L'opus 2023 que J F Billeter a confié à son éditeur de référence, Allia, s'intitule Une révolution dans la pensée.

À trois endroits dans ce bref essai, l'auteur utilise les mots du titre pour

  • en justifier la survenance (7): « ... sur la catastrophe en cours...il faut que [le projet historique] soit fondé, me suis-je dit, sur des données de première main admises par tout le monde. Il n'a pas été conçu jusqu'à présent parce que nous n'avons pas vu ces données premières. Nous en avons été emppêchés par par les traditions intellectuelles, philosophiques et religieuses dont nous avons hérité. Pour apercevoir ces données, il faut donc une révolution dans la pensée. »;
  • en expliquer la manière dont elle se pourrait se produire (14): « Il se produit une révolution dans la pensée quand un paradigme en remplace un autre. L'ancien ne peut être abandonné qu" s'il en offre un nouveau, et l'on ne comprend véritablement l'ancien que lorsqu'on s'en détache. Ainsi du dualisme de Descartes. »;
  • & en préciser les conditions d'une bonne compréhension (20): « Pour que ma révolution ait quelque chance d'être comprise, il fallait un langage qui ne prête pas à confusion. Je me suis servi de mots familiers, mais en donnant à bon nombre d'entre eux des acceptions nouvelles. L'incovénient de cette façon de faire est que certains lecteurs prennent connaissance de la définition, l'oublient, reviennent au sens habituel du mot et me comprennent ensuite mal ou pas du tout ». En note, l'auteur précise ces mots:

Ce n'est quand même pas "la mer à boire", me dis-je en tapant le contenu de cette note. Je croise les doigts pour ne pas être tombé dans le panneau que J F Billeter souligne... Je m'en vais donc (re)partir en relecture des essais qui figurent sous le nom de l'auteur sur ce site, voire également de certains ouvrages.

Sur le choix judicieux de l'auteur de privilégier des mots familiers, il convient d'en réaffirmer la pertinence. Qu'un auteur fasse le choix de créer des néologismes, comme c'est le cas d'Augustin Berque, naît plus ou moins rapidement la nécessité de sacrifier au recours à un glossaire qui en décode les sens et contextes. J'avais d'ailleurs éprouvé le besoin pour moi-même de créer une terminologie dynamique de la mésologie avant qu'A. Berque ne s'attèle lui-même à la rédaction de son propre glossaire. Il ne m'a jamais semblé utile que J F Billeter se livre à une telle synthèse tant ses ouvrages sont fondés à clarifier leur propos en précisant à de nombreuses reprises le sens qu'il attribue à chaque terme qui équipe son projet.

En rassemblant physiquement les ouvrages publiés depuis 2018, j'en ai dénombré 9 ! C'est peut-être cette productivité qui peut (lui) donner l'impression de n'être pas entendu/compris. Qui peut aussi peut-être quelque peu nous perdre nous aussi qui le lisons.

  1. Un ouvrage ajoute un essai aux trois déjà présents sur la traduction;
  2. deux concernent l'Europe:
    1. Demain l'Europe &
    2. Pourquoi L'Europe: réflexions d'un sinologue;
  3. deux sur la langue chinoise et son enseignement:
    1. Les gestes du chinois &
    2. L'art d'enseigner le chinois;
  4. deux autres (ré)abordent le sujet sous deux angles neufs:
    1. Le propre du sujet &
    2. Héraclite, le sujet;
  5. un se penche artistiquement sur Bonnard, Giacometti et P. [l'auteur de La genèse I];
  6. et enfin, le plus récent: Une révolution dans la pensée qui a pour objet de nous ramener au centre du paradigme philosophique principal que parcourt une oeuvre qui s'esquisse de plus en plus finement.

La vingtaine d'ouvrages de sa plume, par leur forme encyclopédique, offre à nos (re)lectures un tremplin auquel il est roboratif de se frotter périodiquement.


À quatre reprises dans Une révolution de la pensée, l'auteur cite un (long) passage de deux de ses ouvrages antérieurs: Esquisses, une fois & Un paradigme, trois fois. Une manière de souligner un fil conducteur, une cohérence précise au long cours. & aussi d'isoler ce qu'il est absolument indispensable de retenir dans ces deux ouvrages si le message que leur auteur délivre veut avoir l'occasion d'être compris.


En grand lecteur, l'auteur élargit ici encore, me semble-t-il, la palette de ses lectures en direction de Pascal et Descartes en passant par Stendhal (1783-1842), notamment. Il y est également fait mention de Husserl (1859-1938), Sartre (1905-1980) et Merleau-Ponty (1908-1961) ( (p. 16, note1) qui sont demeurés dualistes en matière de corps-esprit à la différence de l'auteur.

En trois chapitres

  1. Un nouveau paradigme: il comporte 19 paragraphes;
  2. Pascal et la connaissance du sujet, en 12;
  3. La suite de l'histoire, elle, tient en 26 paragraphes;

et deux bien intéressantes annexes intitulées

  1. Les notes de Pascal sur les trois ordres en 16 points;
  2. Un extrait de la première biographie de Descartes établie par Adrien Baillet (1649-1706).

Un nouvel opus donc, en forme de rappel ? Une insistance ? Une courbe rentrante ?

Rien ne m'autorise à trancher parmi ces interrogations qui me sont venues, tout au plus puis-je exprimer ma circonspection face à cet ouvrage car je n'en perçois pas/pas encore [?] bien l'apport, de ce nouvel ouvrage, à la suite des ouvrages précédents tant Descartes et Pascal me semblent appartenir à une tout autre tradition philosophique que celle dont J F Billeter nous imprègne, nous ses lectrices et ses lecteurs, depuis longtemps. Une technique de rétrolecture, en commençant chacun des trois chapitres par la fin, va m'occuper quelque temps. J'en attends une meilleure compréhension du propos de l'auteur; cette technique exerce la vigilance.

 

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