Longtemps ce vieux pull bleu clair, à la fibre très synthétique, fut d'un toucher doux à sa peau d'alors. Il l'avait souvent porté en l'honneur du parrain laïque de son père. Un doudou tardif de l'âge adulte reçu de sa veuve qui lui avait survécu de quelques années. Puis le toucher réminiscent s'était estompé jusqu'à cette récente mise au jour dans un tri plus radical de garde-robe. Il avait lâché prise, charme éteint. Il l'encombrait sans usage.

Le souvenir du camionneur de la Coopérative restait vif, tapi dans quelque recoin qui se revisite en l'écrivant, telle la pièce du fond dans laquelle il se tenait le plus souvent, proche du jardin d'ouvrier. L'enfant qu'il était avait un jour découvert la lourde porte coulissante du garage de sa maison natale, servant de mur très lumineux à cette annexe dans laquelle le couple sans enfant les accueillait, ses parents et lui. Par quelle magie elle s'était retrouvée là, il n'en savait rien et n'avait jamais demandé. Cela ne se faisait probablement pas. Il avait juste adressé un regard étonné et silencieux avec son père la première fois. Un doigt sur la bouche avait peut-être même bien scellé le non-dit.

Le dernier élément s'ouvrait sur la courette à l'arrière. On y accédait en longeant la maison qui était semimitoyenne. C'était là qu'ils recevaient les visiteurs attendus.

 Photo scannée
 à partir de l'Agenda 1940
 de l'Union coopérative de Liége
 (own copy)
 En 1939 et jusqu'au milieu
 des années 50, les entrepôts,
 d'où partaient les camions
 pour livrer les magasins,
 étaient situés au Val-Benoît.

L'homme avait été ouvrier-boulanger avant de devenir camionneur: l'emphysème. L'employeur conservait ses hommes. Il avait été pensionné le 1 9 1967 et s'était éteint moins de cinq ans plus tard. L'enfant devenu sexagénaire en avait retrouvé la date au cours de ses recherches dans une partie des archives détenues par l'Ihoes. En rangeant la maison parentale, l'enfant avait aussi mis la main sur les jumelles qu'il utilisait lors de leurs vacances annuelles aux Dolimarts. Sa veuve les avait données à son filleul. Elles observent désormais les oiseaux du havre actuel.


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