LES AUTOMNALES REPLIÉES / DÉPLIÉES / SANS SURPLIS


16 11 18

Matinale intérieure

Quant au souci de soi,
il épèle chaque geste
centré sur l'essentiel

d'une cohérence générale
imprégnant
ce
corps vivant.

Aller
Tout le temps de l'arrêt à quai,
ce cheval à robe brune
demeura l'immobile méditation

de soi au milieu
d'une prairie proche.
Les choix posés par soi en sa vie propre ancrent le corps.

Être ainsi conduit instille la joie.
Raison d'être:
ces échanges attablent l'amitié.
D'un pas habité, la ville,

où se dépose
la fraicheur du soir.
Cette vivacité corporelle
se faufile une voie
dans la foule compacte.

Retour
La rumeur intérieure emplit
le silence à quai.
La muraille de pierres anciennes

retient les terres
surplombant le quai
tandis que les lierres dévalent.

L'une parle, l'autre écoute.
La ville enlumine la vitre.
Le contrejour efface les détails.

La nuit éteint l'ardeur diurne.
Le corps s'y engage
serein, mais sans plaisir.

Comment
effaroucher
cette absence ?

Mais le faut-il ?


15 11 18

La prudence ne vous fera pas aborder l'empathie avec lui; ce concept promeut aussi la bonne entente réciproque des individus entre eux, avec pour souci et conséquence une meilleure communication entre les humains. La sagesse acquise l'accueillera comme si de rien n'était, sans méfiance donc; juste cette discrète allusion déposée au détour des actes de deux professionnels, oeuvrant chacun à ce qu'ils font bien: l'un l'écrire, l'autre le faire. Une sérénité majuscule a imprégné l'intime tout le jour.


13 11 12

Cette clarté ventilée
fait à la ville ces joues rosies
par un vent au piquant insistant

mais sans violence.
Le corps fend ces biseaux indolores.
Teintes automnales:

leurs vivacités
perdent en intensité
à chaque gradient d'altitude.

La conscience en soi, sereine & à l'écoute du corps qui la comporte, veille à lui offrir des occasions de bouger. C'est une telle grâce, cette synergie. Tous profits pour la circulation de l'énergie. La variété apportée au déroulé des jours est gage de cette implication, comme si la conscience tenait à ce qu'aucune monotonie ne s'installe.


12 11 18

Le retrait décale les balises. Déjà à la marge, le trait se tire. Une sinuosité neuve, non moins droiture qu'avant, rend la vie davantage onctueuse. De moins en moins contrariée, la joie se satisfait du contentement qui s'efforce de ne pas briser la ligne, l'assurance d'une continuité recherchée.


 11 11 18

Ces quelques minutes, le malaise avait été palpable entre eux. Le trio avait tourné autour du silence. Ces tables, deux ou trois, étaient jonchées d'ouvrages psy. Cette librairie de ville moyenne aurait eu davantage d'attraits à ses yeux s'ils n'avaient été qu'eux deux. Enfin, peut-être. Il n'en saurait jamais rien. Elle avait réussi, cela l'avait frappé. Le conformisme BCBG de ce couple avec pignon sur rue l'en avait dissuadé. Il avait abandonné la partie.

Le repli n'avait pas eu le goût d'une défaite. Plutôt une politesse due à l'année de patience convenue qu'ils avaient passée à « se voir ». L'écart avait eu lieu sans heurts. Une règle déjà, du moins quand les deux sont civilisés.

Il en avait eu la certitude et cette assurance avait traversé le temps: elle ne lui en avait jamais rien dit. Le sens des convenances à n'en pas douter. Il était psy après tout.


10 11 18

Jocelyn nous avait habitué à ses arrivées furtives. Ses pas, plus habiles aux cailloux des chemins qu'aux pavés de nos hameaux, effaçaient leurs traces avant même de s'imprimer. il semblait glisser sur un fin coussin d'air.

Marie avait le chic pour déposer un café allongé à sa table sans qu'il ait rien dit, comme s'il était sûr qu'elle le verrait la première. L'éternel sourire qu'il portait aux lèvres rayonnait jusqu'à ses yeux. En déposant le café fumant, elle était aussi tout sourire: elle le raccompagnerait bientôt jusqu'à l'orée de la forêt seigneuriale. Leurs chuchotis effleureraient les chants d'oiseaux saluant les premiers feux du couchant sur la mer, parant les contreforts des Albères de couleurs émues.

