ll est quelques plumes bien conduites & ultracontemporaines auxquelles la confiance s'accorde. Elles nous sont aimables. Celle de J. F. Billeter est de celles-là. Sa fidélité aux éditions Allia est remarquable &, réciproquement, la fidélité de l'éditeur G. Berréby l'est tout autant. Les oeuvres complètes de J. F. Billeter construisent une lecture possible de l'universel à laquelle, d'une plume très acérée & admirablement concise, il nous convie de prendre connaissance afin de décider en conscience si nous poursuivons le chemin en sa compagnie.

D'oeuvre en oeuvre s'affine une épure philosophique au ciselage de très grande facture. Quelques raideurs, sans plus; qui n'en a pas ? Rien d'alarmant ! En moins de cinquante pages, il sublime une forme philosophique propice à éclairer notre chemin propre. Il en avait déjà semé de très précieuses gemmes, notamment dans Esquisses, Un paradigme & Tchouang-tseu dans ses oeuvres.

Se cherche encore sur Nulle Part une manière sans redites de présenter ce nouvel opus dont la brièveté même est un défi lancé !

Un avis circonstancié/circonstanciel sur le site Nonfiction, de la main de Benjamin Caraco. J'extrais ceci:

« Dans Le Propre du sujet, Billeter renvoie régulièrement à ses précédents livres – sur la philosophie, l’Europe ou sa traduction de Lichtenberg – comme s’il éprouvait le besoin de répéter sous des formes différentes sa pensée afin qu’elle soit mieux comprise. L’essai peut également se lire par endroits comme un droit de réponse à certaines critiques bienveillantes – sur la brièveté de ses livres, sa conception philosophique ou certaines de ses propositions politiques qualifiées d’optimistes. En cela, Le Propre du sujet s’apparente à une postface de son œuvre prise dans son ensemble ; le livre est donc relativement dépendant d’une connaissance de ses travaux antérieurs. L’essai prend une tournure plus personnelle lorsqu’il évoque sa conscience d’Européen, en lien avec la ville de Bâle, où il est né, et, comme il le rappelle dans une digression, où a vécu le « premier » Nietzsche, professeur de grec et critique de talent, avant de devenir durant la seconde moitié de sa vie un « mauvais philosophe ». Ce passage, particulièrement original et intéressant, complété en annexe par une traduction d’un extrait d’Humain, trop humain du même Nietzsche par Billeter, mériterait d’être poursuivi lors d’un prochain opus. 

Quel que soit le sujet traité, Jean François Billeter donne l’impression de disposer d’une pensée globale et cohérente, empreinte d’une grande humanité, où philosophie et sinologie sont étroitement liées. Ses essais, toujours concis et parfois très brefs, n’en sont pas moins denses et donc parfois difficiles à résumer dans le cadre de l’exercice du compte rendu, invitant en creux le lecteur à les découvrir par lui-même. »

Je n'ai personnellement pas l'impression que J. F. Billeter se répète mais qu'il [s'] approfondit.


En écartant la parenthèse bâloise qui tient en douze pages bien circonscrites par l'auteur(28-39), & est bien intéressante par ailleurs, les propos sur le propre du sujet construisent une VISION qui se précise toujours d'avantage, de livre en livre. Cette VISION repose sur une activité du corps qui déroule des phénomènes. Chaque phénomène devenu conscient , càd dont l'intensité consciente atteint un certain degré, « apparait le sentiment du je. » Le sentiment du je apparait à l'occasion de la manifestation d'un phénomène qui résulte d'une activité de notre corps. Ce sentiment du je cibstitue « le propre de ce que » J. F. Billeter & nous, ses lectrices, ses lecteurs à sa suite, « appelons le sujet. » 11


Comment observer la manifestation consciente de phénomènes résultant de notre activité ? Deux méthodes:

  • L'arrêt de l'intention 8 - 9 L'auteur définit l'intention comme « la tension dans laquelle nous vivons la plupart du temps ». Pourquoi cette tension ? « Parce que nous tendons vers
    • ce que nous devons
    • ou ce que nous voulons faire. »

Suspendue, la tension crée un temps de pause durant laquelle cette VISION peut prendre forme en réfléchissant, en imaginant, en nous abandonnant à la rêverie ou en percevant mieux ce qui se passe autour de nous.

Durant cet arrêt, «

  • nous cessons de nous mouvoir,
  • notre respiration ralentit,
  • notre visage se détend,
  • notre regard se perd.

C'est cet arrêt [de l'intention] qu'il s'agit de cultiver. »

  • La seconde méthode consiste à désactiver le langage; même à le maintenir désactivé pour prolonger nos observations, pour circonscrire un danger, celui de recourir « à des notions convenues qui ramèner[aient] l'inconnu au connu & fer[aient] que, satisfaits à bon compte, nous cesser[i]ons d'observer. » 9

En réactivant ensuite le langage, la prudence nous fera veiller « à choisir les mots qui rendront de façon la plus juste ce que nous aurons VU. » 10


 

 Ces quelques mots désignent des gestes que l'activité du corps pense en conscience en vue d'en intégrer les apports en soi avant d'entreprendre la compréhension des mondes dont sont faites les diverses strates du réel auxquelles  le soi a accès.

À suivre

 

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