La chronique sur nonfiction.fr qui a titillé le désir d'en savoir davantage: Une science du devenir ?

Anne Fagot-Largeault procède avec une maestria remarquable à nous déployer du sens au coeur notamment des écrits d'A. N. Whitehead (chapitre 4), suivis de ceux de G. Simondon (chapitre 5). C'est par ces deux chapitres que la profondeur de son approche de notions neuves s'est entamée. La très nette sensation d'être là à frôler du très lourd, du très pertinent, de l'indispensable même.

Elle déploie des passages choisis, les cite à propos dans l'anglais original, en offre une traduction française si elle existe, la sienne propre à défaut, & en résume à la suite les propos. Cette façon de procéder, preuves à l'appui en quelque sorte, lui permet ensuite de citer des passages, tout aussi choisis avec une justesse très élégante, qui se sont, comme elle, confronté·e·s  au texte whiteheadien & en ont acquis leur propre interprétation. L'autrice nous guide d'une main très sûre à travers quelques concepts-clés qu'elle présente avec une clarté jamais prise en défaut.

Membre honoraire du Collège de France, Chaire de philosophie des sciences biologiques & médicales, elle connait Platon & Aristote comme sa poche ! Le propos de son oeuvrage est tout entier contenu dans ses titre & sous-titre: Ontologie du devenir: l'évolution, l'univers & le temps. La matière de son propos est bien plus vaste donc que le versant whiteheadien cher au GeCo bruxellois. Elle avait mis trois années à le développer au cours de conférences qui sont toutes disponibles sur le site du Collège.

La table qui en structure la matière progresse en sept chapitres, dont deux ont été confiés à deux spécialistes de l'astrophysique. Elle possède la structure bi-étagée si propice à en organiser la matière avec une promesse de davantage d'aisance pour la lecture. Ces septs stations sont autant d'étapes nécessaires pour parvenir à mieux cerner le devenir & son ontologie. Il est patent qu'il s'agit là d'une oeuvre de maitrise: elle est susceptible de devenir d'autant plus marquante à mesure que l'effort (une des trois traductions que P. Macherey propose pour rendre le conatus spinozien) s'y plonge toujours davantage.

Cette reprise d'un pulsion de compréhension nullepartien de l'oeuvre de Whitehead semble devoir être couronnable de davantage de succès encore. Le GeCo bruxellois, notamment grâce à D. Debaise, avait déjà bien balisé le terrain.

C'est une interrogation vertueusement conduite à travers l'oeuvre d'auteurs nqui se sont penchés sur ce que devenir signifie. En établissant ces ponts traversiers, l'utrice nous confie quelques clés ouvrant l'une ou l'autre porte donnant sur quelque couloir insoupçonné de notre existence propreen constant devenir, un peu à la manière de l'inspecteur Molavoine quand il part chaque nuit explorer les chambres de la pyramide intérieure dans Le veilleur du jour (J. Abeille). Ces deux-là notent tous les indices pertinents & leur donnent sens. Ces univers philosophiques ici mis à plat parlent au travers de concepts ciselés sur l'établi, notamment en ce qui concern Whitehead & Simondon. Ainsi parlent les morts & leurs traces.

 

 

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