Il repartait le sac à dos garni de victuailles locales, toujours choisies sur certains étals du marché sur la Place. Il engageait volontiers la conversation avec les maraichers auprès de qui il s'arrêtait. Leurs réponses l'étoffaient d'un savoir qu'il n'avait pas. Il n'hésitait jamais à demander un conseil, tantôt sur la marjolaine à replanter, la recette pour préparer ce légume oublié, la saveur d'un fruit neuf à ses papilles.

Son passage régulier, ces deux-là se savaient liés par une même vibration, les nourrissait. Le ressort qui les animait s'en trouvait avivé. Ils ne devaient pas s'assembler pour se comprendre. Ils étaient un répit pour l'autre.


9 11 18

Nos morsures assassinent
le temps d'effroi
dont elles sont nées.

Depuis, avoir appris à
desserrer les mâchoires sans
dommages pour le soi.

l'âme d'un câble
le débarrasse de sa tension.
Il n'en démord pas:

De l'ordre naît le répit.
Du désordre, le dépit.
Mais qui est il ? Une île ?


8 11 18

Toussaint
Quand les saints toussent, les mains fraichissent.
Les gants ressortent & repeuplent les poches,
disponibles au moindre frisson
.


Aligner ici faits & gestes d'un humain confirme l'intuition du bien faire. Connaissant chaque jour un peu davantage le vrai bien auquel cette vie-ci se consacre, avoir su, à la suite de Spinoza, que « les biens de la vie commune » peuvent « être réintégrés à titre de moyens » (A. Suhamy, La communication du bien chez Spinoza, 25)  en vue d'atteindre le souverain bien par le perfectionnement de la nature humaine en soi, pour autant que ce cheminement vers une plus grande perfection de la nature humaine en soi soit partagé avec le plus grand nombre. Cette condition est portée par Spinoza: ce type de mutualisation des savoirs est une condition probable pour sortir de l'individualisme égotiste ultracontemporain, même si la démarche est celle d'un seul individu.

Le lieu du partage est adéquat au siècle: la toile répartit tant de chemins (des millions... voire davantage !) sur son réseau de fils « neuronaux ». La nature de ce qui y est partagé varie à mesure que les pas quotidiens créent leur propre chemin. Cette tension vers davantage de perfection permet d'atteindre ce bien que Spinoza qualifie de souverain. L'authenticité est sa marque. Elle tient la route depuis trois siècles et demi !


Prendre le temps de soi
résulte de ce retrait
né de la dépose
du joug professionnel.

Il se consacre à un chemin de perfectionnement, auquel Spinoza a également abouti au sortir d'une méditation assidue, nous confie-t-il dès le TRE (Traité de la Réforme de l'Entendement, 1670).

Prendre le temps de soi n'équivaut à aucun repli même s'il correspond à un retrait. Retrait et repli, deux démarches antinomiques. Le retrait permet le déploiement vers d'autres, ce réseau amical proche. Le repli est une extinction.

Ce chemin de perfectionnement consiste à parfaire, loin du désordre, l'essence de soi en la rendant disponible à tant d'autres apprentissages.


L'encoignure murale
vibre de l'ombre portée
par la feuillée du saule.
7 11 18  Dans le paysage intime
éclate le matin de lumière
autour d'un clocher.
 
(Ne pas en)
 Son élancement dessine
une culminance géologique,
ombrage persistant du désordre

que la domination des esprits
provoque par faiblesse
chez les dominés,

depuis si longtemps conduits
dans les impasses de l'esprit
errant entre

vertus théologales &
promesses d'un après calqué sur
les trois cercles de la Divine Comédie.
 Le charme aéré
de la colonne énergétique
du havre magnétique
propulse une assise en soi.
 Nul ne répond du cheminement
de ses racines familiales,
seulement de la conduite
de son propre
embranchement.
 D'un humain habité par son parcours
dont il a fait mission de
le communiquer à partir d'un
foyer qui s'appelle Nulle Part.
S'écrivent ici des pages qui
adossent une perfection
telle que Spinoza la définit.
Ces pages constituent la confirmation
par l'écriture éclairée
d'une forme de sagesse
acquise au terme
d'une méditation assidue
déjà ancienne.
(Spinoza, TRE)
Elle vaut confirmation
du souverain bien choisi.
Aligner ici faits & gestes d'un humain
confirme l'intuition du bien faire.
Connaissant chaque jour un peu davantage
le vrai bien auquel cette vie-ci se consacre,
avoir su, à la suite de Spinoza, que
« les biens de la vie commune »
peuvent « être réintégrés à titre de moyens. » 25
Ce livre semble ouvrir des passages neufs
dans l'oeuvre de Spinoza.
Il offre une grille de lecture novatrice
en l'équipant d'une palette conceptuelle
qui tend à mettre de neufs concepts
en contact.
 A. Suhamy sait user de métaphores
se référant à ce (supposé) métier
de tailleur de verres d'optique
qu'exerçait Spinoza
quand il n'écrivait pas.
Le foyer en est une...
 L'orange a la vibration incantatoire
du rouge
& la vivacité lumineuse
du jaune.

