J'avais fort hésité au vu du prix d'entrée: 15,5€. Et puis, une récente conférence sur la toponymie égyptienne m'a donné le goût de l'Égypte. J'aurais dû suivre mon instinct. Mais bon...

L'argent, partout des caisses pour le capter: une mini-librairie clôture l'expo, un classique désormais. Le catalogue scientifique hors de prix, la version anglaise 4€ plus chère encore, à 29€. La version « jeunesse »: des dessins, peu de photos. Des tasses, des aimants (renommés magnets, en hommage discret au Ministre-Président de la Wallonie ?), des objets de mercatique muséale... à prix usuraires... avant de tomber sur la vraie librairie de l'IMA, nettement moins fréquentée, au rez-de-chaussée qui, elle, vaut ample détour et m'a d'ailleurs valu de découvrir un beau cotonné noir et blanc fabriqué en Palestine, ce dont je suis infiniment reconnaissant à cette institution essentielle dans le paysage culturel français.

Et puis surtout la foule décosmisée, comme dirait A. Berque: chacun erre dans sa bulle, assez inconscient de/indifférent à la présence d'autrui - nous sommes pourtant trop nombreux ! -, des trajectoires un peu erratiques qui s'imposent aux autres (comme sur les routes wallonnes !), un zapping forcené croise constamment votre regard, sans égard pour lui. Impossible de prendre du recul face à la majesté d'une statue désengloutie par une équipe d'archéologues sous-marins hors pair: elle est submergée par la foule assez indifférente, à l'enthousiasme absent, au regard éteint par une scénographie muséale devenue routinière: salles dans le noir sauf ce qui est (trop) fort mis sous le halo assez froid d'un spot basse comsommation.

La première salle est encombrée de personnes casquées qui ne comprennent pas le maniement du téléphone (trop) intelligent qui leur lit, en langage abrégé, ce que les quelques lecteurs sans casques peuvent parcourir de façon complète aux murs. Les conservateurs sont honnêtes: c'est écrit en toutes lettres dans le hall d'entrée ! Un petit bonus: le vestiaire est gratuit.

Impossible de se laisser imprégner par aucune oeuvre. Le tourisme mondialisé a tant vanté cette exposition que j'en fus tout attrapé moi aussi... Par des mensonges d'ailleurs: le marketing culturel autour d'Osiris (le pauvre n'en peut mais !) nous vante une première... déjà montrée à Turin au milieu des années 2000, nous dira le court film scientifique tourné par l'IFAO !

J'ai pris cela avec bonhomie, mais c'est un skandale (avec la voix de Georges Marchais...) ! Ce qui est scandaleux, ce n'est pas que l'expo puisse être populaire; c'est même un bien pour la culture. Non, ce qui me scandalise, c'est que les organisateurs autorisent autant de monde à la visiter en même temps. La moindre statuette a au moins quinze paires d'yeux posées dessus en même temps. Allez-y, vous, pour y voir quelque chose !

Une suggestion: un compteur instantané du nombre de visiteurs à l'intérieur, dans la file avant les quatre caisses (et l'inévitable scan des sacs, urgences étatiques obligent ! - et ce portique qui sonne à chaque passage, auquel personne ne prête attention... -; j'aurais rebroussé chemin.

Moralités: 1. Suivre ses intuitions... 2. Vivent les petits musées hors pistes, à des années-lumière des autoroutes mondialisées. 3. On ne m'y reprendra plus. 4. La mercatique entrepreneuriale tue la culture.


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