Elle se penche sur une herbe douce, un bout de sa robe se soulève. Sa main avance, sûre d’elle, écarte d’une  caresse quelques brindilles, plonge au cœur d’une tige plus forte que les autres et implore de silence la terre qui la lui remet. Lentement, elle se détache de sa gangue de terre et parcourt l’espace ténu qui la sépare de la main amie, déjà aimée. Ce moment rare l’émeut à chaque fois. Comme si elles se reconnaissaient par-delà les espèces.
Une besace de jute gonflée s’entrouvre et lui offre un cocon douillet.

D’autres brins encore, peu, signalent leur présence à son passage et rejoignent l’escarcelle. Quelques fleurs replient légèrement leur corolle et se ménagent un espace d’accueil. Une abeille étonnée par ce manège se pose et fait mine d’observer, tout en se lissant les antennes. 

Et puis lentement elle reprend appui sur son bâton et marche.

Sa joie gagne en ampleur: on la sent pénétrée par le paysage qui la traverse, la renverse. Sûreté de l’œil guidant la main vers la nature offerte. Un sourire teinte l’énigme qu’elle fait.

Plus tard, n’allez pas vous imaginer de sombres décoctions bouillonnant dans un chaudron accroché à une crémaillère sous laquelle un feu crépite, cliché !

Non, voyez ces huiles moirées qu’elle mélange et parfume au gré de sa fantaisie avec des senteurs naturelles qui l’ont choisie. Elles deviennent suspensions dans ses fioles de verre sombre. Elles prendront le temps de s’imprégner l’une l’autre avant l’usage rituel vers l’éveil des corps qui s’offrent à elle pour y accueillir leurs terres promises. Elle en extrait des essences qu’elle parsème, parcimonieuse, dans ses fioles d’huiles propres aux corps. Elle en sait la maturité advenue lorsqu’elles sont mûres pour la caresse de la bougie enflammée.

Son corps a la peau assombrie par les Indes millénaires; elle est l’augure bon de nos émotions abouties. Elle se  nomme mains d’or… Nous la partageons par sa volonté, sans nous connaître. Quant à nous reconnaître, faudrait-il encore que nos routes se croisent…

Elle semble vivre son siècle comme toute femme, mère, épouse. Elle se fraie un espace qui l’honorera finalement.

Ce n’est qu’en ces instants de transmission qu’elle se dépouille de ses bagues et colifichets pour retrouver l’état de nature. Elle nimbe alors l’espace clos d’une souche propice et s’épanouit au carrefour des essences accueillies.


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