Jour intérieur enjoué
face au spectacle simple de la vibration
dans le balancement discret

de ce vert arrimé aux branches.
Un vent matinal
fait ruisseler les bouleaux.

L'éventail joyeux que font
ces trois troncs assemblés
constitue attachement viscéral.

Un vent ténu emporte
ces goutelettes d'or
détachées des bouleaux.

Elles choient au sol
dans la caresse apportée
à un visage offert.

5 11 18

L'onde nait de la caresse du vent sur le flux.
Le bus fluvial remonte le courant.
Le regard à la fenêtre frôle l'eau.
Dépôt au pied de La Belle Liégeoise.

À l'année prochaine !

La rotonde du musée
propage le moindre son
en un écho vibratoire.
L'exposition de design

valait le déplacement:
architecture d'après séismes
et la conception d'objets
compensant nos fragilités.

De la créativité à tours de bras.
Ville dominicale dépose sa vallée:
son silence matinal pondère
l'après d'un flux circulatoire enfin non tendu.

Le train de milieu d'après-midi
projette une ombre longue.
Une fois rendu à son havre,
un corps-félin ouvre sa passe-énergie:

la vigueur y circule paisible;
un moment omise,
l'aisance revient,
surprise par la résilience

du corps-familier.
Une tiédeur citadine
qu'une prudence rurbaine ignora,
& c'est un pull que les mains rangèrent

sur l'instance intuitive
du corps en surchauffe.
Compteur de stress
remis à zéro

par l'activation des portes-tambour,
confiance réciproque
entre corps de soi
& le soi conscient.


4 11 18

Cette ardeur à s’agir,
persévérée, nulle brûlure;
une consécration plutôt,
celle de la conscience de soi
prenant le pas sur le penchant,
cette ancienne fêlure; aucune lutte.
La raison, une sagesse finalement.
À suivre loin de l'agitation.

3 11 18

Corps-fête à la lumière !
Rien ne lui échappe...
Il s'active, dès le matin né,
au compostage des chutes culinaires:

pommes-cadeaux reçues
valeur symbole d'un lien nature-homme.
Madeleine, ce corps de balai,
reprend du service

pour assembler en terrasse
feuillages saisonniers,
cette couche d'interface
conduite en brouette-carrosse

vers ce lieu vibrant de vies.
Herbes blanchies, première main,
là où les fruitiers ne les protègent pas
de leurs dômes bienveillants.

Vingt minutes concentrées.
davantage aurait déplu.
Une mousse prospère,
lisière de mondes

toute en verdeur
sous le matelas
que Madeleine entraîne.
Mas pourquoi l'avaient-ils appelé Madeleine ?

Que nul corps
ne rompe...


2 11 18

Interrompre, pour un temps,
l'entropie qui s'installe
à la façon du métronome inlassable
qui égrène la pulsation

en exerçant l'attention
à toujours mieux percevoir
le dés-ordre enraciné
dans le flux vital.

Le réel trouve à l'alimenter
dans la confusion qui nait
d'une moindre attention portée à
la perception de l'action,

délétère, parce que
progressive,
d'une attention qui
se dilue.

16h50-18h30

La fenêtre de lumière rétrécit chaque jour de quelques minutes d'angle. Cette moindre exposition agissante n'est pas une tristesse mais une opportunité, celle de saisir joyeusement chaque occasion solaire pour s'en imprégner, quelle que soit l'activité par ailleurs que la vie emmène sous son pommeau. Chaque repli, chaque pliage que l'astronomie fait à notre hébergeuse se compense par un dépliage d'occasions saisies à d'autres moments. Le rose vient aux joues du corps qui marche dans les corridors de lumière. Une sensation de bien-être l'imprègne davantage lorsque la fenêtre se referme sur la nuit qu'allonge l'automne en nos contrées.


1 11 18

Routine
obsédante,
matricielle,
perte de sens.
Raviver cet
Éveil.


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