Philippe di Meo, sur le site poezibao, consacre une chronique aux entretiens de Jacques Izoard. Pour y voir, cliquez ici... À sa lecture, nous nous sentons soudain si étranges (et fiers de l'être!) nous, les Liégeois, qui comprenons dans le texte et sans dico "drève, gayoûle, vinâve, botteresse"... Une maison d'édition liégeoise publie Osmose perpétuelle, entretiens, Atelier de l'Agneau, 77 p., 14. (màj 29.01.11). Mon approche Izoardienne suit:

Mimétisme
Commentaires et rapprochements
L’a-t-il voulu ars poetica ?
Pourtant, j’y prends de la graine,
dans cet Izoard recueil,
Le bleu et la poussière1.

Je n’avais pas accroché
à ses oeuvres de jeunesse.
Mais ici, oufti, j’accroche bien !

Il semble y distiller
ses choix d’écriture,
de façon beaucoup moins hermétique
que François Jacqmin,
le Poète exacerbé2.


Il les livre comme
autant de conseils
à la deuxième personne
de l’impératif présent :
« Mens sans cesse et les mots
t’étoufferont, te feront
mourir à petite écriture. » 141

Futurs se font prophétiques :
« Et s’effaceront peu à peu
ton cher bleu, ta carcasse.
Et l’aube anéantira
tes châteaux de poussière. » 141

Titraille majuscule,
bleu et poussière réunis.

À l’occasion il se fait
même directif :
« Il te faudra serrer chaque mot. » 53
À qui s’adresse-t-il ? Je l’ignore.
Lettre à un jeune poète,
c’était déjà pris.
Je l’ai pris pour moi.
Proches, ces deux plumes
liégeoises ? Enfin moi je trouve.

Est-ce moi qui en
affabule synthèse,
ce qu’il déconseille :
« Abandonne à jamais
tes récits, tes contes, tes fables. » ? 126

Ponctuation suit ces règles
que typographie établit.
Majuscules éparses,
j’y trouve soutien
à ma persistance.
Points mis à profit.

Sens de ses mots au plus près
de leur opiniâtreté :
« Brise donc ces mots trop lisses
et suce enfin la moelle
de l’horrifique langage.
Perds bon sens.
Que ta folie douce
parle d’elle-même. » 146

Désarticulés,
les substantifs définis:
« Raison s’évanouit
quand jaillit la semence. » 81

Son écrire invite à s’écarter :
« Lave chaque voyelle
dans un dé de bleu. » 60

Images fortes
prennent possession
de l’espace scénique :
« Mot à mot, le poème
devient mur, brique à brique.
Ainsi s’élève
le mausolée du vent. » 91

Aucun bric-à-brac
n’encombre «dans l’oreille le sourd
grondement du langage. » 58

Et puis le bleu de couverture,
est-il de ce « bleu
dont on fait les poèmes » ? 53

Poète en sa palette,
sources multiples,
« De ton enfance au gré des voyages,
de tes rixes, de tes trépas minimes,
de l’oubli de toi-même,
il te restera le bleu
dont on fait les poèmes. » 53

Suggère semailles :
« Sème aussi le mot « poème »
que la bouche avale. » 59

Nuitamment, persistance
signe présage :
« Aucun sommeil ne guette
celui qui écrit. » 17
« Contre les mots, la nuit. » 143

Ronsard et sa rose
sont revisités
comme au matin des départs :
« Mais accueille avec ferveur
l’écho de la rose qui s’ouvre. » 159

Négations prennent racine,
interdits aux tutoyés,
« Ne rien dire qui puisse
abolir la chair déjà neige.
Ne rien écrire qui puisse
accueillir désastres et tornades. » 170

Ce rien répété
ouvre, sensuel,
à la chute infinitive :
« Toucher à peine
lèvres d’autrui. » 170

S’alanguir au futur :
« Il te faudra serrer chaque mot
entre deux lèvres,
le susurrer ensuite
pour qu’il soit prêt
au corps à corps. » 50

Rassurante négation,
du maître à l’élève :
« Ne crains pas l’inanité
des mots qui se dérobent. » 50
« Mais sont-ils des grains
qui germeront plus tard ? » 59

Que faire des mots
« qu’on écartèle et qu’on lacère,
qu’on caresse et qu’on maintient
sous l’extatique regard,
les mots qu’on aime. » ? 48

Mots autonomes
qui s’égailleront :
« Nul mot ne doit vivre
dans ta lucidité. » 70
Que sont-ils d’autre
que « des outils acérés » 81 ?

Finalement poème nait quand
« Il ne reste qu’arêtes
ou ossements dénudés,
blancs comme neige. » 81
Conseil suit :
« Racle encore le poème.
Qu’il sonne creux !
Qu’il soit pur squelette
abandonné des mots. » 81

Ultime intuition
enjambe énumération :
« Amasse la poésie. » 123

Que de plaisirs pris
à cette composition.
Parmi ces vers d’Izoard,
impératif discerne
un art poétique.
Insertion de commentaires
au plus près de l’intention
perçue par mon émotion.

------

1 IZOARD, Jacques (1998), Le bleu et la poussière, Poèmes, Aux éditions de la différence, collection Clepsydre, 184p.
2 JACQMIN, François (1992), Le poème exacerbé, Presses universitaires de Louvain UCL, chaire de poétique 6, 141p.

26 03 10 retouches 27 03 10
Daniel Meyer rend compte dans Le Carnet et Les Instants d'un autre ouvrage de J. Izoard: Dormir sept ans.


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