Être ce visage pleinement.
Ce regard rayonne à l'intérieur même des orbites en retrait. Y être fidèle, un peu comme si lui étaient déléguées les abysses ressentis d'anciennes traces de désespoirs inconnus, inconnaissables même, factuellement parlant. Il semble entrainer dans son sillage d'inconnues lourdeurs biographiques ancestrales. Il n'est peut-être pas si étonnant que cela qu'un médiateur soit le bienvenu.

Ce visage vit retiré, comme s'il sommait un corps souhaitant se (re)tenir au bord de mondes où il confirme son équilibre, quand bien même celui-ci fut-il inquiet.

La profondeur sombre du coin supérieur gauche assure la part noire, noircie, noirâtre de notre conscience de soi.

Ce front allégé prône-t-il une forme de transparence mentale ? Une forme de lucidité personnelle peut-être au travers même de cette part enfouie de noirceur en soi.

Le nuage brun qui flotte dans la partie supérieure du tableau s'harmonise avec lui.

Ces lèvres paisiblement posées l'une sur l'autre font percoler sur l'ensemble du visage une forme de sérénité tranquille qui peut être vue comme inspirante. Une retenue équilibrante.

Roger Somville, un peintre d'envisagements.


La fondation Roger Somville (1923-2014) consacre la constance d'une pratique artistique. En cliquant sur le lien, vous y atterririez... en plein dans les années 1970. La sélection d'oeuvres fait l'objet d'un classement chronologique décennal de belle facture. Le livre le plus récent écrit par l'artiste est épuisé chez l'éditrice, qui a elle-même cessé ses activités. J'en ai demandé l'extraction de réserves en bibliothèque publique. Il s'intitule Peindre (2000, éditions Luce Wilquin). L'auteur s'y réclame du réalisme en peinture. J'en extrais ceci, peut-être aussi parce que nos deux vocabulaires semblent s'y harmoniser:

  • « Oui, l'oeil est au coeur de la peinture, laquelle doit son existence à ce qui se joue entre le visible et l'invisible dans le regard du créateur et dans celui du spectateur. L'oeil est même souvent (mais pas toujours) au coeur de la peinture sur la toile quand il y figure & synthétise une médiation possible entre l'ensemble des réalités vécues & rêvées par les hommes. » 14
  • « Mon hypothèse demeure que le voie du réalisme est celle qui permet d'ouvrir toujours une brèche dans l'intense réseau des brouillards idéologiques. » 20
  • « Envisageons à présent [la réalité] ... animée de mouvements dynamiques la secouant en profondeur. Que voit-on sinon tout le contraire d'une heureuse harmonie ? Sous la surface paisible du sisible se cachent des monstres... » 34
  • Soumettre l'art au marché est une « épidémie venimeuse... Ainsi Diderot ... nommait-il ... la nouvelle sujétion de l'art au marché. » 35
 

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