L'écriture classique de Philippe Descola est un plaisir de lecture. La masse que représente cette somme sur les formes du visible, l'ampleur que son contenu enclôt font de l'ouvrage un marqueur sûr, assurant des heures d'études-lectures claires.

« La chambre d'étude d'un lettré, une retraite qui constitue le microscosme par excellence. » 378

Ce retrait du macroscosme au sein du microcosme qu'est la chambre d'étude d'un lettré est ce qui caractérise bien cette vie domestique actuelle-ci. Lire tambour-battant ces Formes du visible, une expérience prégnante...

Une retraite sans rature,
écriture à l'épure
chemin traçant, une attention

presque toujours à l'éveil
s'approprie les abords
avec une constance outillée.

Avoir consenti à apprendre
à conduire une lecture assagie
dans les profondeurs d'une écriture

à la fois pour en saisir les allants,
s'en imprégner &
en nourrir le corps propre

d'essentiels pour le soi ainsi glanés.

Les marges généreuses de l'ouvrage, dont l'excellente facture est à souligner, accueillent volontiers des crayonnés prolongeant les assauts de ravissements divers que le texte suscite. Leur cueillette est précieuse au soi.

9h05: L'instant accueille
l'astre apparu
au coeur du microcosme,

regard propre aveuglé par
un rayonnement dévalant
sur le corps, tête inclinée,

à même l'écritoire attablé.
Huis clos en un enclos.
Ce paysage proche en son enclos jardinier

« aide le sage [/le lettré] à réaliser ses propensions. » 380

Le paysage proche en son enclos jardinier tout comme le shiva dansant, la caresse dorsale de la nudité repliée d'un Auguste Rodin/Camille Claudel & le méditant en bois sont autant d'aides pour ces lectures à réaliser leurs propensions propres. Quel beau mot pêché là, p. 380, car « pour accéder à la plénitude élémentaire, il n'est pas indispensable de s'interner au plus profond des forêts escarpées; le lettré peut créer dans sa demeure un site de pérégrination miniature afin de s'y retirer à sa guise. » 380

Accéder à la plénitude ÉLÉMENTAIRE.

Réaliser ses PROPENSIONS.

Je découvre dans cet ouvrage majestueux, au détour d'une phrase, au sein d'un raisonnement à l'ampleur précise des tournures seyantes au propos propre de ce corps-ci. Assurément d'autres que les miens résonneraient davantage auprès de vous s'il vous venait l'envie de lire cet ouvrage majeur, si le visible & toutes ses formes vous importent.

Les images que portent ces trois statuettes « sont aussi le moyen occasionnel pour [le lettré] de se transfigurer lentement par la méditation en accomplissant ses dispositions grâce à des randonnées métaphysiques dans la contrée minuscule qui lui est devenue familière. Peu importe ici que ces paysages montagneux [représentés sur un brûle-parfum posé sur la table d'un lettré taoïste] ne figurent pas le cosmos tout entier, de toute façon ireprésentable autrement que de façon schématique. Ils constituent

  • un arrière-pays échappant aux règles communes,
  • un monde à échelle réduite mais immensément plus grand que celui où se déploie l'existence ordinaire, en qui certains humains pourront trouver l'écho enchante de leurs propres qualités intérieures. » 380

SE TRANSFIGURER par la méditation.

CONTRÉE minuscule & familière.

Qualités intérieures propres.

Cette immersion visuelle & pédestre dans ce paysage miniature constitue le jardin parcouru en tous sens. La vie propre à ce soi-ci s'y écoule dans la quiétude d'un huis clos serein, apaisé, choisi. Qu'il trouve au soi en ce ce bel ouvrage une robe aussi seyante lui convient.


 
 

 

 Restent à comprendre & à intégrer ces apports apparemment essentiels au soi. Un travail de longue haleine s'esquisse: prises, reprises, l'une ou l'autre méprise, & la déprise finale sous forme intégrée à la matrice du soi. Il est peu de plumes qui percutent avec autant de forces, tant par leur pertinence que par l'économie de moyens mis en oeuvre pour nous ouvrir un passage propre. Pour chacune & chacun d'entre nous, elles se comptent probablement sur les deux doigts de la main, vous savez ces ouvrages vers lesquels nous revenons périodiquement, comme pour nous y ressourcer, à la recherche d'autres délices encore insus. Jean François Billeter, Clément Rosset, Bento Spinoza, Lilian Silburn, Françoise Bonardel sont de celles-là. Elles s'assemblent en divers chapitres du recueil Philo, quoi !

 

 

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