texte s’écrivant,
le rend visible, palpable presque,
par la main posée sur le passage.


* Il ne s'agit pas d'une traduction, mais d'une réécriture. Le texte anglais est premier.


** Trajection: A. Berque, in Poétique de la terre, note 25 p. 37: « Trans : au-delà, par-delà et Jacere: jeter. C’est littéralement l’idée de « se jeter au delà », au delà de l’identité, et notamment traverser à la limite entre le sujet et l’objet, le sujet et son environnement. C’est aussi l’idée de dépasser l’identité d’un état donné… L’idée de va-et-vient [est] présente dans l’ambivalence du terme ek-sister [exister, de ex-, et sistere, être placé, donc exister = être placé en dehors, hors de]. » Ek-sister-hors-du-monde et Ek-sister-vers-le-monde = une trajection, un va-et-vient. (idem, p. 36)
Je  suis  certain que le vocabulaire d’Augustin Berque se love à merveille là-dedans.  La  mésologie et le shivaïsme ont au moins en commun d’être non dualistes. Il s’agit non pas de « s’abstraire de son milieu comme le cogito de Descartes » (A. Berque, La mésologie, pourquoi, pourquoi faire ?, p. 42) mais bien de faire « exactement & systématiquement le contraire: exprimer son existence par son milieu même. Donc, non pas en soi comme le  sujet cartésien, mais dans son lien sensible avec les choses. »
Le principe « c’est de faire dire aux choses même ce que l’on éprouve. » (42) / « L’émouvance*** des choses » (43) / « L’être-sujet passe dans la  scène même. »  45  et  est  donc  «  explicitement trajectif. » 46


*** "Mono no aware : l’« émouvance des choses » inventée par le géographe Augustin Berque en japonais et en français condense en un mot l’émotion procurée par l’écoulement du temps et par le mouvement dans l’espace. Cette mise en scène de soi était déjà celle d’Élisée Reclus, mais, dès la fin du XIXe siècle, elle fut dénigrée par un protocole savant selon lequel une neutralisation de la personnalité du spécialiste devant les « faits » conditionne la légitimité du discours scientifique.
Vu comme un fou ou un génie, un dangereux fanatique ou un saint laïc, Élisée Reclus ne laissait pas indifférent. Si bien que, de son vivant même et au-delà de son apparition dans quelques ouvrages des Voyages extraordinaires de Jules Verne [9], son personnage est enrôlé en géographe ou en anarchiste par divers romanciers. Ainsi le « poète de la géographie », « l’un de nos érudits les plus littéraires » [10], a fini par rejoindre la littérature romanesque." Extrait de Christophe Brun, Élisée Reclus ou l'émouvance des choses.

 


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