Jacques Bouveresse, La demande philosophique (Essais I, 34): « En philosophie, le fondement de tout le reste est constitué par l'analyse de la structure fondamentale des pensées. Ce qui reste à penser est si la philosophie de la pensée doit être ou non approchée par l'intermédiaire de la philosophie du langage; & si la réponse est positive, la philosophie de la pensée se transforme alors en ce qu'on appelle LA THÉORIE DE LA SIGNIFICATION. »

Poursuivre le raisonnement: si la réponse est négative, à savoir si la philosophie de la pensée ne doit pas être approchée par l'intermédiaire de la philosophie du langage, trois questions:

  1. la philosophie de la pensée ne se transforme-t-elle alors pas en théorie de la signification ?
  2. & dès lors, en quoi la philosophie de la pensée se transformerait-elle, pour autant qu'une transformation dût avoir lieu ?
  3. ou alors demeurerait une philosophie de la pensée qui ne se transformerait pas ?

Michael Dummett ( philosophe analytique, Britannique, Oxford University, Wykeman professor of logic, 1925-2011): « Le/La philosophe ne cherche pas à savoir plus, mais le/la philosophe cherche à comprendre plus clairement ce que l'on sait déjà. »

Le/La philosophe cherche à

  • comprendre plus clairement
    • ce que l'on sait déjà,
      • ou ce qu'on croit déjà savoir;
    • ce qu'il/elle sait déjà,
      • ce qu'il/elle croit déjà savoir;
  • clarifier la compréhension
    • de ce qu'il/elle sait déjà,
    • de ce qu'il/elle croit avoir déjà compris.

L'ajout d'une croyance possible dans le raisonnement tenu me vient suite à mes lectures sur le temps tel que le revisite brillamment un astronome italien, Carlo Rovelli. Deux de ses ouvrages, l'un lu, sur L'ordre du temps, l'autre toujours en lecture, Par-delà le visible (11 7 21), remettent fondamentalement sur le métier notre compréhension du monde en ajoutant du savoir scientifique à ce que nous comprenions déjà. À raisonner en vase clos, comme le suppose la phrase de M. Dummett citée & traduite par J. Bouveresse, forcément la philosophie prend du retard. Ces savoirs neufs rendent obsolètes, à mes yeux du moins, les philosophes qui ont cru pouvoir se dispenser de neufs apports scientifiques que les sciences continuent d'accumuler pour une meilleure compréhension du monde.

Les sciences nous permettent d'abord de mieux comprendre "le monde"; à charge ensuite pour certains philosophes de s'en emparer pour les inclure dans leur propre pensée. C'est par exemple ce que font G. Deleuze & F. Guattari en s'appropriant ce que les botanistes ont compris du fonctionnement des rhizomes à l'époque où ils ont rédigé l'essai qu'ils consacrent à la pensée rhizomatique. Sciences & philosophie vont de pair. Elles s'éclairent mutuellement. Elles apportent des éclairages complémentaires pour mieux comprendre la place infinitésimalement nanosphérique que prend l'humain dans ce vaste ensemble...

 

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