Il fallait qu’elle soit contrainte,
Pieds à compter, mots imposés,
Chevilles et  impasses évitées.
Il fallait que le verbe trime !
Qu’il s’enchaîne et tisse la trame.
Elle le soutirerait  tout à trac,
Et s’il le faut à coup de trique,
Ce poème, ce pousse-au-crime.
Des assonances, pour ou contre ?
Qu’importe, il fallait que ça crame !
Juchée haut sur  l’escabelle,
Chevalier Blanc de la torchette,
Toute à ses ouvrages elle égrène
Pieds plats et pieds de nez. Dégraisse
Stores et strophes pour que la rime,
Décapée, coulisse et s’affine.
Perchée, elle scande, hilare,
Dans la sueur elle délire,
Elle exulte. Puis,  c’est au soir
Qu’elle extirpe le vers martyr.

Leurs mots se sont croisés comme dans un hall de gare,
Dans la vaste résonnance de l’anonymat.

Leurs silhouettes se sont effleurées dans la foule insomniaque,
Deux odeurs se frôlent, connexions d’inconsciences.

Leurs regards se sont trouvés, instantané de séduction anonyme,
Élan parasite, sursaut du hasard.

Leurs désirs se sont toisés, hagards,
Duellistes absurdes défiant la raison, résistance illusoire.

Leurs corps se sont emmêlés, liane vive sur écorce tendre,  
Feulements contenus  dans les gorges rauques

Les habitudes ont sué leur venin dans les draps trop lisses,
Leurs râles amollis ne tordent  plus les tripes.

Leurs mots se sont dispersés comme dans un hall de gare,
Dans l’écho assourdissant d’une banale lassitude.

Le tic qui mène au tac
Les âges à un chiffre  
Le croissant orange sur l’horizon bistre
Des roues qui lâchent le tarmac
Par un hublot la mosaïque des toits
Le métal qui racle la faïence
L’ultime saveur au bout des doigts  
Un dos buté, une nuque fuyante
Les reliefs d’une main nouée à la tienne
La lueur étouffée d’un regard
La simple esquisse  d’un sourire, dilemme
Perdu dans les plis de ta mémoire

Un phénix aux couleurs cendre et feu, solitaire,
Est venu près d’elle, candide, se poser.
Arrachant une étincelle à son plumage,
De ses douleurs elle se fait une parure

Et, dans les chaleurs de ses ailes, voiles moelleux
Epars, virevolte cruelle avec le vent.
Or  elle est bien celle qui tourmente mon cœur,
Celle qui s’abreuve de mes pleurs puis,

Ce philtre de peine avalé,  se rit  de  moi.
De mon âme,  mon haleine et mes sens me vident.
La sirène perfide fait sien mon cœur.

Elle aimerait voir ma tête se balancer
Par la plume du poète, mais  je ne suis  
Que vers et, hormis la rime, rien ne me manque.

Ton thème zodiacal rangé sur l’étagère,
Tu rêves au philosophe beau comme Zorba
Que t’avaient destiné les étoiles bergères.
Mais au lit ce sont les os d’un pauvre zozo
Que tu gères.  Toi, tu le voudrais ésotérique,
Il te réfrigère, te traite de mégère.
Tu quittes la casbah, l’hosto gériatrique,  
Tu t’en vas gerber sur les gluantes zostères.
La cuisine est ta zone, mazo ménagère,
Cuis tes rizottos pour ce baba misogyne,
Dis-lui qu’il exagère, qu’il te turlupine,
Que tu le laisseras pour un philo-zorba.
Tu fumeras les opiacées et les rhizomes
Germinatifs, et tu verras la rare Zoragy.

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