Cet ouvrage résulte d'un assemblage de textes pré-existants. En voici la matière, telle qu'elle s'attable devant nous:

Une lecture sélective du chapitre 5

L'éveil

L'ainsité = la réalité telle qu'elle est, intensément présente & indéfinissable.
La réalité réelle « en dehors de tout jugement qui la validerait en tant que vérité, pas plus qu'on a à valider l'existence d'un bloc de pierre ou d'un morceau de bois. » C'est ainsi. 163

L'éveil opère un changement, l'éveil intensifie un mode d'être fluide mais inébranlable qui ne doit rien à la pensée. L'éveil, c'est comprendre sans penser. L'éveil s'enseigne par le silence. Le silence héberge l'éveil.

L'éveil ne fait pas sens. L'éveil ne délivre pas un sens, une orientation. Il délivre. Il est délivrance. L'éveil est un bouleversement total. L'éveil suscite le RENVERSEMENT du regard. L'éveil révèle. Il n'a ni sujet ni objet. Un savoir libérateur émane de l'éveil bouddhique. « L'éveil suppose une entrée dans la non-dualité. » 165

Le Mayana: « Samsara & nirvana forment dualité. Lorsqu'on voit l'essence du samsara, il n'y a plus de de samsara, plus d'enchainement, ni de libération, rien d'allumé, rien à éteindre: réaliser ce point, c'est accéder au réel dans la non-dualité. » in Soutra de la liberté inconcevable, trad. P. Carré, Fayard 2000, p. 136.

L'éveil sauve de l'ignorance. 165 Par la seule intervention du pratiquand lui-même sur qui repose la responsabilité de son éveil., ou du moins du cheminement qui y conduit.

Le pratiquant est responsable du cheminement qui conduit à l'éveil. L'éveil écarte définitivement le voile de l'ignorance qui résulte d'un obscurcissement inhérent à l'existence conditionnée. La délivrance précède l'éveil. 170

Il y a volonté de rupture:

  • couper, éradiquer (= déraciner),
  • éteindre,
  • tarir le flux du devenir, conforté
    • par l'existence des agrégats d'attachement,
    • par la soif qui caractérise le désir.

Le nirvana est « un processus de destruction des entraves karmiques. » 172

Et si le rhizome (Deleuze & Guattari) servait à caractériser le cheminement non linéaire que le corps trace en direction de l'éveil ? L'hypothèse pourrait s'éprouver en agrafant les caractères du rhizome avec ceux de l'éveil.Un beau texte pourrait en naitre: Ou pas: il est tant de chemins au coeur des déserts.

L'autrice se présente sur un site de belle facture.


L'Éveil est comme la vacuité égal & immuable. « Puissé-je demeurer dans le monde aussi longtemps que durera l'espace »  professe souvent la foi du bodhisattva portée par la voix du 14e dalaï lama. Un flux ininterrompu traverse de durée vécue est "comparable à l'espace-temps-matière-énergie peut-être dont parlent aujourd'hui les physiciens, « mais à condition de préciser qu'aucun d'entre eux ne dit avoir été transformé par sa connaissance du vide quantique », précise F. Bonardel qui ajoute: « c'est la méditation seule, & non les subtilités de la physique contemporaine, qui permet d'appréhender

  • la qualité indéfinissable
  • & l'amplitude incommensurable

de cette spatialité/vacuité dont le vide quantique donne peut-être un aperçu encore très intellectualisé mais qui n'a pour seul trait commun avec la vacuité bouddhique de n'être pas un néant. »  178-9

« La vacuité, réalisée par l'entrée dans la non-dualité, contraint au silence. » La vacuité consent en fin au silence dès lors qu'elle s'est accomplie par l'évaporation de la dualité. Quand l'éveillé accède à l'éveil, il se découvre souvent, après coup, installé depuis toujours assis au coeur de l'éveil. D'après 179.

L'Occident [aux trois monothéismes concurrents]

  • « reste cependant obsédé par l'opposition temps-éternité
  • & accorde finalement plus d'importance
    • à la sortie du temps
    • qu'à la libération dans & par l'espace.

[Cette libération dans & par l'espace] est souvent suspectée [par l'Occident] d'être une régression vers l'indifférencié.

  • Le Parsifal de R. Wagner (« Tu vois mon fils, ici le temps se change en espace. »)
  • & H. Michaux (« Contemplation, c'est être reçu. »)

sont évoqués par l'autrice comme des précurseurs qui font de l'espace un premier car il est accompli, à la différence du temps.


« La rhétorique du bouddhisme zen a finalement

  • moins pour objectif de convaincre par une argumentation méta-rationnelle
  • que de ramener au silence,
  • que de laisser au moins le silence transparaître derrière les mots, tout comme le vide sous-tend les phénomènes.

