« Je ne pouvais pas faire autrement pour vivre que de faire ce que j'ai fait. »
Chantal Jaquet, Chemin faisant, PUF, 2021, p. 85


Tout pays a son armée. Jusqu'aux forces japonaises d'autodéfense, puisqu'elles sont en train de "virer casaque", non sans difficulté.

Chaque militaire a accès à des armes.Parfois, il en abuse, au nom d'une idéologie d'extrême-droite incompatible avec un État de droit.

Toute armée doit donc acheter des armes et des munitions qu'il met ensuite à disposition de militaires que l'État rémunère.

Auprès de qui ces achats ont-ils lieu ? Dans un idéal peu compatible avec le capitalisme mondialisé, chaque État devrait héberger sur son sol des industries occupées à produire armes et munitions. Plus des véhicules terrestres, maritimes & aériens pour transporter humains et les instruments de mort mis à leur disposition. Des salons ont même lieu dans des lieux publics, comme ce Milipol dont la presse audiovisuelle a brièvement relaté la tenue.

À quelles fins ? Tenir à distance tout ennemi qui souhaiterait envahir/occuper/annexer/ le territoire d'un État qui ne le souhaite pas. Cela paraît raisonnable. Mais l'est-ce tant que cela ?

Par ailleurs, mais c'est au coeur même du processus de déshumanisation à l'oeuvre dans tout conflit armé, les droits humains, les droits sociaux  et aussi les « droits syndicaux »  semblent bien trop souvent être mis entre parenthèses par La Situation d'un État et ou un peuple, un ensemble d'êtres humains, en guerre avec un envahisseur extérieur ou intérieur comme le sont les Ukrainiens, les Palestiniens, les Ouïghours, les Arméniens du Haut Karrabagh et tant d'autres qui sont isolés, affamés, blessés, voire estropiés, laissés sans soins et/ou directement assassinés.


Le Monde diplomatique de novembre 2023 rappelle que la publication mensuelle est non-alignée. L'équipe dirigeante de la rédaction y explique & y justifie longuement la fermeté de leur engagement rédactionnel. Un article de Mme Hélène Richard expose le réel vécu par la population ukrainienne sous le titre Loin du front, la société ukrainienne coupée en deux: cela affleure trop rarement dans la presse pour être passé sous silence. Elle y approfondit les tenants et les aboutissants de la complexité vécue.

Le numéro tout entier met en avant des thématiques qui sont abordées sans faux-fuyants. Je suis comblé d'être par abonnement si opportunément informé.


Comment sortir de la négation du non-alignement et réaffirmer

  • un attachement profond à la paix;
  • un rejet inconditionnel des armes et bien sûr de leur commerce mondialisé aux voies si occultes, sans radar autant individuels que collectifs;
  • un attachement au respect des droits humains individuels et collectifs;
  • le droit à l'objection de conscience face à la conscription - cela éviterait ces certificats médicaux d'exemption chèrement monnayés pour en obtenir l'exercice légitime;
  • une opposition au nucléaire, qu'il soit civil (et bientôt...) ou militaire - voire la Corée du Nord...;
  • un recours à la non-violence, au dialogue, à la médiation dans la gestion puis la résolution de tout conflit.

Tant de choix rationnels posés en toute conscience au long d'une vie se sentent devenir taiseux, comme s'il était désormais malséant de réaffirmer ces positions.

Plus spécifiquement sur l'objection de conscience, ceci: il existe un bureau européen pour l'objection de conscience qui établit dans son rapport annuel téléchargeable l'état des lieux par pays: Pour l'Ukraine, la Fédération russe et la Belgique sont évidemment reprises.

Amnesty International se fait également l'écho de cette thématique. En Israël, les jeunes qui s'en réclament se retrouvent en prison...


Être devenu taiseux pour ne pas rabâcher, pour attendre le trop tardif moment où

  • les armes se tairont;
  • les armes des vaincus seront démilitarisées;
  • les terres minées seront déminées - tâche titanesque au vu des obus de la première guerre mondiale que moult fermiers retrouvent encore dans les champs qu'ils cultivent;
  • l'armée redevenue paisible prendra soin des militaires ayant survécu aux massacres jusqu'à complet rétablissement physique et mental;
  • les personnes travaillant pour l'industrie de l'armement seront reconvertis dans l'industrie environnementale, climatique, de reconstruction des bâtiments détruits, etc.

Taiseux face à ces enjeux par respect pour les innombrables souffrances humaines qu'armes armées de munitions fournies armant militaires oeuvrant pour la défense de leurs concitoyens non militaires/militarisés.

Taiseux par impuissance aussi face aux déferlements déclenchés par la face sombre de forces destructrices qui nous dépassent, contre lesquelles il semble vain de résister aussi bien à titre personnel que collectif.


Robert Badinter, interrogé par Augustin Trapenard dans La Grande Librairie du mercredi 15 novembre 2023, a eu quelques expressions qui m'ont tellement marqué que je les ai notées:

  • La vérité humaine: l'homme est un animal qui tue.
  • L'homme n'est pas bon.

« Se taire. Oui, se taire. Ne plus savoir ce que parler veut dire. Ce que dire veut dire. » Santiago Amigorena, Ghetto intérieur, éditions Folio, 6893, p. 115 Un grand livre. Une plume habilement conduite.

La taisance de l'individu en soi est à l'évidence relative; elle tient pourtant le haut du pavé à l'encontre de ces nombreuses résurgences d'inhumanités tellement armées qu'elles en sont devenues impuissantantes...

 

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