La voiture s’était arrêtée d’elle-même : ses caméras avaient dû capter l’inusité du lieu. La ville se suggère par ses trappes.

Les architectes y ont intériorisé leurs élans. Vers le bas. Les géologues ont dit le faisable. Les urbanistes, minimalistes, ont fait ondoyer un ruban de bitume dans l’herbe.

Presque discret, se la jouant mimétique avec le ciel, un poteau à côté de chaque trappe soutient les mailettes et les sonnettes. Un effleurement et la trappe pneumatique s’entrouvre sans bruit : la cage d’ascenseur transparente sort de terre. Un  welkom clignote, étonnant rappel de fermetures insidieuses.

Le cheminement est bref. La maîtresse des lieux, fort élégamment dévêtue, l’accueille d’un « Ah c’est vous ! ». Que répondre face à l’évidence ? Elle a aveuglé les caméras de malveillance. La lumière naturelle se découpe dans la falaise. L’horizon y trace une fine ligne de partage.

Des baies vitrées avec les oiseaux pour seuls témoins. Mer inaccessible sans être lointaine. Ses plus équinoxiales marées sont 1 ou 2 hectomètres plus bas.

Il hésite entre deux émotions visuelles : elle ou son lieu ? Elle semble faire (beau) corps avec lui.
-  Mettez-vous à l’aise.
-  Vous ?
-  Ah oui, modestie british. Le Tu ne me sied pas. Ni le tu tu d’ailleurs. Cela vous gêne ?
-  Au contraire, la grâce de notre intimité en pareil  lieu en sera magnifiée.

Un bruit métallique assez fort :
-  Votre voiture est en lieu sûr. Mais mettez-vous à l’aise.
-  Je vous en prie…

Un monde de rêve allège le jour.

L’intimité tient à deux portes fermées. Elles donnent sur les deux falaisons voisins. L’ascenseur s’arrête à plusieurs niveaux. On le voit passer sans l’entendre, un gantage de soie noire les protège de l’incongruité d’autres regards.

Le réseau amical interfalaisé est complexe. Elle passera un temps suspendu avec son visiteur, dans son espace alvéolaire et généreux.

Une sieste enchevêtrée l’a vue sombrer. Lui, pensif, s’imprégnant du lieu, a pris la mesure de son apaisement. Le calme habite la ville. Ce souci d’habiller tout de silence repose sur d’anciennes blessures.

La construction de FALAISANNE est restée unique, comme un acte rédempteur. Ses concepteurs sont restés discrets : leurs signatures au bas des contrats.

Chacun découvre Falaisanne au compte-gouttes et s’engage à ne pas vendre la mèche. Leur silence est si précieux à la sérénité du lieu.

Il y revient quand l’absence devient une errance.


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