Faute de soleil, sache mûrir dans la glace.
H. Michaux

C’était une terre morte et stérile, oubliée du soleil. Les gens y vivaient les yeux baissés, recroquevillés d’ennui sous un ciel sans grâce, emmitouflés et frileux jusqu’au coeur même de leurs songes.

Ses rêves à elle étaient rougeoyants ou gorgés d’un or pâle. Rêves de soleil levant, de soleil couchant, de soleil de quatre-saisons.

Alors, un jour où le froid se faisait plus intense encore que de coutume, un jour de neige dure et compacte, elle partit dans la plaine.

Elle se coucha sur le sol gelé, s’étira soigneusement, sans oublier le moindre petit muscle, le plus minuscule tendon, le plus infime carré de peau. Et s’offrit, confiante à la brûlure de la glace.

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Après une semaine de battues, où chaque sentier, chaque talus, chaque recoin se vit passer au peigne fin, il fallut se rendre à l’évidence : elle avait disparu.

Des rumeurs circulèrent. On évoqua, à mots couverts, la traite des blanches. On accusa, par habitude, les gitans établis à l’écart du village. Puis le temps fit son oeuvre. Le pays retourna à son humide hébétude.

Et le corps ne fut jamais retrouvé.

Il y avait bien ce chien-loup, hurlant obstinément, le regard rivé sur un parterre d’edelweiss qui s’épanouissaient là, dans cette région sans relief où rien, jamais, n’avait poussé.

Étranges fleurs de givre…

Mais dans ce pays comme dans bien d’autres, les hommes ont oublié depuis longtemps le langage des chiens.


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