La nature de chaque chose est indépendante du langage. Toutes choses sont libres du langage. » 181-2

Toutefois le dharma de la transmission choisit nos mots en fonction de ce que nous avons à dire car si nous ne disons rien, c'en serait fini du dharma de la transmission. Voilà pourquoi... les bodhisattvas grands êtres doivent instruire les êtres comme il convient sans s'attacher au langage. (Le soutra de l'entrée à Lanka).


Bruit vs silence

« Une absence de bruit n'est donc pas forcément silence au sens que donne à entendre le Bouddha. »

« En raison de son absence de réflexivité, la nature

  • est éminemment silencieuse,
  • est appelée à témoigner de l'Éveil quand il survient, comme le fit la Terre lors de l'Éveil du Bouddha. » 183

Qu'importent alors les bruits ambiants quand on a rééduqué son oreille, & qu'on n'entend plus que la saveur unique & inconditionnée des sons & du silence. » 183

L'apaisement & l'effacement sont les deux modalités principales.

« Devenir & extinction ne sont qu'un rêve de la veille. » 187

Le langage aussi s'apaise. Il contribue à éteindre l'incendie. C'est une question d'écologie spirituelle... « comme s'il était possible de réinstaller la spatialité lumineuse & silencieuse de l'Éveil au coeur même des mots. »

Il s'agit aussi d'effacer marques, traces, caractères.

F. Bonardel a aussi bien qualifié la poésie japonaise du haiku: elle s'emploie à effacer les marques. 185 Voir ici.

L'ainsité constitue la réalité telle qu'elle est,  intensément présente & indéfinissable.

C'est en la vacuité d'une supposée offense lunaire que s'établit, définitive, pour ce bout d'éveil nocturne en tout cas, la certitude du bien-faire en accédant au bien-être d'un bien-né.
La discrétion de l'éveil au coeur des vacuités les rend inépuisables. (F. Bonardel) L'éveil est incessamment sans traces: « Faire naitre l'incessant Éveil sans trace. » Bonardel, 188
L'éveillée est désormais dégagée de l'ordre des phénomènes conditionnés. id.

Il s'agit d'ancrer ce chemin dans la « sobriété contemplative »


« Entrer en nirvana, commente-t-elle, « c'est expérimenter

  • un état d'apesanteur,
  • un état de gravité,
  • une qualité de silence,
  • & une clarté d'esprit,
  • une liberté pour tout dire

associées à l'entrée en vacuité. » 190

La vacuité est tout au plus « une notion qui bouscule

  • nos habitudes mentales
  • & nos certitudes logiques

dans la mesure où elle n'est

  • ni un point de vue émanant d'un sujet porté à l'objectiver, à la percevoir,
  • ni davantage un regard trancendant

ce qui est relatif & immanent.

Être vide, c'est être à l'aise, car libre de préoccupations, parfois même de déterminations, c'est un état paisible & heureux. »


 

Aucun souci n'existe produit à cause de la perception concernant

  • la sphère de l'espace infini,
  • la sphère de la conscience infinie.

Par contre, des soucis se produisent à cause du caractère dynamique de la pensée fondée par la pensée concernant le néant.

La paix s'y reconduit lorsque le méditant récapitule la déconstruction déjà accomplie. Le rôle que joue cette méditation récapitulative est source d'émerveillement récurrent. Le néant est une étape vers le détachement. Le néant ne doit pas être confondu avec la vacuité libératrice. La perception du néant s'accompagne de captation. La captation doit être évacuée en relançant le processus de saisie.

Le concept de captation n'est pas aisé cerner; c'est peut-être lorsque le corps reconnait le processus d'évacuation de la captation que ce concept s'appréhende le mieux. C'est comme si le corps devait être raisonné pour évacuer réellement la captation. À défaut d'évacuer réellement la captation, « le méditant ne peut que constater qu'il n'est pas sorti du cycle de la la co-production conditionnée » (29), le forçant à « revenir une fois au moins encore dans l'existence jusqu'à l'épuration de tout karma alimentant la rotation de cette noria qu'est la production en dépendance.

Déconstruire cette production en dépendance libère « puisque ce qui dépend de conditions est vide de nature propre. » 30


Cette aventure au long cours que constitue le parcours d'une vie s'appréhende en bref dans ce parcours récent: Intégrer le flux, Les organes de l'ombre, Dégager les axes, Une respiration méditative à l'équinoxe des souffles, Rhizomes, Vacuités, Françoise Bonardel; mais aussi Lilian Silburn & Catherine Despeux comme ouvreuses, l'une pour l'Inde & le tantrisme pour la première & la Chine du taoïsme zen pour la seconde.

 

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